Les Badass’ Funkstarz lancent leur label de vinyls « Badass 45» à L’Elastic
Par Jean Daniel BURKHARDT le samedi 15 mars 2008, 10:59 - FUNK - Lien permanent

Depuis plus de dix ans, les Badass ‘Funkstarz font groover les soirées de Strasbourg. Ce collectif sound-system de DJs, à l’origine composé de Sir Jarvis, également saxophoniste à l’occasion et DJ Shann, parfois au fender rhodes, rejoints depuis près d’un an par G-Phil, a une culture Funk /Soul/Afro Beat et Brazil et Boogaloo rare, qu’ils modernisent par des rythmes plus contemporains, empruntés au Break’N Beat anglais ou à la Drum’N’Bass, en les passant aussi parfois sous leur forme d’origine. Le nom de leurs mixtapes vous mettra dans l’ambiance : « Everybody Likes James Brown », « Hellboy Funk » et "Live In Donkey Land » (enregistré lors de vacances en Corse ou Sir Jarvis accompagna un défilé de mode).

La vie étant trop courte pour eux pour ne pas la partager, ils ont fait venir nombre d’invités comme Quincy Jointz (DJ Hip Hop allemand), Don Mescal (DJ Funk de Lyon avec qui on purra les entendre avec DJ Gruyere ce samedi 15 mars au Soda Bar de Lyon, 7 rue de la Matinière), Jazzman Gerald (DJ anglais fondateur du label « deep funk » « Jazmin Records), DJ Gruyere (DJ «deep funk» espagnol de Barcelone fondateur du label «New Cheese Records ») Malachi Trout (membre du collectif Herbalizer et programmateur Jazz du Jazz Café de Londres), S.M.O.O.V.E (DJ anglais Break’N’Beat auteur de nombreux remixes explosifs sur « Wack Records » et sujet de nos premières « Réflexions sur les musiques électroniques »).

Le 8 mars dernier, Sir Jarvis lançait leur label « Badass 45 », qui sortira des 45 tours vinyls encore en usage chez les DJ, que Malachi Trout, S.M.O.O.V.E et Gilles Peterson ont déjà intégrés dans leurs sets, à L’Elastic, « meilleur bar se Strasbourg » d’après lui. Il avait invité pour l’occasion DJ No Stress (alias Rock Cee), membre fondateur à Strasbourg de l’une des radios les plus groovies de Strasbourg, RBS (91.9 FM et sur le net sur « http//:rbs.bday.net/index.php»). D'abord radio pirate (dès 1979), RBS obtient sa première autorisation officielle d'émettre en 1982. Ce qui fait de cette station l'une des plus ancienne radio de la région, et même de France. La petite histoire raconte que le nom Radio Bienvenue Strasbourg vient de la Saint Bienvenue, le 30 octobre, jour officiel de la création de l'association. Le nom correspondant parfaitement à la philosophie première de la station qui offre une tribune aux résidents étrangers de Strasbourg.

Avant l’ouverture du caveau, je crois reconnaître le style Jazz Rock et Brazil du groupe « Return To Forever », mis par No Stress, (Chick Coréa, claviers ; Airto Moreira, percussions diverses ; Flora Purim, chant, l’une des meilleures chanteuses Brésiliennes après Elis Regina), ce que me confirme Sir Jarvis à mon arrivée. Après un titre de Funk et un autre Hip Hop, je reconnais le « What’s Going On », enregistré par Marvin Gaye en 1970 sur l’album Motown du même nom, et qui devait faire du chanteur Soul en 1971 le sage déjà concerné par l’écologie, la guerre du Viêt-Nam et la lutte contre drogue, mais remixé originalement en reggae, tout en gardant la Soul originelle et le tempo d’origine.

No Stress alterne avec des titres instrumentaux Jazz Soul Funky à la manière de ceux utilisés par Antonioni dans «Blow Up» (Palme D’Or 1967 à Cannes), caractéristiques de la créativité du « Swinging London » des années 60s, où l’on voit également les Yardbirds et un jeune Jimmy Page (y succédant à Eric Clapton et Jeff Beck, qu l’on y voit aussi, avant de former le premier groupe de Hard Rock Led Zeppelin avec Robert Plant au chant et John Bonham à la batterie) casser sa guitare contre l’ampli et la jeter en pâture aux fans.

Suit un thème bien Blaxplopitation avec des saxos en fond et une voix de Screamin’ Jay Hawkins (le pianiste noir de Rock’N’Roll fou furieux capé avec un os papou dans le nez et au regard de vaudou lançant des flammes avec sa canne dans sa version de «I Put A Spell On You »). Ensuite on se calme avec une perle « Northern Soul » de ce style qui fit des vinyls Funk/Soul une des influences de la techno anglaise par la culture des DJ, d’après Laurent Garnier dans son autobiographie «Electrochoc ».

Le premier des 45 tours de «Badass 45» (écoutables sous ce nom sur « My Space » ou avec ce même article en sampler sur "Drum'n'Bass.Net" dans la section "Tribune Libre", «Stronger Than Melody », reprend « En Mélody», l’avant-dernière chanson de «Mélody Nelson», concept-album de Gainsbourg, enregistré avec Alan Parker (guitare ), Brian Odgers (basse), Douglas Wright (batterie), Alan Hawkshaw (claviers), Jean-Claude Vannier (orchestration) enregistré aux studios Marble Arch de Londres du 21au 23 Avril 1971. Sur une histoire inspirée du « Lolita » de Nabokov, le narrateur (Gainsbourg abandonne le chant pour ce qu’il appellerait « talk over »), au volant de sa Rolls (un clip de Jean-Christophe Averty existe, tourné au petit matin, où il est au volant de la «déesse d’argent» et passe du trottoir de gauche à celui de droite, n’ayant jamais passé le permis !) renverse une nymphette à vélo « aux cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle) interprétée par Jane Birkin (qui a joué dans « Blow Up» avant de le rencontrer sur le film « Slogan » où elle jouait sa « petite briseuse de ménage ») sur la pochette, dont on entend les rires de chèvre hystériques dans « En Mélody ». Dans un document télévision, elle lui demandait pourquoi il la faisait mourir à la fin, et il répondait : « Pourque notre amour soit éternel ». Je reste persuadé que c’est la seule vraie période de bonheur de sa vie. Dans «En Mélody», elle veut revoir « le ciel de Sonderland. Elle prit le 707, l’avion cargo de nuit. Mais le pilote automatique aux commandes de l’appareil fit une erreur fatale à Mélody». Le narrateur scrute le ciel comme les papous guinéens qui tirent sur les avions à coups de sarbacane. La basse et la batterie, notamment sur En Melody, sont résolument funk. Ce titre « En Mélody » peut être considéré comme le premier morceau de Rock Français, car ne devant rien dans son jeu au rock anglo-saxon. Téléphone, plus tardif, ne sont que des « Rolling Stones » à la française. Et le groupe Noir Désir joue encore comme cela. Dans la version des Badass’Funkstarz, le titre est mixé avec l’excellente chanteuse de Soul anglaise Amy Whitehouse sans occulter les cris de chèvre originaux de Birkin. Cela fait mervei_lle, et on croirait que le titre a été composé ainsi…

Un autre de ces 45 t, « You Better Shake » tire son titre de soirées des Badass’Funkstarz et de leur page « My Space » les annonçant organisées au « Café Des anges » de puis novembre dernier tous les jeudis pairs. Le flyer précisait les sens et implications chorégraphiques, psychologiques et vitales du mot « Shake » : « secouer – agiter- faire des mouvements vifs - sortir de son inaction en se libérant de son angoisse, torpeur, paresse - tenter de se débarrasser d’un joug, de la routine, des préjugés – mener quelqu’un pour l’inciter à agir – réagir contre le découragement, l’inertie ». Sur une base touffue de percussions brésiliennes et de congas et de beats et une basse electro- new-wave, dans le raffût enthousiaste d’une foule en délire des voix masculines et féminines issues de la techno, donnent les temps de la danse, invitent à entrer dans le groove, James Brown leur répond en hurlant, une guitare Rock inattendue ranime la sauce, puis les voix s’électrisent en monstres inhumains, rythmes vocaux. Ce titre est une bone description de leurs soirées, et un amuse-gueule efficace au suivant.

« Heat wave Drummers» ou « Martha’s Drummers » mélanges des rythmes afro-cubains, les cuivres du boogaloo (mélange de Rythm’N’Blues et de rythmes latins) de la « Latin Soul » du label Fania aux trompettes assourdissantes qui devait donner lieu à la « Salsa », la voix d’une chanteuse de funk/Soul noire et ses choristes et les imprécations extatiques d’un percussionniste sorcier (Mongo Santamaria ?) tenant lieu d’MC au naturel, auxquels viennent s’ajouter quelques mesures vocales d’ «Agogo », tube percussifs brésilien des dancefloors relayé par RBS dans les années 90/2000s. Et là encore le mélange prend, même s’il surprend. Ce qu’aime faire Sir Jarvis, c’est mélanger des petits bouts de tubes kitsch que chacun de nous aurait honte d’écouter tels quels et les rendre méconnaissable en les mélangeant à d’autres éléments hétéroclites. Quand il dévoile les influences, on est souvent surpris d’avoir aimé ça. La méthode consiste, à ce que j’ai cru comprendre, à isoler les éléments constituant d’un titre (rythmes, basse, voix, cuivres) et les remplacer par d’autres.
« Freaky Grapevine » reprend sur un rythme irrésistible de percussions une version féminine d’enfer de « I Heard It Through The Grapevine », premier succès de Marvin Gaye, les cuivres de « Work Song» de Nina Simone reprise par Claude Nougaro dans son « Sing Sing » sur un fond sonore de vocaux boogaloo tapant des mains aux trombones assourdissants.
« Makin’Jill Nervous » allie des saxophones intenses et originaux d’une liberté empêchant de les classer dans un style ethnique, Jazz ou Funk ou peutêtre tout ça à la fois car tenant autant des barissements des éléphants d’Afrique que du vibrato klezmer ou tzigane appliqué au Rythm ’N’ Blues, ou des musiques kitschs d’André Popp dans la lignée des films de Russ Meyer , accompagnant en fanfare une chanteuse Soul revendiquant la liberté de son âme sur une basse northern, avant un solo de batterie broken. Et tout ce beau monde se bringuebale ensemble comme s’il était né sur le même continent.

On retrouve la Fania avec « Fania’s Brothers Workout » dont on entend les cuivres de films sur une rythmique plutôt cool voire kitsch, des murmures soul accompagnent un solo de saxophone, puis entre en scène une chanteuse Soul qui semble avoir tout vécu à entendre l’émotion de sa voix même plus éraillée, James Brown vient y danser et crier avec elle.
« Stubborn Son Of Marvin » est un autre remix de Marvin Gaye Soul sur une rythmique breakbeat soutenue de percussions avec une guitare aux soubresauts funk/soul ouatés.

Le 21 mars, Sir Jarvis sera au festival « Bol De Funk » à Marseille au Cabaret Aléatoire Pour les Strasbourgois, « Badass 45 » sera le 29 mars à La Salamandre, le 3 avril à L’Elastic, le 26 avril à L’Elastic avec Tobias Kirmayer, puis le Sound System prendra ses quartiers d’été en plein air : le 23 mai à Haguenau en plein air et le 16 juin aux Pelouses Electroniques du Jardin Des Deux Rives.
Jean Daniel BURKHARDT
Commentaires
Attention Jean-Daniel, tes images sont trop grandes. Tu peux les réduire facilement en ligne grace à ce site :

http://www.easypict.org/
Je sais mais je ne savais pas comment les réduire. ce sont des documents persos qui n'existent pas sur le net, des pochettes de disques scannées en fait.
J'essaie cer lien demain Merci
Jean Daniel
Merci infiniment Flavien
C'est formidable. vous m'avez permis de sauver deux articles du ridicule: celui-ci sur les Badass' et l'hommage à Jeam-Michel Delune, pour lesquels artistes très locaux j'avais plus de photos personnelles que sur internet.
Jean Daniel
Pas de soucis, n'hésites pas quand tu as d'autres questions
NO STRESS et G PHIL virés comme des malpropres de leur PROPRE soirée "FUNK ME I'M FAMOUS"!
No Stress a passé au Raven (Club sympathique : murs en pierre apparente incrustés de diodes en cascades, chants d'oiseaux Amazoniques diffusés aux toilettes, verres de mojitos biaisés du bas) un morceau samedi quui reprenait les violons du générique de "L'homme qui valait trois milliards" (composé par un musicien noir : Oliver Nelson, auteur de « The Blues And The Abstract Truth ») en Blaxploitation, qui m'a fait imaginer "Shaft Austin" (ignorant que Isaac Hayes, Black Moses auteur de la BO de Shaft mourrait ce lundi), le "Black qui valait trois milliards":
pauvre noir de Harlem lassé du racisme,parti inspiré par un track de Sun Ra voir si les noirs venaient de "La Pla-nè-te MARS", il aurait raté son atterrissage et été récupéré par la secion médicale des "Black Panthers" qui le reconstruisent de l'intérieur en rétablissant ses fonctions vitales par des éléments de musiques noires: africaines, Cubaines, Brésiliennes, Gospel, Jazz, Soul, Funk, Groove, Blaxploitation: une vraie radio intérieure dont il tire sa force vitale. Sa mission: militer pour les droits civiques noirs, l'égalité, conntre le racisme et la ségrégation, combattre la misère et la violence des quartiers et rendre justice aux musiques noires en en faisant entendre les originaux partout où le Rock blanc les a pillées, sa parole de sagesse noire ancestrale serait l'origine cachée d'un hip-hop encore respectueux des autres, positif et pas juste grosses bagnoles/filles nues et flingues, incitant à la haine raciale et aux gangs.
Mais le programme Top Secret et Underground fut victime de son succès, trahi par un espion, jugé trop dangereux aux mains de la cause noire, les Black panthers dissous ou emprisonnés, et Shaft Austin se retrouve seul, rentre dans la clandestinité, en free-lance, inspire la musique par les DJs Funk Soul et le Hip Hop.
Je ne savais pas à ce moment-là, mais à peine avais-je fini d'écrire mon délire que la musique s'est arrêtée, G Phil et No Stress virés comme des malpropres de leur soirée "FUNK ME I'M FAMOUS" et des DJ jeunots de la Tek leur ont succédé.
Evidemmenent les petits jeunes iont attendu ce moment pour se bouger sur la piste!
Et avec ça la rdio FIP voit réduire ses heures de diffusion régionale de 12 à 4 h/jour. Dire qu'ils ont une super prog en musiques traditionnelles, super éclectique.
Signez la pétition :
http://www.mesopinions.com/soutien-...
Une soirée de soutien à FIP (entrée gratuite, dons appréciés) se tiendra ce samedi 28 août 2008 à la Salamandre de Strasbourg. Vous pourrez y entendre: la plus alsacienne des chanteuses Jazz/Soul américaines Lisa Doby, l'accordéoniste manouche Marcel Loeffler et son cousin germain Yorgui Loeffler, et finir la soirée avec des DJs du Festival Contretemps.
Jean Daniel
Derniers remixs de Badass 45, également disponible sur "Facebook" : http://www.facebook.com/profile.php...
" Stylisitic American Boy": Wow! Estelle fait déjà partie des remixs! Je n'ai entendu que l'extrait en présentation à la TV mais c'est une bonne chanteuse Soul vocalement, sans provoquer le bouleversement émotionnel d'une Amy Wynhouse.
Evidemment il lui manque le style que les cuivres et la rythmique derrière rajoutent au remix remix!
"Apparently Nothing In The Par(k?)"Le synthé ce serait pas du Marvin Gaye 70ies bien dégoulinant de Soul & Funky? Je ne crois pas connaître la chanteuse mais elle a une bonne voix Soul'N'Funky quoiqu'un peu rauque et ayant apparemment "vécu" et une autre plus innocente minaudant derrière elle, comme celles qu'affectionne Gruyère et Jazzman Gerald ou Massaive Attack et qui continuent de me faire fondre.. La guitare me dit quelque chose: peut-être du James Brown "Soul Power" sur l'interlude percus à la "Heatrwave Drumers" qui lui donne un côté Afro Beat joué sur une corde plus roots. On croirait à du Space Funk mais finalement pas tant que ça grâce à ce côté roots de l'interlude... A suivre...
Jean Daniel
Le dernier Bootleg "Hit The Bang" de Badass 45 vient de sortir:
Après des percussions et cuivres mambos latins débutant en fanfare, on reconnaît et redécouvre à nu la flûte entêtante de "Sure Shot" Beastie Boys.
Puis des percusions grattées en stries de guiros, graines de maracas fracassées et tournoyantes crécelles font monter la chaleur tropicale.
Le coup d'envoi est frappé en "Hit" par les voix de la Party, rythmant celle de Nancy Sinatra dans "Bang Bang" (repris par Sheila avec son film "Bvang Bang") sur la basse de "The Bottle" de Gil-Scott Héron.
Au plus fort de la transe, elle est ponctuée du "Ugh" extatique d'un Benny Moré période Mambo avec ou d'un James Brown latin.
Enfin la flûte revient, pour le final énoncer le début du thème de "Tin Tin Deo" composé par le percussionniste Chano Pozo Gonzales pour Dizzy Gillespie, dans une version plus cool, presque à l'indienne et roots à la manière de Mongo Santamaria dans "Afro Blue", repris par Coltrane.
Tout cela resseré, mixé en plusieurs couches simultannées sesuccédant/superposant sans temps mort: de quoi satisfaire les accros de percus, trad', latin, de soul vintage, de funk, de bootleg ou de broken beat.
De quoi danser, chercher à percevoir les samples des originaux et méditer sur la fûte.
Jean Daniel BURKHARDT