L’OCELLE MARE ET XIAO-HE A STIMULTANIA, La BOÎTE A RIMES au JIMMY's
Par Jean Daniel BURKHARDT le vendredi 10 avril 2009, 10:09 - MUSIQUES TRADITIONNELLES - Lien permanent
Depuis vingt ans, la galerie d’art Stimultania, qui a déménagé 33 Rue Kageneck près de La Gare à côté de la Maison de l’Image est l’un des lieux artistiques les plus passionnants à Strasbourg : expositions plastiques, apéro-concerts rock, trad ou electro-accoustiques décalés et accueillant les ateliers du CEDIM une fois par mois.

Ce mois-ci, Julien Bourdier Martin y expose objets inutiles mais beaux aux matériaux hétéroclites et très belles photos du monde souvent « Sans-Titre » ou légendés de détails techniques, mais très poétiques d’une faille rocheuse naturelle, d’un CRS tournant le dos à la lumière d’une baie vitrée bulle, d’un temple au plancher troué en damiers et profond, d’un hippie dans un trou, de démolitions urbaines, aussi : notre monde.

Pour le concert, tout d’abord, on pouvait entendre L’Ocelle Mare venu de Ribèrac (avec un nom pareil, je pensais que c’était une fille!), un jeune barbu en chemise à carreaux triturant un banjo.

Sur « Porte d’Octobre » (titre de l’un de ses disques), il court sur les cordes en cascade pour rattraper le tempo d’un métronome posé au sol, puis quelques vents librement soufflés dans un harmonica ou d’une guimbarde ou d’un . On pense à Fred Frith et à un de ses émules Québécois, banjoïste free, à Derek Bailey aussi.

Sur d’autres titres, il rythme sa musique des deux pieds sur une planche comme un bluesman rouge ayant appris l’art du pow-wow autour d’un feu, ou de pédales d’effets/ sampler.

Oui , L'Ocelle Mare est entre un américain et un Chinois du banjo distordu, sonnant toujours du pied la sonnette d’un vélo ou d’un bol Tibétain. Quand il joue ses accords très haut, on croirait entendre un luth mongol. Il a aussi un usage original du diapason, utilisé comme médiator pour son pouvoir vibrant faisant passer les harmonies d’une simple note dans toute la pièce.

D’ailleurs selon certaines théories sur les migrations humaines originelles, ce serait à l’origine le même peuple que les Mongols et les Indiens d’Amérique : des « cueilleurs » préhistoriques ayant passé le détroit de Behring en quête de nourriture. Pour preuve, on peut remarquer une curieuse adéquation entre la structure de la yourte mongole et du tipi (ou wigwam) amérindien! Peut-être tout cela était-il volontairement plus esquissé, cherché comme à tâtons, essayé/tenté que joué réellement dans un souci de laisser l’improvisation ouverte. Ce passeur nous a amenés de Ribérac en Amérique, en Chine.

Xiao He, lui est un Chinois de Pékin jouant de la guitare, d’un lap top qui la modifie, et chantant à la manière diphonique des mongols des steppes.

On découvre une guitare plus folk, plus proche des luths mongols et un chant diphonique aux aigus de cantatrice de Shanghaï, aux graves gutturales, puis poussées jusqu’au cri free, hululé sous son chapeau de feutre noir, une sorte de chamane oiseleur, puis se calme sur la guitare et finit en diphonique aigu chevrotant (les mongols imitent les cris des animaux dans leurs chasses). Les accords de la guitare bluesys ou folkeux, sont samplés en rythmique, allongés/modifiés, électrisés par les effets et le laptop jusqu’à devenir cithare chinoise, percussions d’eau électrique. A partir de simples cordes, d’effets et d’un ordinateur portable, c’est tout un univers envoûtant et personnel qui s’offre en écrin à la voix de ce chanteur fou, capable d’un théatre de marionnettes intime dont il serait toutes les voix de l’enfant ou la femme dans les aigus à l’homme ou aux êtres surnaturels dans les graves du chant diphonique, parfois aigres ou profondes, claires ou brisées, puis adapte ce style au ragga plus actuel dans le final.

Dans les accents les plus graves sur les tempos les plus rapides, on croirait entendre le groupe Huun Huur Tu, comprendre des mots anglais « We Dream We Dream We Dream » mais on rêve à cette pleine voix libérée dans l’aigu,, naturelle puis diphonique dans le final.

Echos, rebonds d’eaux à la Edgar Froese sur le laptop, intercalé de cithares chinoises. Comme dans la musique Chinoise Classique, la Nature occupe une grande place dans la musique de Xiao He, même si c’est par le truchement de l’électronique et de l’ordinateur. En fermant les yeux, on entend des harpes, des guimbardes, le sifflement d’une coulisse.

Parfois les accords de guitare sont plus rock, les cris plus trash dans l’aigu. Les vocaux rauques se font bluesys, on entend tinter une cloche lointaine, puis comme la mélodie des glaciers glissants sous la fonte du réchauffement climatique avec déjà des grenouilles électro surnageant, et la voix de Xiao He hurlant avec le loup.

En bis, des accords de folk plus cool des aigus aux cordes basses, puis les bruits de la mer et la voix, bruits d’eaux qu’il laisse en s’en allant jouer seuls la cascade, les oiseaux : un peu de sa Chine naturelle.

Pour finir la soirée, il y avait une soirée Slam de la Boîte à Rimes (ma première) au Caveau du Jimmy’s Bar avec un « Bibliothécaire de la Vie », poète dégingandé et conteur post-moderne et l’autre plus un poil sur le caillou, plus hip hop mais à la poésie non moins essentielle : Ils ont la naïveté et la révolte, la folie et la poésie libre à deux, quatre lunettes curieuses ouvertes en hublots sur le monde et leur imaginaire, accompagnés un guitariste de bataille navale et invitant le public à se joindre à eux dans le set final par des exercices originaux : alphabet personnel, «dans une autre vie, je serais… », ou des extraits de livres… . Jean Daniel BURKHARDT
Commentaires
Ici mon premier message sur My Space à La Boîte A Rimes:
Salut les mecs,
Je ne suis pas un grand fan de slam, mais j'aime les mots,ayant fait des études de Lettres, puis revenu de mes illusions d'un autre temps pour la musique Jazz & Trad (deux émissions sur Radio-Judaïca"-102.9 FM, lundis 11 h -12 h -trad, et jeudis 21-22 h-Jazz) car pas assez engagée auprès des révolutions du XXème à part Kerouac et Brecht et Vian, et encore. Maintenant j'écris sur la musique des autres sur mon blog "http:.//jdb.blog.estjob.com/index.php".
J'ai ien aimé votre "Scène LiveRévolutionforaine", du début sur Sarko à la suite, vos mots de l'un dans l'autre, dialoguant de l'un à l'autre, vous vous complétez comme deux Fabulous Troubadours de par chez nous, ça passe mieux que le rap, phrasé plus cool, au moins compréhensible et moins violent pour plus conscient, moins mitraillette à la rafale parce que vous choisissez vos balles,Gainsbourg tireur d'élite avec la rage d'un Ferré...
"No Man's Land": électro minimaliste agréable, mais texte superbe: ne pas abandonner la poésie mais vivre dans ce monde en flottant/surfant sans devenir aussi fou que lui, s'embarquer à l'aventure sans s'empaler sur le récifs, se parer de lui contre toute éventualité, de peur qu'il ne ne s'empare de nous.
"La Vie est rare" a l'air magnifique avec sa flûte et la guitare funky, même si le texte est lucide ou triste, et la voix de la fille au refrain. Deuxième chorus plus positif. Franchement c'est à la hauteur de MC Solaar quand je l'aimais encore vraiment quand il semait le vent, récoltait le tempo. La bande est-elle Live ou samplée?
Oui nos folies apparaissent parfois plus précieuses que la grisaille d'un monde qui ne nous grise plus. Vraiment magnifique! Il faut être des Don Quichotte pas pour la chute mais pour voir des géants en rêves dans leurs moulins à vent, et gare au Chevalier à la Triste Figure des miroirs déformants qu'il nous renvoit.
"TOC": plus minimaliste, très court, mais bien improvisé,
"J'ouvre les yeux": absurdité de nos vies sur fond de marimbas indonésiens sympas, à quoi on redonne du sens ensuite de quelques mots, sur plus de rock jusqu'au sommeil.
"JDH essais for songs", maquette préliminaire de
"No Man's Land".
J'ai 37 ans et j'en suis encore là, ou plus depuis 10 ans pourtant toujours éternellement, pour avoir perdu ou devoir retrouver l'innocence et la pureté à trop savoir au point de se lasser de tout. La Poésie n'est pas là pour servir mais pour ressentir plus intensément.
second extrait: plus rock, dub ou ragga, bref des mots simples mais sincères de nos vies absurdes avec pourtant ces fulgurances de vie essentielles.
3: "handicap'et d'épées": joli! Aimer les autres plus que soi, s'interdire cet orgueil minimal que je refuse d'endosser cette dureté de l'égoïsme, sur fond de synthé à la Robert Wyat, à l Nusrat. J'aimerais avoir encore cette "page blanche dans le coeur".
4: Flamenco noctambule, magnifique arabo-andalou. Et si votre slam pouvait marier toutes les musiques du monde et tous ses mots/maux?
Presque trop beau pour ces temps-la, pour nos vies-là cela mériterait de remonter au XIème siècle.
Vivent tout cela qui nous manque dans cette société où on veut nous prendre toute occasion de rêver pour bosser, se trahir, s'amputer de tous ses possibles et rencontres au bénéfice d'une utilité à laquelle on nous contraint malgré nous.
Allez, ils n'ont as encore le contrôle absolu de nos imaginaires fertiles. La réalité c’est ce à quoi le monde nous contraint. Mais il ne peut le faire 24 h sur 24.
Merci les mecs pour ce beau moment où je me suis laissé aller comme, sur vous, à propos de vous, pour vous, envers contre tout le reste.
J'essaierai de passer jeudi au Jimmy's
Jean Daniel