CONTRETEMPS : Groove Lesson: le Hip Hop de TY Live à La Salamandre dans la Funk Party
Par Jean Daniel BURKHARDT le lundi 9 juin 2008, 18:03 - HIP HOP - Lien permanent

La «Groove Lesson : Hip-Hop & Funk Party » débutait ce vendredi 6 juin vers 22 h avec un set du DJ Mulhousien Leeben, habitué du Noumatrouff et résident du V-Club. Son « Global Groove » parcourt le monde : après un début très « Indianploitation » aux vocaux Bollywood sur boucles Banghra aux prolongements electro-ambients et petits oiseaux cri-crissants, on aborde par l’avenue James Brown et ses JBs millésime 71 d’un « Yeaeah Let’s Gimme Some More» un aspect plus urbain avec du hip hop entrecoupé d’un piano latin, puis plus soulfull sur fender rhodes, un track Blue Note remixé par DJ Shadow, un autre plus collectif Gangstarap chanté en meute (Snoop Doggy Dog ?), et pour finir un Ethio Funk lent de Mulattu Astatqué remixé.

Pour Ty et son groupe ont été installés trois claviers claviers, batterie, boîte à rythme, basse électrique et micros. Elias Finberg, MC originaire des environs Woodstock joue les Maîtres de Cérémonie et chauffeur de salle avec le Beatboxeur Rhum One dans un court un set d’introduction. Rhum One arrive à imiter à la fois les scratches de vinyles, le Beat Broken et le la Tek Boum Boum, puis plus naturel le didgeridoo australien ralenti, le zarb iranien et l’electro. Ce n’est PAS QU’UNE machine. Eli Finberg harangue le public qui ne s’approche pas dans son style poétique à l’accent mélodique, s’adaptant au lieu : « Vous Préférez rester derrière lui, mais le Bouddha voit tout », puis part en Espagnol : « Y’a des Espagnols dans la salle ? Tant pis » et lance un chorus en espagnol sur « alléluia », puis en français émaillé d’anglais.

Ty arrive avec bassiste, claviériste, batteur et deux superbes choristes noires. Ses lunettes lui donnent un petit côté Spike Lee en plus balèse. Les claviers commencent, puis deviennent de plus en plus rythmiques sur la batterie au rythme Afro Broken, et Ty arrive «Ev’rybody wants to be the master of the words/ Standing at the dock of the bay » chantait Otis Redding , sur des roulements de batterie et enfin « Hold That Thing !», part pour de faux, « Pull up !» (plutôt usité dans le ragga Jamaïcain, mais ne le fera qu’une fois alors que Capleton est capable de gâcher tout un concert en ne terminant aucune chanson) entraînant la chute rythmique claviers/batterie.

Après un début rythmique, il allie la puissance à la mélodie du flot, prolongés par les vocaux féminins des choristes très groove, soutenu par le tempo du batteur en drum’n bass, la basse funk et les deux Soul sisters, s’arrête pile et figé, puis recommence pour la vraie fin au ralenti.

Même s’il est bien plus connu qu’eux, Ty gratifie d’un « Big Up » Rhum One et Elias sous les applaudissements du public.

Il poursuit avec «Wait A Minute», extrait de son album «Upwards » en 2003, sur un rythme Groove Broken Beat syncopé, plus cool sur le clavier et la basse groove, puis la voix sur les claviers, les choristes et un break de batterie. Des deux choristes, la plus enrobée est en vert, l’autre plus en bleu avec un bandeau violet dans les cheveux. Ignorant leurs noms, je les appellerai Mama Green Funk et Lady Blue Soul, quoique ces deux qualités soient également partagées entre elles. A leur chorus, Ty se place derrière elles, faisant faussement mine d’être en colère de s’être fait voler la vedette. Le public répète les paroles, le fender rhodes répond aux voix, improvise avec elles. L’émotion rythmique de la répétition est plus forte en Live, s’enfle de puissance, presque jusqu’à la transe, un peu comme Nusrat Fateh Ali Khan dans le khyal indien, dans un tout autre style.

Ty continue avec l’une des chansons favorites du dernier album «Closer », « Everybody », proto dance-hall rapide et tournoyante, à la manière d’ « Oh You Want More ?», où il semblait le Monsieur Loyal des barraques foraines du ghetto de Londres, avec les chœurs de Mama Green Funk et Lady Blue Soul partant sur la basse groove. Cette fois il se repose sur elle, derrière elles tandis qu’elles prolongent les ooooh finaux à tour de rôle, Mama Green avec plus de puissance, Lady Blue avec plus de Soul, se complètent dans l’alternance. C’est la dernière date de la tournée, qui fut fatiguante mais excitante.

Suit un autre titre d’ « Upwards», «I Want 2» (Pill it ou Kill It) repris par le public sur les claviers cool et les choeurs soul répétant « I Want 2 » en écho, puis soudain, Ty change de rythme, part en latin groove relevé de rhodes et termine dans les premiers rangs le poing levé. Les choristes finissent par un long chorus dont cette fois Lady Blue aura la dernière note. Richard Spade est à la batterie, Drew aux claviers, comme sur « Upwards ».

« Right Now » est plus Broken Hip Hop, avec une batterie Drum’n’Bass. Sur « One », la strophe rappelle « I Want 2 » mais avec des chœurs cette fois plus mélodiques, suivis par la basse mélodieuse sur les vocaux et le clavier avant une impro des choristes. Blue soutient la ligne rythmique quand Green s’envole sur la batterie, mais il reste toujours un élément rythmique fort qui fait danser et un élément mélodique plus spirituel qui contribuent qui fait rêver dans ces chansons. «Want to Go home ?» demande Ty “NO!” “All Right! Hope You don’t mind...Need people who love music”

Les synthés soufflent sur une basse Jungle en introduction à « Look 4 Me », la chanson la plus proche des vocaux pygmées et des origines Nigérianes de Ty par ses chœurs assurés par les choristes, sur lesquels Ty pose sa voix. Ces tuilages vocaux complexes sont magnifiques en soutien au flot plus rapide de Ty, puis se font syllabiques A E O sur le break de la batterie, reprennent en jungle, se mêlent et se répondent en ping pong, entre vocalises et syllabes. Soudain « Ready For The Dance-Floor ? », et basse et synthé prennent un tempo plus vif et la batterie se fait plus obstinée, suivis du public qui tape dans ses mains comme dans un village d’Afrique. Green part en Afro scat Soul sur le synthé. « This Is Hip Hop », celui des pygmées des villes. Les syllabes sont passées sans qu’on s’en rende compte à I E I O. Le rythme revient « This Is Hip Hop », s’arrête, mais Green continue a capella sur les cris du public sans perdre la ligne, puis s’éloigne comme un chant d’Afrique à la nuit tombée quand les chants se taisent.

Après d’enthousiastes applaudissements, Ty enchaîne sur «What U Want», enregistré avec Taylor MC Ferrin pour l’album Closer. Ty preache, prêche son flot au public, tandis que les soul Sisters assurent les Ta ta ta qui font le rythme, remplaçant les cuivres Blaxploitation de l’original. Ty descend dans la foule, la fait chanter, tandis qu’elles assurent les fonds vocaux.

Leurs vocaux soul donnent par leur décalage un côté Dancefloor, Dub sur la basse disco. Toutes les musiques noires de l’Afrique à L’Amérique se retrouvent dans la musique de Ty, des vocaux tribaux polyphoniques de l’Afrique noire à la techno qui vient aussi du ghetto noir de Detroit, puis les choristes amènent la Soul sur les mains du public, puis à nouveau le synthé part en Dancefloor Electro sur les ras de la batterie. Bref des origines des musiques noires à leur actualité dansante de l’ère électronique, de la Jungle à la Science-Fiction. Ty qui a invité Rhum One sur scène pour faire la Beat Box, qui commence en didgeridoo et continue le Dancefloor dans sa bouche, sur lequel Ty improvise. La grande fraternité mondiale du Hip Hop dépasse les frontières.

Suit un morceau speed, un autre cool « to end the show», dans le style mystique et cool d’Arrested Development dans « Everyday People», dont Speech a collaboré à “This Here Music” sur Closer, Les vocaux et les synthés gluants annoncent le rythme des deux Soul Sisters, puis le synthé brode des étoiles pendant leurs vocalises.

Suit « Oh You Want More ?” le morceau d’Upwards où Ty en Monsieur Loyal semble nous guider dans une fête foraine ou un cirque du ghetto et de sa « street culture», avec les Soul Sisters aux vocaux à l’arrière. Plus puissant en Live sans les orgues de barbarie désuets et les éléphants, avec moins de zoo et de cirque, le thème se fait plus Dancefloor ou Broken Hip Hop. Le set se termine par un solo vocal de Ty.

Le DJ allemand de Munich Florian Keller termine la soirée avec une sélection de disques Funk, passant également par les rythmes de l’Afro-Beat, Cubains ou hystériquement Brazil, puis partant en Dancefloor, se calmant en Disco, passant par la rue du Hip hop et la Drum’n’Bass, fondu enchaîné sur « Sure Shot » des Beastie Boys au ralenti, mais puisant aussi ensuite aux sources des musiques noires pour les moderniser par un remix Broken d’un vieil instru des Mar-Keys et même une version Broken Hip Hop féminine d’ « In Walked Bud » de Monk pour Bud et une réplique Soul féminine du « Soul Man » de Sam & Dave sur Stax.
Jean Daniel BURKHARDT
Commentaires
OUVERTURE DU FESTIVAL CONTRETEMPS :
ELECTRO CLARK NIGHT AU RAFIOT
Pour sa première soirée, le festival « Contretemps » invitait ce jeudi 5 juin deux DJs du magazine Street culture «Clark», DJ Kasey, spécialiste de la Ghetto Music de Chicago, pour une soiréee electro-booty nu school.
Je n’y connais rien en electro, prenez donc ce délire aux évocations poétiques pour ce que m’inspira naïvement mais peut-être avec une certaine fraîcheur la musique.
Vingt-deux heures : dans la cale encore déserte du Rafiot, la plus belle des Péniche-Bar de Strasbourg, parce que la seule à avoir gardé les boiseries d’une architecture marine, seul résonne encore le fracas de Beats et de « treble » dans la coque réverbérant le son du set de DJ Knuckles de Paris ouvrant les festivités.
Parfois on reconnaît dans le mix quelques voix humaines écrasées, un thème de funk aux paroles changées en «Beat Up», ou «Lady You’re My Delight » de Cerrone remixé par le Beat, un voix vocal tech 80ies rebeaté à l’envers sur une basse disco.
Un autre rythme arrive ou s’évanouit déjà dans le rideau d’une montée de mouches synthétiques se découvrant sur un nouveau beat au vocal electro dark assombrissant le ciel, amplifié d’un broken beat. La boîte se referme sur une voix wave de petite fille triste, princesse qu’on y a enfermée. Mais une fois assimilée à la boîte, elle s’y incorpore, en devient le diablotin bondissant des parois, le zébulon fou de la nouvelle «technology». La voix humaine, devenue elle-même électroniquement modifiée par mutation ou adaptation, contamine la boîte en d’infinis abîmes, devenant boîte, discothèque, tous les danseurs.
Une vague de basse vient la faire voguer contre le récif d’un autre.
Dans une grotte, on entend l’orgue d’une messe électronique où se pressent de nouveaux chevaliers en quête du Graal nocturne aux voitures comme montures. L’esprit du son monte, monte, fore la pierre jusqu’au ciel, bégaie sous les doigts du bouton, en rencontre un autre dans l’aigu/grave : « Comme More Deeper ».
Ils en font à tous deux un flipper de sonneries de téléphones portable s’excitant à chaque but.
On devine des cuivres des cuivres et des voix auxquelles se heurte la boule de flipper.
DJ Knuckles porte ses doigts à sa bouche, pour y insuffler son souffle ou pour adhérer aux vinyles dans ses scratches.
Au bar, de premiers arrivants, lucioles et lutins joueurs, jouent avec les leds «Veuve Clicquot» à interrupteur posées sur les tables, cailloux lumineux. Je monte à la cabine toilettes, à l’escalier toujours encombré par des embouteillages, le temps de comparer dans l’attente la beauté de Lauren Bacall en photo sur la porte des filles et les jeunes fêtardes technoïdes en attendant que s’ouvre la porte saloon côté garçons «Yves Montand» : de quoi inspirer peut-être celles qui viennent se refaire une beauté. Une inconnue en imper et lunettes noires arrive comme une mouche, trépigne en sauterelle prestement sur ses talons devant la glace, et redescend en femme fatale, méconnaissable, et très difficile à retrouver, ébloui encore de cette apparition de rêve…indice : des cheveux longs ondulés, c’est commun…
La musique a évolué pendant ce temps vers l’Urban/Tribal Hip-Hop Street Beat, et des esprits égarés s’y libèrent. Et soudain, la voilà, la « Boule de Flipper, qui roule, qui roule, qui roule» (Corynne Charby en 1986 relookée par Leslie en 2007) mais mutée en anglais d’ordi électronique, mais je crois reconnaître la mélodie entre deux « Gimme the shot uh uh uh uh»
Nous inventerons s’autres grand-messes, reformerons des tribus urbaines.
« J’attends des mutants !!! » haranguait Léo Ferré dans « La Solitude », branché sur l’électricité « qui gratte et qui se ma-â-a-arre » des «Pops» du groupe de Jazz-Rock ZOO.
A l’époque il était question de libération sexuelle, politique, sociale, d’idéaux.
La seule mystique qui reste semble le plaisir de la danse jusqu’à l’oubli du sens dans la « Satisfaction ».
En deuxième partie: Big Olive, l’un des premiers qui m’ait fait « rester » par sa musique écouter de l’électro quand il mixait avec Jeff Lieb, mais j’ai oublié précisément pourquoi ou pour lequel.
En tous cas, il y a des cris suraigus crissant des pneus à « Cypress Hill » sur ce Big Beat et des
« Nanana » du «Hotstepper» 80/90s Ragga d’Ini Kamoze (qui participa au 2nd Jazzmatazz de Guru), accéléré à mort.
Oui il y a du Funk là-dedans, mais électroniquement modifié, qui se rebelle pour exister, attaqué par les machines, les beats, méconnaissable, muté, bionique, avec des fils, des diodes partout, mais qui fait dans quand même, réduit au rythme, sans le message.
Soudain, je crois reconnaître Deep Purple : « Smoke On The Water »! Non, indécrottable Babe 70ies que je suis, c’est « Money For Nothing » de Dire Straits qui n’ont pas besoin de « colour MTV » avec leur «new dress on», mais ils ont repris le riff « the way they do it » en l’accélérant. Avec ces percus tribales derrière, ça fait danse orientale électronique.
Enfin, le set de DJ Kasey débute par une fanfare synthé de l’été, puis « free sound going to my mind», un tube acid des années 90s.
Soudain l’alâââârme du rafiot se déclenche, une stridence continue et un gyrophare orangé. Je trouve que ça va assez bien avec l’ensemble… Peut-être le limiteur sonore. On se retrouve dans le noir et sans musique. Un légo de filles emmêlées figées (dont la sauterelle à lunettes de mouches finalement en chemisier/toge, une autre en T-shirt arc-en-ciel en sandwich et une troisième lui tenant les pieds) se figent dans une pose intéressante pour la photo. Ça fait une attraction sonore avec les cris.
La musique reprend plus « Deep Hop», avec des voix distordues qui auraient apprises à se faire synthé, guitare, nappe sonore. Malheureusement je crains que ce ne soit l’inverse : le synthé camouflé en homme, Cheval de Troie.
«On n’invente jamais rien », me dit Nico, un des DJ organisateurs.
Après toute cette transpiration dansante dont le tabac ne couvre plus les effluves, on a bien besoin de « Smells Like Teen’s Spirit » remixé façon techno hardcore plus rapide encore que Patrick Alavi Rerox accueilli des cris des jeunes filles en fleurs de rose rouge qui en fait danser la corolle et d’Elise, un petit chaperon rouge avec des yeux de louve gris/verts ou bleus selon les saisons de ses vêtements à faire fondre le grand méchant loup de la nuit. Kurt doit se retomber dans sa tombe. Et dire que pour moi « Nevermind » reste l’une de mes dernières émotions Rock avouables!
C’était divertissant, rafraîchissant, en espérant que mes impressions l’étaient tout autant.
Jean Daniel BURKHARDT