Avec "Sky Blue Sky" de WILCO, je vous dévoile mon côté Rock en ce début d'année...
Par Jean Daniel BURKHARDT le mercredi 16 janvier 2008, 14:30 - ROCK - Lien permanent
Ce matin (1er janvier) j'ai écouté « Sky Blue Sky » de"Wilco", qui s'avère un disque idéal pour lendemain de gueule de bois en douceur, pour rêver en ville à une nature absente par les fenêtres d’une maison en rondins de bois au Canada, dans les Rocheuses ou dans un cottage anglais, à une tendresse ou une douceur absente et consolatrice quand on est seul, sans rien savoir au demeurant de ce groupe de Rock anglo-saxon.

Wilco est un groupe de Rock américain de Chicago, formé à partir du de Country alternatif « Uncle Tupelo » suite au départ de son chanteur Jay Farrar. Jeff Tweedy au chant et à l’écriture et John Stirrat à la basse sont les derniers membres fondateurs encore présents, John Stirrat à la basse, Glenn Kotche aux percussions et Michael Jorgensen aux claviers complètent le groupe.

Leur premier album «A.M. », en 1995, est encore très proche de la country d’ « Uncle Tupelo », puis leur style a évolué vers un Rock plus expérimental inspiré par le groupe « Television . Après « Being There (1999) et « Summerteeth » leur quatrième album « Yankee Hotel Fox-Trot » leur amena un succès critique, et les controverses qui y sont attachées : l’album, refusé par le label « Reprise », étant diffusé sur internet, et paraissant finalement sous le label « Nonesuch », pour se vendre à 590 000 exemplaires, leur meilleure vente. En 2005, leur album « A Ghost Is Born » gagne deux Grammy Awards dont celui du meilleur disque alternatif.

Ils ont aussi collaboré deux fois avec Billy Bragg et une fois avec «Minus 5». En 2007 sort « Sky Blue Sky », moins expérimental que leurs précédents opus.

Ils n'ont pas peur d'exposer leur fragilité et savent chanter, jouer et écrire de belles chansons mélancoliques qui explosent de rage en riffs 60ies au refrain. Puisque la New-Wave a détruit toute la générosité collective Peace & Love dans le Rock par des attitudes morbides et des bénéfices personnels égoïstement accumulés, et que le Hard Rock n'est plus qu'une dégénérescence sonore bruitiste depuis Led Zeppelin, pour retrouver l'émotion et la fragilité, le Rock doit retrouver ses racines Blues, Folk ou Country, la nostalgie des années 70s, quitte à les moderniser d'un feeling pop ou d'une rage contrôlée.

Il y a une nostalgie country dans le son d’ « Either Way», les accords de guitare et la voix du chanteur, avec aussi une innocence harmonique pop dans les envolées finales, entre espoir et désespoir, un côté «Grant Lee Buffalo" (un groupe de country américain des années 90s sur la pochette en veste en jean fourrée de mouton) qui avait marché dans les années 90s. L'orgue soul ralentissant me fait penser à un vieux slow.

"You Are My Face" est faussement calme et mélancolique avec le piano et l'orgue à la " Where The Streets Have No Name" de U2, dans le premier couplet, puis le riff dramatique beaucoup plus rock surprenant mais restant dans le solo guitare Claptonien période Cream ou Pink Floyd dans "Meddle".

"Impossible Germany" est ma chanson préférée pour ses deux solos de guitare à la Television» (le chaînon manquant entre le Rock sombre et cynique du « Velvet Underground » de Lou Reed et l’obscurité totale de la New Wave), mais j'ai oublié à quoi ressemblait leur musique avec le temps, même si le souvenir de l’album "Marquée Moon" reste mythique pour moi, avec le riff du début et la voix de Tom Verlaine, qui maintenant joue avec Patti Smith depuis la mort de son mari Fred Smith, bassiste de Television. Il paraît qu'ils ont rejoué tout "Horses" en public, mon album préféré de Patti Smith, qui sur la pochette avait adopté le look masculin androgyne de Keith Richards des Rolling Stones, offrant au monde de la Poésie-Rock comme Jim Morrison rêvait d’en faire, mais pour cela il lui aurait fallu consommer moins de LSD pour avoir plus de lucidité et rendre ses textes poétiques plus compréhensibles, contrôler mieux les effets de ses émotions. Mais l’aimerions-nous autant s’il eût été plus sage et moins torturé ? Probablement pas comme l’un des martyrs du Rock les plus émouvants, qui devait se révéler, barbu et ventru pour casser son image d’éphèbe androgyne, un Bluesman d’une puissance qu’on attendait pas de lui dans « LA Woman » dès le cri presque primal venu du fond de lui-même« uuuahahah! »inaugurant la première plage « Changeling ». Patti Smith donnerait à sa suite la version de « Gloria » la plus féministe, et vraiment à tomber par terre (Jesus died for somebody's sins but not mi-i-ine). Mais ce double solo de guitare est en effet efficace par la reprise à deux guitares dont une s'envole en slide.

Dans "Sky Blue Sky", après le battement country de la guitare, la chanson part un peu comme celle d’"It's All Over Now, Baby Blue" de Bob Dylan, sur son album « Bring It All Back Home », où Dylan mettait en application les leçons des versions électriques de ses chansons par les « Byrds », découvertes en club avec le cri enthousiaste de « Hey ! On peut danser là-dessus ! », choix électrique assumé à un « Festival Folk » qui avait manqué de le faire lyncher par lesdits folkeux. Dans les années 80s, Bruce Springsteen fera le trajet inverse, revenant à la pureté country acoustique avec l’album « Nebraska », en pleines années électriques. Dylan et Springsteen furent découverts par le même milliardaire John Hammond, comme, en d’autres temps plus swing, Billie Holiday, Count Basie, Lester Young, Teddy Wilson, Lionel Hampton et Charlie Christian, pionnier de la guitare électrique. La guitare ambiante m'a fait penser aussi à la musique de Twin Peaks de Lynch, très cool et bluesy, puis qui part en orage sursauter jusqu'à la crise cardiaque quand on commence juste à rêver, puis y revient.

"Side With The Seeds" commence un peu comme "Ti-i-ime Is On My Si-i-ide" des Rolling Stones avec encore Brian Jones avant le solo de guitare de plus en plus hard. Il y a du Jagger dans le chanteur, et la « Grace » aussi d’un Jeff Buckley dans la fragilité assumée.

"Shake It Off", après un début un peu gnan-gnan monte jusqu'à la rythmique Rock Blues 60ies direct jusqu'au riff du refrain un peu à la Suede dans le joué faux du "Shake It Off", puis revient à une ambiance Pink Floyd sous acide période Syd Barrett "The Piper And The Gates Of Dawn" ou "Ummagumma" ou même un peu "Shine On You Crazy Diamond" ou "Dark Side Of The Moon".
"Please Be Patient With Me" commence sur une bonne base ballade folk, puis la voix détone dans l'aïgu à la John Frusciante en solo mais en restant émouvante, comme le solo de guitare.
"Hate It Here" la voix rappelle encore Jagger sur une base ballade soul, comme la mauvaise foi maccho du discours "reviens, chérie, je sais pas faire la vaisselle et le frigo est vide" précédent tout discours sentimental. Mais le riff est bon au refrain, très 60ies comme les solos de guitare et d'orgue.

Dans "Leave Me" après un début en ballade surannée, au moins l’invite-t-il à le quitter et sort faire un tour dans les rues solitaires sur une guitare à l'ancienne aux dobros gémissants country qu'on entend hurler avec le vent à la fin, avant de monter "dans mon automobile" dans le solo de guitare sur une bonne basse.
"Walken" est bien surprenante, avec ce rythme country-boogie du piano qui nous avait habitués jusque là à un rôle de strict accompagnement. Puis des riffs guitares hard d'autoroutes presqu'à la la "Steppenwolf" (Born to Be Wi-i-i-ild" dans « Easy Rider ») ou "Lynnyrd Synnyrd (mais je crois qu'ils étaient racistes), ou les faux bouseux de "Creedence Clearwater Revival" qui se la jouaient Farmer Rockers.

"What Light": encore la veine Dylanienne dans la tenue des notes, le Dylan de "Blood On The Tracks" qui revenait alors d'un accident de moto dont le sang avait sèché sur la route et sur ses blessures, avec le Greatfull Dead aussi pour "Knock-Knock-Knock-ing At Heaven's Door". Le problème c'est qu'on lui a ouvert. Maintenant il se croit "Saved", "With God On His Side" lui aussi, croit en Dieu et au Pape, et a même joué pour le G7 à Lyon en 1996. Si j'apprenais qu'il a osé leur balancer "Masters Of War", je lui pardonnerais tout, mais je suis sûr qu'il ne la chante plus celle-la, s'il en connaît encore les paroles. Et pourtant Dieu sait que je l'ai aimé Dylan, ignorant que c'était déjà fichu, puisque les disques que j'aimais, il les a faits avant ma naissance ou quand je n'avais pas dix ans. Nostalgie quand tu nous tiens…

"On And On" est une bonne ballade finale avec un bon solo de guitare.
Jean Daniel BURKHARDT
P.S. Carole Tissier m'a signalié un site où vous pourrez écouter Wilco: http://wilcoworld.net/records/index.php
Commentaires
Je préfère aussi "Impossible Germany" !
Merci pour ce côté ROCK !!
Merci Carole pour ta fidélité.
En fait j'écoutais beaucoup de Rock blanc anglais 60ies et psyché 70ies (plus que des pionnioers américains des 50ies, en fait) quand j'étais étudiant, il y a une quinzaine d'années, parce que c'est ce que mes copains de fac écoutaient en priorité, et quant à moi j'y trouvais la prolongation de l'esprit "Beat" de Kerouac dans le Peace & Love, belle époque où la jeunesse croyait encore pouvoir sauver le monde comme dans "Woodstock", "Hair" ou "Zabriskie Point", même si Kerouac s'estimait trahi dans ses idées, étant toujours resté un homme des années 50s.
D'ailleurs Neal Cassady, après avoir été le chauffeur de Kerouac (le Dean Moriarty de "Sur La Route"), a fini par être AUSSI celui, dans les années 60s, de l'autobus scolaire remaquillé à la peinture psyché "Day-Glo" des "Merry Pranksters" ("Joyeux Lurons") de Ken Kesey (auteur du livre "Vol Au-dessus d'un Nid De Coucou") qui emmenait sa communauté et les deux principaux groupes psychédéliques de San Francisco (le "Greatfull Dead" et le "Jefferson Airplane") dans une tournée épique à travers l'Amérique profonde, racontée par Tom Wolfe dans "Acid Test".
En 1994, je me souviens d'un nouvel an avec des lycéens en section Cinéma de 17/18 ans, qui étaient encore Babes dans l'âme dans un chalet des Vosges.
Aujourd'hui, l'inculture de la techno boum boum pour "se vider la tête" et la violence gratuite du Rap pour cracher sa haine à la face du monde ont hélas remplacés le bel idéalisme collectif de ces années que je suis né trop tard pour avoir connues...
Jean Daniel
J'ai aussi mis des années avant de comprendre qu'en marge de cette face blanche du Rock'N'Roll (volé à l'origine aux Noirs par le Boogie-Woogie, comme le Jazz d'ailleurs, ce sera d'ailleurs le thème de ma prochaine émission de Jazz ce jeudi 24 janvier à 21 h sur "www.judaicastrasbourg.com"), continuait à vivre dans les ghettos son pendant noir en forme de vengeance, appelé "Rythm'N'Blues" (Louis Jordan) puis Soul Music (Otis Redding) et pour finir Funk (ancienne insulte blanche raciste censée décrire l'odeur supposée des noirs) avec Horace Silver et son Jazz "Funky", puis James Brown mais pas seulement, et le Rap, et la techno de Détroit d'"Underground Resistance". Aujourd'hui Diam's est directrice artistique artistique de "Motown France", mais que sait-elle de cette histoire? Michel Jonasz connaît mieux la Soul Music qu'elle, mais évidemment est moins connu.
Je n'ai découvert qu'il y a quelques années aux soirées Funk des "Badass' Funkstarz" les versions noires avec cuivres de Spanky Wilson ou Ella Fitzgerald sur un label allemand de "Sunshine Of Your Love" que je ne connaissais que par Eric Clapton et son groupe Cream.
Mais ce mensonge est organisé des Etats-Unis pour nier la Culture Noire, après avoir réduit au silence et parqué en réserves la Culture Amérindienne
des autochtones de cette terre qu'ils en ont spolié.
Mais rien n'arrête la musique, et "Pura Fé" est une chanteuse de Blues Indienne Tuscarora, qui rappelle que nombre de musiciens de Jazz noirs avaient des origines amérindiennes, outre la chanteuse Mildred Bailey ou le saxophoniste Richie Kanuca, ou même le trompettiste Don Cherry.
Jean Daniel
Jean Daniel
rien a dire
c tro nul ton truc c de la zik pouri!!! vive le hard et pas le roc minette!!