La Minor, Yom et le Koçani Orkestar terminent les Nuits Européennes par une grande soirée festive à Schiltigheim
Par Jean Daniel BURKHARDT le mercredi 21 octobre 2009, 19:02 - MUSIQUES TRADITIONNELLES - Lien permanent
Pour cette dernière soirée des Nuits Européennes 2009, on put entendre, lors d’une grande soirée festive, le groupe Russe de St Petersrbourg La Minor le « Nouveau Roi de la clarinette Klezmer » Yom, et la fanfare Macédonienne le Koçani Orkestar.

La Minor est un groupe de Chansons des Rue, Cabaret et Chanson de Rues Jazy de St-Petersbourg, ville de Russie avec laquelle « Les Nuits Européennes ont tissé au fil des années un partenariat privilégié, y envoyant se produire le groupe Strasbourgeois signé par le label Tzadik de John Zorn Zakarya avant le festival et amenant La Minor à Strasbourg.


Comparé à Billy’s Band, invité pétersbourgeois des deux précédents festivals, imitateurs de Tom Waits à la Russe, je dirais que La Minor se rapproche plus de l’idée qu’on peut se faire à la base d’un groupe de cabaret Russe dans nos fantasmes. La touche qui sort de la seule Russie avec des velléités de passage à l’Ouest chez eux serait plutôt la furie du Jazz à l’ancienne qui les emporte de St Petersbourg à New Orleans, York ou Kingston via Chicago … Une bonne mise en bouche, festive et alléchante pour la suite…
En deuxième partie, on pouvait entendre Yom, qui s’est autoproclamé « Le Nouveau Roi De La Clarinette Klezmer », en hommage au premier Roi de la Clarinette Klezmer, NaftuleBrandwein (1889-1963), né en Ukraine, il en gardait des influences Grecques, Turques et Tziganes, et devint aux Etats –Unis la première star de la musique klezmer au temps du 78 tours. L’homme se produisait dans les années 20s avec autour du cou des néons rouges rappelant son nom, et jouait parfois pour le syndicat du Crime!

Mais en ces temps d’ersatz et de contrefaçons musicales si souvent décevants une fois ouvert l’emballage prometteur, son titre n’est pas usurpé, d’abord parce que l’album de Yom «New King Of Klezmer Clarinet » joue, à une composition personnelle près, celles de Brandwein, ensuite parce qu’il les joue dans le respect de leur style original tant au disque que sur scène, accompagné d’une formation de jeunes musiciens équivalente avec Denis Cuniot (piano), plutôt classique ou jazz, et les frères Giffart, Alexandre au tapan (grosse caisse de fanfare balkanique) surpuissant et fidèle au style Balkanique, citant « Mesecina » de Goran Bregoviç et Benoît au tuba et trombone hurlant dans les aigus, dans l’énergie mais toujours dans la musicalité. Pour la mégalomanie du personnage, il se montre sur le disque sur un trône habillé de rouge, couronne sur la tête et lunettes de soleil, brandissant sa clarinette et sceptre sur les genoux, mais se produit vêtu d’une tunique noire à l’ancienne.


Il se montra plus sensible dans un duo mélancolique avec le pianiste, proche à un autre moment du Louis Sclavis de « Clarinettes » dans les basses d’un de ses solos puis repartit sur des rythmes plus fous encore.

Certes David Krakauer, à sa place l’année passée, a modernisé le klezmer par l’énergie du rock et les interventions de Socalled le langage du Hip Hop, mais il n’a plus cette fougue conquérante, ayant déjà fait ses preuves, et rien ne vaudra jamais l’émotion d’un retour aux sources, aux origines de ces musiques par ces jeunes musiciens vraiment fidèles à son esprit, et l’émotion de voir le public aussi jeune qu’eux réagir à cette musique comme à un mariage juif universel, dansant, tournoyant, sautant en l’air, se prenant dans les bras, et l’ami Laurent Danzo en la plaza poussant son cri de mégaphone amplifié de ces mains comme une corne de brume….

Bref, Yom et son groupe montrèrent que l’on pouvait allier respect de la tradition et du répertoire, folie du jeu avec un impact public maximum. Et ça rassure!
Enfin, la fin de soirée fut assurée par le Koçani Orkestar, fanfare Macédonenne de Koçani (), et la première à avoir rencontré le succès international grâce au « Temps Des Gitans » d’Emir Kusturica en 1997 avec « Kustino Oro », puis sortit « L’Orient Est Rouge », produit par le même producteur que le Taraf Des Haïdouks () Stéphane Karo et Michel Winter.

Mais en 1999, le trompettiste leader Naat Veliov (http://www.youtube.com/watch?v=kvNc4xoQzW8 ) vendit leur nouvel album « Gipsy Mambo » au label turc Dunya sans consulter les autres, d’où la rupture car ils refusent de jouer avec une boîte à rythme.

La scission des plus jeunes du Koçani Orkestar a donc abouti, étonnement, à un retour au style traditionnel avec l’arrivée du chanteur Ajnur Azivov, auquel ses cheveux longs donnent l’air d’un Indien d’Amérique du Sud (certains « cueilleurs », aux temps préhistoriques, ancêtres des turco-mongols, passèrent le détroit de Behring et s’installèrent en Amérique, d’où parfois cette ressemblance frappante, et la structure très proche des yourtes et des tipis) et chante admirablement, tant dans le festif que dans l’émotion, avec des prolongements extraordinaires des notes dans ballades, qui évoluaient parfois vers une atmosphère plus rythmée, mais laissa aussi la fanfare s’exprimer sans lui.

Outre les cuivres, les anches et le tapan, l’accordéoniste fit sortir des chants d’oiseaux jusqu’au bout des touches du clavier dans le parfait styles des banquets de mariages tzigane roumains.

Après les titres de leur album « The Ravished Bride », ils interprétèrent quelques succès de Goran Bregoviç pour Emir Kusturica dans «le Temps Des Gitans » comme « Borino Oro » ou « Underground », comme « L’Alouette » Roumaine, morceau de bravoure des violonistes Tziganes, modernisé en thème de fanfare militaire sous le nom de « Kalaçnikov » entrecoupée d’éclats de voix à la gloire des Tziganes, et « Meseçina » et même « Hava Naguila ».

Ils reprirent ensuite pour le Bis leur rôle de fanfare au sens le plus ambulatoire du terme, descendant de la scène au cœur du public en délire, puis finirent par l’entraîner hors de la salle, jusque dans le hall de la Salle des Fêtes de Schiltigheim, sur «Moliendo Café » du Vénézuélien Hugo Blanco passé dans la Salsa. Mais ils firent toujours des emprunts aux musiques non-tziganes ou Macédoniennes avec succès, et on se souvient de leur extraordinaire version du Nyabinghi Jamaïcain « Oh Carolina » de Count Ossie & The Mystic Revelation of Rastafari, futurs Skatalites après mais plus authentiquement que Shaggy…

Bref, une soirée festive et riche en talent et en surprises pour terminer ce festival.
Jean Daniel BURKHARDT