MORT DE JEAN-MICHEL DELUNE, DIT "OLD PAPY", PIANISTE SWING DE STRASBOURG
Par Jean Daniel BURKHARDT le samedi 8 décembre 2007, 19:21 - HOMMAGE - Lien permanent
Le pianiste Swing Jean-Michel Delune était né dans la région parisienne il y a une soixantaine d’années, trop tôt pour avoir connu Boris Vian au « Tabou », assez tôt cependant pour avoir pu assister aux derniers feux de la vie du Jazz de St Germain Des Prés dans les années 50s/60s, et avoir chiné auprés d’un musicien-disquaire ses premiers disques de Jazz , , assez aussi pour avoir entendu de ses oreilles quelques-uns de ces héros noirs comme Memphis Slim (que les Strasbourgeois pouvaient entendre aussi au « Kibitz », où mon père croisa même Johnny Halliday pendant son service militaire en Allemagne), avoir connu parmi les pionniers antillais du Jazz Parisien du Malesherbes Club le saxophoniste Robert Mavounzy ou le pianiste André Persiani, qui joua à son mariage, assez pour avoir vu, enfin, disait-il, le violoniste Stéphane Grappelly jouer au piano (ce qui est plus rare) du Fats Waller (immense pianiste stride et amuseur public des années 30s, seul élève connu de James P. Johnson pour l’avoir ébloui par sa version de son « Carolina Shout »). Mais sa grande culture s’était faite par le disque, remontant à de rares 78 tours des années 20s de Louis Armstrong ou Fats Waller pour lesquels il fallait une platine spéciale et passant par des « Voice Of America » d’après-guerre qu’il ne put peut-être jamais écouter, car ceux-ci avaient une taille toutes les platines : vinyles, Disques compacts, même s’il préférait l’émotion des microsillons, son appartement renfermait des trésors musicaux Jazz et Classique qu’il lui est arrivé de me faire entendre parfois, également des images en cassettes vidéos (il m’avait fait découvrir le magnifique « Jammin’The Blues » de Gjon Milli avec Lester Young et l’orchestre de Count Basie et «Stormy Weather » avec Fats Waller et Cab Calloway, l’un des premiers films à montrer les noirs à leur avantage), et même une vidéo, m’avait-il dit, d’un concert de la première formation d’Irakere , avec Paquito D’Rivera au saxophone et Arturo Sandoval à la trompette, premier groupe cubain électrique annonçant la salsa, ce qui dénote une curiosité qui m’étonna sur le coup, car je suis sûr qu’il devait détester leur musique, puis était passé au DVD du festival de Jazz de Montreux, et s’était mis récemment à Internet.

Il aimait, en plus du pianiste de La Nouvelle-Orléans Jelly Roll Morton qui était avec Louis Armstrong son lien principal avec le style New Orleans des débuts du Jazz, tous les styles pianistiques du Jazz, du boogie-woogie (style pianistique accompagnant les chanteuses datant, d’après lui, de 1886 selon certaines partitions, et qui fut pompé par le rock’n’roll blanc) et de « stride », style pianistique oublié des années 20s où s’illustra James P. Johnson, ainsi nommé (stride signifie « enjambée », pour les enjambées d’une main sur l’autre entre la pompe et la main soliste) aux expériences inversées de Milton Buckner, à Jaki Byard, réconciliant toute l’histoire du jazz du stride au free, aux premiers Thélonious Monk et Bud Powell, « quand ils jouaient encore stride », mais goûtait assez peu le bebop et tout ce qui s’ensuivit. Il se disait « amoureux des chanteuses » et pianistes qui m’étaitent inconnues, comme Valaïda Snow, l’une des rares trompettistes femmes, ou tout un groupe de chanteuses et musiciennes, et plus proche de nous, mais poussait des hauts cris quand je les comparais à Janis Joplin, aimait parmi les vivantes Spanky Wilson, ne détestait pas Diana Krall et m’avait fait découvrir Susie Arioli, mais n’était jamais tombé sous le charme de la clone vocale de Billie Holiday, Madeleine Peyroux, dont j’appréciais au moins « Careless Love ». Il défendait presque exclusivement le Swing des années 30s/40s, celui de Billie Holiday, dont un portrait avec gardénia à l’aquarelle, peint par un artiste de ses amis ornant l’un de ses murs, et de son pianiste Teddy Wilson (son préféré, dont il avait l’intégrale en « Classics »), de Count Basie et Lester Young et de toute la tradition de Kansas City (le pianiste Sammy Price et le barman puis chanteur Big Joe Turner) de ces années où cette ville échappa pour un temps à la crise de 1929, grâce à son maire, le plus grand gangster de la ville, Thomas J Pendergast, soutenant Bennie Moten pour le rachat des Blue Devils de Walter Page où se trouvait déjà Count Basie, ville où Charlie Parker passa son enfance dans une vie musicale de Jam Sessions non stop, où le roi du saxophone Coleman Hawkins sefit laminer par un Lester Young encore inconnu. Mais l’homme préférait la musique à ses histoires. Jean-Michel Delune était l’une des rares personnes qu’il m’ait été donné de connaître à s’être intéressé au pianiste boogie-woogie et chanteur de Kansas City Jay Mc Shann au-delà de l’anecdote des débuts enregistrés de Charlie Parker dans son orchestre, et ceci bien avant le film que Clint Eastwood lui consacra. Sa passion exclusive pour le swing l’avait quelque peu coupé de toute l’évolution du jazz après les années 50s, et il pardonnait même à Hugues Panassié (pionnier de la critique de jazz en France, mais qui après- guerre fut la tête de turc des tenants du jazz moderne et du bebop comme Boris Vian pour considérer que Charlie Parker et Miles Davis ce n’étaient pas du Jazz) en m’expliquant que « quand on a été élevé au lait du boogie-woogie, on ne peut pas aimer le bop ». Je lui pardonnais ses prises de position en le considérant comme un monument de ce Jazz Swing des années 30/40s qu’il était l’un des seuls à défendre encore. On ne demande pas non plus à une statue grecque antique d’avoir la modernité d’un tableau surréaliste. Et son combat pour cette musique était, devant l’indifférence générale, envers et contre tous, presque révolutionnaire par sa radicalité, m’a dit un amateur de Jazz local. Après tout il était comme né trop tard, juste assez pour voir sa musique pillée par le Rock’N’Roll et le Jazz-Rock sous peine de disparaître, ses dernières idoles mourir, leur style tomber dans l’oubli avec Lester derrière les saxophonistes post-Parkeriens, post-Coltraniens. Son caractère bougon, râleur, était à la mesure de sa frustration, de sa passion, et faisait partie intégrante du personnage. Après tout son cher Jelly Roll Morton s’était bien auto-proclamé « inventeur du Jazz » ! Personnellement, il avait installé la scène du « Piano Bar » (dernier club de Jazz de Strasbourg jusqu’à sa fermeture) avant de s’en voir refuser l’entrée parce qu’il faisait « de la musique de vieux ». Il avait vu sa musique, le Jazz Swing, péricliter et se corrompre, jusqu’à en être le dernier représentant local, les engagements se réduire comme peau de chagrin avec le délitement de la scène vivante locale et je comprenais son amertume, sans partager sa radicalité, mais saluais son intégrité musicale et son dévouement à sa cause.

Il était arrivé à Strasbourg pour faire ses études de commerce à l’IECS (43ème promotion), où il devait revenir en 1999 enregistrer avec ses « Young Swingers »son unique disque officiel à ma connaissance à la soirée de gala célébrant son 80ème anniversaire. Après avoir été représentant pour une grande marque de pianos, il était devenu publicitaire, puis n’avait voulu se consacrer qu’à la musique. En 1987, il avait formé son groupe, avec des musiciens de jazz locaux plus jeunes que lui mais rompus aux arcanes du swing, ce qui est de plus en plus rare.

Quand j’étais arrivé à Strasbourg, en 1989, j’allais à tous les concerts de Jazz annoncés dans les journaux, et la plupart du temps, y trouvais, quelque soit l’endroit, Old Papy (nom de scène revendiqué par Jean-Michel Delune, l’ancrant avec humour dans ce passé qu’il adorait) et ses « Young Swingers »: Michel Vies au saxophone ténor, le plus Lesterien de la région, méritait cet accompagnement à la Count Basie, Pierre Firer à la contrebasse et Martial Muller qui m’a toujours fait penser physiquement à Claude Nougaro mais musicalement capable à la fois de jouer swing et de partir en bombes bop dans ses solos comme son idole Shelly Manne, Eric Soum à la guitare électrique, capable de traits à la Jimmy Rainey ou Gourley et de rythmiques afro-cubaines « tuk tuk » sur les frets pour les tempos latinos, comme Ray Crawford chez Ahmad Jamal ou plus tard Tal Farlow dont il se réclamait davantage, et pour finir Cécile Bonacina dans le rôle de l’électron libre, jeune saxophoniste alto, soprano, piccolo ou baryton, dynamitant l’ensemble par ses solos bop, hard bop ou free, qui inspiraient à Michel Vies des hochements de tête désespérés comme s’il se demandait pourquoi ils s’acharnaient à construire des improvisations taillées au cordeau alors qu’elle y arrivait tout aussi bien comme cela. J’ai de bons souvenirs au « Griot », club fermé depuis de leurs "Rendez-vous du Swing" avec cette formation.

A cette période de gloire locale, Old Papy et ses « Young Swingers » avaient même leurs entrés à France 3 Alsace, où ils accompagnaient l’émission « Rund’Um » de leur musique, ce qui lui permit d’annoncer la mort de Teddy Wilson à l’antenne et de rencontrer Jean D’Ormesson qui cherchait dans sa mémoire immense un air de jazz entendu dans un film et reconnut dès les premières mesures « As Tears Go By » joué et chanté par le pianiste noir Dooley Wilson dans le film de Michael Curtiz « Casablanca », avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Devant mon étonnement, il prétendit que son intuition était purement générationnelle, vu l’âge de Jean D’Ormesson. Ce n’est qu’après 2000 que je fis enfin personnellement la connaissance de Jean-Michel Delune, grâce à Patrick Genet, chanteur de chanson française et accordéoniste diatonique de musette qu’il avait accompagné sur « Solitude » à un concours de chant à Schiltigheim. Lors d’un des derniers concerts de Patrick Genet à la Krutenau, Jean-Michel Delune finit par monter sur scène malgré lui l’accompagner sur un titre sous les cris du public scandant son nom : « Old Papy ! ». Cécile Bonacina étant partie enseigner la musique à Tahiti, d’après Delune, il avait pris dans son groupe une chanteuse américaine domiciliée à Strasbourg, Janice Lee et ils s’étaient produits avec ses « Young Swingers » à l’IECS où ils avaient enregistré un disque. Il avait, disait-il, inauguré des émissions de Jazz sur « Radio Nuée Bleue ». J’ai eu le plaisir de recevoir Jean-Michel Delune à Radio Judaïca deux ou trois fois, où il ne cessait de se plaindre à l’antenne du peu de cas que faisaient les pouvoirs publics de sa musique, le Jazz swing, surtout quand il avait apprenait que Catherine Tasca, alors ministre de la Culture, venait d’inaugurer « un festival de RRRRRap » (chaque r rugissant valant son quintal de mépris au point que c’en était comique). Hors-antenne, il s’accusait d’avoir encore lâché son « venin ». Il amenait des disques inconnus, Pat Flowers improvisant sur du Jean Sebastien Bach dès les années 30s, comme quoi Jacques Loussier n’avait rien inventé… Quand il croisa le responsable de la musique classique, tout aussi passionné par son sujet que lui, ce ne furent que congratulations réciproques, qui seraient devenues épiques si l’heure de l’émission n’était pas arrivée.

Pendant ses années d’étudiant, Jean Michel Delune s’ennuyait le dimanche après-midi. Il chercha à remédier au problème en organisant « Les Dimanches Du Swing » au Pub D’austerlitz, tous les dimanches, tournant avec sa formation sur la base d’un trio (où le contrebassiste Francis Fellinger avait remplacé Pierre Firer) avec soliste à tour de rôle la chanteuse Janice Lee, le saxophoniste Michel Vies, le guitariste Eric Soum et le jeune trompettiste Eric Theiller , entre Miles Davis et Chet Baker, le trompettiste Léon Terjanian poussant jusqu’à Clifford Brown, tous les dimanches après-midis. Quand Michel Vies et Eric Theiller croisaient le fer et les riffs, cela prenait un côté très West Coast. On se serait cru entre Chet Baker et Stan Getz au Lighthouse de Los Angeles, ou d’après Chet , « le dimanche après-midi on jammait, un type arrivait de la plage en maillot de bain, serviette sur l’épaule, et était encore là à la fermeture à l’aube du lundi matin », avec la plage en moins. Leur spécialité était les standards désuets, les blues low-down à tempos lents qui allongeaient les heures. Evidemment il se trouvait toujours des imprudents pour danser le rock plutôt que le jitterbug sur ses boogie-woogies endiablés et pour le féliciter pour ce « rock’n’roll », à quoi il bougonnait sa diatribe habituelle contre le pillage du boogie par le rock. Parfois l’orchestre s’aventurait sur des tempos plus rapides, latins ou bossas. Lorsque je le félicitais de cette ouverture, il rétorquait, « non, c’est du swing, la musique afro-cubaine tue le jazz avec la salsa ». Et à la fin, « The Cute », composé par Neal Hefti pour l’orchestre de Count Basie, que je n’ai jamais entendu par personne d’autre qu’eux, était le bis obligé, immuable et attendu où Martial Muler se lâchait dans des breaks et solos furieusement bop, compliment qu’Old Papy refusait encore: «non c’est pas du bop, c’est du Neal Hefti pour Count Basie, c’est du swing !».

Aux beaux jours, le premier dimanche de juillet, Michel Vies, qui enseigne à l’Ecole de Musique de Cronembourg, invitait Old Papy & The Young Swingers à jouer sur la place de l’eglise St Florent jusqu’à la tombée de la nuit. Lors de la dernière édition, le trompettiste Pierre Lambolley , habitué du groupe Dixie Land « Les Célestins » (anciens compagnons de Jean Michel Delune à « L’Ange d’Or » dont les lustres subirent bien souvent les assauts du tuba, avant que Jean-Michel ne vienne annoncer avec humour « le trombone est en coulisse ») était venu jouer du New-Orleans avec Old Papy. La section rythmique prenait toute sa dimension d’ « all-strasbourgeoise rythm-section », comme celle de Count Basie était « l’all american rythm section ». Tous ses musiciens étaient là avec leurs propres groupes, Eric Soum avec « Isonga », Michel Vies et son quartet jouant du Jazz Hard Bop à la Sonny Rollins, autant d’extensions de sa musique dont bien entendu il reniait l’authenticité Jazzistique au nom du sacro-saint Swing, avant de prouver le contraire par l’action, en partageant le dernier avec la très solaire Cécile Solin scattant sur des standards à la manière libre d’une Flora Purrim. Lors de notre dernier entretien téléphonique, alors que je lui annonçai une émission sur Benny Carter, il me dit attendre avec impatience la retraite, début 2008, où il ne serait plus tenu de courir les engagements. Il me proposait un nouveau sujet : « Le Rock’N’Roll n’a rien inventé!», du pur Old Papy en perspective, boogie-woogie à tous les étages! Amoureux de la vie, de la bonne chère, des bons vins et du Jazz, il est décédé chez luid’une embolie pulmonaire le 30 novembre dernier. Gageons qu’il est plus heureux là-haut, au Paradis des Jazzmen, à jammer avec Jelly Roll Morton, Billie Holiday, Count Basie, Teddy Wilson et Lester Young, dont il pourra enfin faire la connaissance après les avoir aimés, interprétés et joués toute sa vie.
Jean Daniel BURKHARDT
PS: Pour les amateurs de Jazz Strasbourgeois, un hommage musical sera rendu à Old Papy par ses Young Swingers le 18 décembre au Pub D'austerlitz qu'il affectionnait et dont il avait fait les beaux Dimanches du Swing. Pour toute la toile web, ceux qui voudraient entendre sa musique (il n'était connu que localement) peuvent écouter mon émission Jazzology du Jeudi 20 décembre prochain, entre 21 et 22 h, sur "www.judaicastrasbourg.com". J'y passerai de larges extraits de ses concerts à l'IECS (son seul disque officiel), au Pub d'Austerlitz et aux "Terrasses de l'Europe", ainsi qu'un instrumental extrait de sa première venue à "Radio Judaïca" dans mon émission et peut-être quelques piques dont il avait le secret issues de la même émission de 2000 ou 2001.
Pour les amateurs, mon émission de Jazz de ce jeudi 21 janvier à 21 h sur "judaïcastrasbourg.com" sera consacrée aux racines noires du Rock'N'Roll: Blues, Boogie-Woogie, Rythm'N'Blues, dans la ligne "Le Rock'N'Roll n'a rien inventé!" prescrite par Jean-Michel Delune lors de notre dernier entretien téléphonique.
Commentaires
Et, faut pas exagérer non plus. Le vieux était assurement un grand musiciens sachant en plus très bien s'entourer. Cependant, si je n'aimait déjà pas cette musique avant, il ne me l'aurait pas fait aimer tant il passait son temps à geuler avec une certaine mauvaise fois parfois.
Salut Martin, merci pour le commentaire de quelqu'un qui a connu les Dimanches du Pub D'Austerlitz.
Oui, d'accord pour sa mauvaise foi légendaire, mais pour sa défense il était né trop tard, et n'a vu que la mort et la décadence de la musique qu'il aimait.
De plus, à cause de son intégrité et de son dévouement exclusif au style Swing et Kansas City, et de son caractère qui certes n'arrangeait pas les choses, les lieux de concert de strasbourg lui étaient interdits ou fermés (même quand il en avait installé la scène, comme au Piano Bar), quand ce n'est pas lui qui était forcé de refuser des engagements au paiement trop modeste pour sa formation: contrairement aux Célestins (dévoués au New Orleans et au Dixie Land) ou au Big Band de Bischeim (qui à part quelques titres bien dans le style de Count Basie n'est pas exclusivement dévoué à cette tradition, les autres titres proposant leur chanteur/crooner, un sextette vocal de vocalese, ou même un thème funk réarrangé pas toujours du meilleur goût et sacrifiant au "commercial"), il avait abandonné son boulot dans la pub pour ne se consacrer qu'à la musique et monter sa structure, qui était donc son seul gagne-pain, et accepté le statut précaire d'intermittent du spectacle, même s'il n'aurait jamais serré la main d'un Sanseverino. Les Célestins, le BBB, ont tous des boulots à côté, et peuvent s'en sortir avec entre un et six concerts par an, et de plus le BBB lui faisait une concurrence déloyale en cassant les prix, parce que ce Big Band amateur coûtait moins cher que son sextette. Je sais qu'il a refusé des propositions des "rdv du jazz"parce que les taxes que lui aurait coûtées sa prestation auraient dépassé la paye qu'ils lui proposaient. Et ça ce n'est pas de sa faute, mais de celle des décisions politiques pour qui la musique et les arts en général (et la sienne en particulier car passée de mode) n'est plus une priorité depuis Jack Lang!
Avoue que si tu vois les choses comme ça et que tu te mets à sa place, il y a de quoi être amer, voire aigri.
Toi et moi, on a été élevés au rock 60/70ies, ce qui nous a ouverts au Jazz Rock et a rallongé notre amour de la musique au moins, me concernant, jusqu'à la fin des années 70s, plus tard pour toi que le Hard ne dérange pas.
Je me sens déjà un peu exilé par mes goûts dans ce monde et dans ce temps. Alors imagine ce que lui pouvait ressentir, qui avait voué sa vie à une musique datant grosso-modo de sa naissance, puis pillée par le Rock, le Funk, la Salsa. Il était à la SOURCE de toutes ces musiques même si tout le monde l'avait oubliée, alors il ne pouvait la suivre dans tous ses affluents.
Mon amour du Jazz couvre toutes ses tendances historiques, et je n'accepte pas qu'un jour la moindre d'entre elles tombe dans l'oubli. Il était le seul représentant au piano à Strasbourg du VRAI boogie-woogie, du stride et du swing des années 30s/40s.
James P. Johnson, Fats Waller ou Count Basie , créateurs de ces styles, sont morts et oubliés du grand public, comme le Jazz d'ailleurs. Sans Michel Vies et son saxophone Lesterien, il n'y aurait à Strasbourg que des saxophonistes Post-Parkeriens et Post- Coltraniens, ce qui serait une perte pour la scène de Jazz. La plupart des jeunes qui traînent dans les Jams de la Grotte ou du Molodoï (qui sont intéressantes par leurs cross'over Rock, Reggae ou Latin, où la musique est faite par ceux qui sont sur scène) ne savent pas les standards, sauf ceux passés par la CEDIM ou le Conservatoire. Voilà pourquoi des gens comme Vies, ou le trompettiste Alain Terzinian ne PEUVENT pas jouer avec eux, faute de langage commun. Un saxophoniste comme Michel Vies n'aurait jamais pu, sans Old Papy et son soutien à l'ancienne, à la Ciount Basie ou Teddy Wilson, pu jouer dans le style Lesterien que nous aimons. Seul il fait du Sonny Rollins, du Jazz Afro-cubain, mais c'est moins rare et unique. Pour Lester ils étaient LES SEULS.
Alors si les gueulantes partiales d'un Old Papy pouvaient rendre justice à cette musique dans l'esprit de ceux qui en ignoraient tout, et s'ils s'y intéressaient ensuite, c'est gagné pour la cause du swing et du jazz..
Une musique qu'on ne joue plus est une musique à moitié morte (l'autre étant les disques, mais justement il a peut-être amené des gens VERS Count Basie). Il faisait VIVRE cette musique, et il était le seul à le faire localement.
Et pour ceux qui l'ont vu jouer, le passéisme de son discours disparaissait dans la passion du jeu collectif:
oui, il lui arrivait de jouer Bop (The Cute) ou Hard Bop (Parisian Thoroughfare), quelquefois presque free (avec Cécile Bonacina qui aurait pu heurter ses chastes oreilles mais dont il ne m'a jamais dit que du bien, ça m'étonnait d'ailleurs), Afrocubain ou Bossa dans le mouvement, DANS l'improvisation. Même si une fois avoir quitté son piano, ses principes ou son combat ne l'aurait jamais admis!
Jean Daniel
Je viens de lire le texte hommage à Jean-Michel et en tant que neveu (il était le frère de ma mère), j’y souscris totalement. Je suis moi-même pianiste de jazz amateur et c’est à lui que je dois toutes les bases de ce que j’ai appris de la musique et de l’improvisation et surtout ma passion pour le jazz. Il m’a appris à connaitre et apprécier cette musique dès mon jeune âge et m’a mis le pied à l’étrier de l’improvisation en commençant par les fondamentaux. Mon oreille et mon jeu se sont forgés au contact des maîtres du swing dont il ne cessait de parler. Les professeurs que j’ai eus par la suite m’ont permis de faire évoluer mon jeu vers des sonorités plus modernes et complexes, mais son acharnement à défendre le swing des années 40 fait que j’ai pleinement le sentiment de m’inscrire dans la continuité des maîtres de cette époque. Que de fois j’ai pu me prendre le bec avec lui lorsqu’il criait à qui voulait l’entendre que le jazz était mort, et que sorti du swing des Teddy Wilson (son idole) et autres : point de salue jazzistique. Mais je suis d’accord avec le fait que le jazz souffre beaucoup aujourd’hui d’une tendance qu’il a à devenir très conceptuel et à perdre ce qui fait son essence : donner du plaisir aux gens en leur donnant envie de taper du pied parterre. Je pense que le plus grand hommage que l’on puisse lui rendre et de continuer à faire connaître le jazz et son histoire et en continuant à faire vivre l’esprit du swing tout en sachant s’ouvrir aux autres musiques. J’espère aussi que là où il est, il peut enfin partager son amour pour cette musique avec tous ces artistes à qui il vouait une véritable admiration.
Merci, Monsieur Cédric Masselis pour votre aimable commentaire, même si nous ne nous connaissons pas, ravi de faire votre connaissance par internet.
Je ne connaissais personne de la première période Parisienne de Jean-Michel Delune. J'ai pu constater en cherchant des informations sur Internet qu'il n'y avait qu'une photo de lui, et encore pas en tant que jazzman, issue d'une interview pour le Nouvel Obs qu'il m'avait montrée. Pour ce qui est du texte, le seul lien dirigeait vers "Musique En Stock", répertoire et annuaire des musiciens Strasbourgeois, qui en était, dans sa version web, dépourvu.
ça m'a rendu un peu triste, cette injustice que tous ses efforts d'intégrité musicale aient été si peu payés de retour et de renommée ne serait-ce que nationale, alors qu'il avait hissé son orchestre à la qualité de ses idoles swing...
Mais il avait ses amateurs et ses fidèles à Strasbourg, comme on l'a vu à la soirée hommage au Pub D'Austerlitz où l'on a pu voir et entendre réunis en sa mémoire les meilleurs musiciens swings de Strasbourg. Je n'ai pas encore finalisé mon compte rendu de cette soirée mais il prendra bientôt place à la suite de ces commentaires.
Au moins une autre de ses idoles, Oscar Peterson, lui aura-t-elle emboîté le pas peu après. Avec toutes ses idoles qu'il pourra enfin connaître, gageons que la Jam va swinguer au paradis des musiciens!
Les Adieux de ses musiciens à Old Papy au Pub d’Austerlitz
Ce mardi 18 décembre 2007, une soirée d’hommage musical à Jean–Michel « Old Papy » Delune se tenait au Pub D’Austerlitz où il avait monté les beaux « Dimanches du Swing » en 2004 en souvenir de ses années d’étudiant où il s’ennuyait les dimanches après-midis.
Cela commençe en guise de mise en bouche par la traditionnelle Jam-Session du Pub, mais ce fou du style de Kansas City où cette tradition prit naissance avait été aussi un jammeur émérite au temps du « Griot », quoique souvent déçu par la méconnaissance des standards auprès des jeunes musiciens de Jazz. Quatre guitaristes dans le style manouche cher à Django Reinhardt, dont Sony Reinhardt, accompagnateur de Tchavolo Schmitt, qui, me disait Old Papy, embrassa quelquefois ses disques de Django, sur son premier disque « Miri Familia » et à l’écran dans « Swing» de Tony Gatliff et père de Dino Mehrstein qui s’illustre dans un style manouche-bossa-groove dans la région, qui interprèta son titre préféré « Minor Swing », soutenant aussi les envolées plus bop d’un jeune clarinettiste bop presque digne de Buddy De Franco, principal représentant de ce style pour cet instrument, pendant que le batteur officiel d’Old Papy, Martial Muller, est déjà sur scène à les accompagner aux balais sur les derniers titres.
Pendant ce temps arrivent les autres membres des « Young Swingers », Eric Theiller, leur dernier trompettiste à la sonorité proche de Chet Baker, le saxophoniste Lesterien Michel Vies grâce auquel Old Papy, fou de Count Basie, aura eu son Lester Young, et parfois un parfum de JATP (Jazz At The Philharmonic : grands concerts organisés à partir de 1946 par Norman Granz sur le modèle des Jam Sessions, qu’il exporta ensuite en Europe lors de tournées prestigieuses), le guitariste Eric Soum qui fut son Jimmy Rainey aux accents de Tal Farlow sur les frets sur les tempos latins, et l’efficace bassiste électrique Gino Di Giorgio, qui fut un soutien fidèle de l’orchestre en bien des occasions.
Ils partent directement sur les chapeaux de roue sur « Anthropology » de Dizzy Gillespie, où le saxophone ténor vigoureux de Vies se mesurait à la trompette d’Eric Theiller dont le « big butter sound » chaleureux m’évoquait le trompettiste bop Fats Navarro quand il jouait avec Coleman Hawkins dans leurs riffs à double-détente westcoast ou JATP, sur les bombes bop de la batterie tenue par Martial Muller, qui joua souvent avec Old Papy.
Suit la ballade « No Greater Love » où Eric Theiller sonne à s’y méprendre comme Chet Baker, dans la version de son album « Baker ‘s Holiday » en hommage à Billie, avec le guitariste de celle-ci Kenny Burrell, très bien remplacé par Eric Soum, tandis que la décontraction Lesterienne, l’innocence harmonique et le lyrisme dans les graves de Michel Vies font merveille sur cette ballade, avant de partir dans des aigus bluesys tel Flip Phillips au JATP.
Ils alternèrent avec « Ornythology », thème Bop et gai du répertoire de Charlie Parker, avec Raphaël Sonntag, jeune batteur qui a bien connu Old Papy, Eric Soum assurant le rôle de Jimmy Rainey auprès de Stan Getz avec le saxophone et impétueux de Michel Vies.
Pour « Do You Know What It Means (To Miss New Orleans) », ballade langoureuse que Billie Holiday, dans le rôle frustrant d’une “bonne futée” avait chanté avec Louis Armstrong dans le film « New Orleans », l’accompagnement d’Eric Soum évoqua les clapotis du Mississipi sur le bayou, sur le rythme à deux temps caractéristique de La Nouvelle Orleans.
Entre-temps est arrivé le trompettiste Léon Terjanian, grand ami d’Old Papy, dont la maturité et la maîtrise peuvent vraiment vous tirer les larmes sur une ballade (je me souviens d’un « You’ve changed » à une Jam de l’Artichaut), mais aussi partir en bop à la Miles Davis, voire s’élever à la quintessence inégalée du cool et du hard-bop incarnée par Clifford Brown (dernier grand trompettiste de Hard-Bop mort trop jeune dans un accident de voiture dans les années 50s).
Autre thème immortalisé par Chet Baker, « It Could Happen To You » qu’il avait chanté sur un album à la pochette le montrant sur une lune en carton pâte en col roulé orangé accompagné d’une très jolie fille, avec Larry Bunker à la batterie, qui aurait dû le consacrer en crooner et scatteur aux aigus méancoliques plus encore que ses premiers disques pour Pacific Jazz. Ici manque la voix, mais déboule un bouillant solo de saxophone.
Une autre ballade (Beatifull Love ?) à la jolie mélodie, exposée à la trompette, puis au saxophone, offrira, dans son chorus final, la surprise d’un nouveau départ funky et caraïbe par Michel Vies.
Suit un de ses thèmes bluesys, swinguant mais bop qui était le genre de concessions prenant le meilleur de plusieurs périodes du jazz où les principes d’Old Papy et la modernité de ses solistes pouvaient s’entendre pour le plus grand plaisir du public. Une chanteuse les accompagne en scat solaire à la Flora Purim, que je finis par reconnaître comme étant Cécile Solin, qui jouera le rôle de Madame Loyale déjantée et enthousiaste présentant les musiciens.
Au second set, après démontage des planches du piano droit, arriva Jimmy Bock, meilleur pianiste de Boogie-Woogie de la région (quoiqu’il l’appelle Rock’N’Roll), qui a joué avec les pionniers du Rock’N’Roll américains en Allemagne dans les années 50s/60s, chanté avec le groupe de Rock’N’Roll local les « Rythm’Checkers » et accompagné Chuck Berry lors de son dernier passage au Palais Des Congrès lors du « Strasbourg Jazz Festival », pour un « Hit The Road Jack » de Ray Charles de sa voix tranchante, et rappela avoir joué avec le bassiste Gino Di Giorgio en 1978. Il enchaîna avec le bouleversant Blues « St James Infirmary », suivi d’un « Summertime » enflammé où il accompagna Cécile Solin à l’harmonica et à la voix, Eric Theiller tirant des effets déchirants de sa sourdine. Suivit un « Bluesy Bop » enflammé.
Roger, également saxophoniste, qui avait souvent tenu la batterie lors des « Dimanches Swing du Pub D’Austerlitz » s’y est installé.
Léon Terjanian rejoint Eric Theiller à la trompette pour un bouleversant « Just Friends », se hissant à partir de la base du style de Chet Baker incarné par Theiller à la hauteur d’un Clifford Brown. Je ne me souviens pas de les avoir déjà vu jouer ensemble avec Old Papy, avec qui ils se succédaient à la trompette.
Pascal Pallamidessi, grande figure de la scène Jazz locale du Funambule aux « Jammez Le Mardi » du Café Des Anges, au Piano-Bar, dernier Jazz-Club Strasbourgeois, est arrivé au piano. « You Don’t Know What Love Is » fut interprété avec émotion par une trompinette sensible, suivi d’un Blues à la manière Boogie-Woogie sur « Jasper Johnny » par Jimmy Bock. Il y eut même slam final improvisé par un jeune et déchirant poète en puissance. La soirée s’acheva vers deux heures du matin.
Bref, même après sa mort, Jean-Michel « Old Papy » Delune fut capable de convoquer et de réunir les meilleurs jazzmen swing, bop et même rock de la région en son honneur, ce qui montre l’estime dans laquelle ils le tenaient, et que malgré la radicalité de ses positions défendant avec acharnement le swing des années 40s, son influence dépassait les clivages de styles et d’écoles par sa passion du jeu collectif qui est la basse du jazz, et dans lequel toutes ses tendances se retrouvent de ses origines à sa modernité.
Jean-Daniel BURKHARDT
C'est à andrésy, dans les Yvelines que JM Delune a fait ses premières armes dans les années 64/65.Il découvrait alors tous les jazz que j'écoutais avec son frère Jean-Louis, curieux lui de tout, d'Armstrong à Coltrane. Il a commencé à travailler avec Dominique Chanson, au conservatoire de Saint Germain en Laye, qui tournait lui alors avec ...Kenny Clarke, français d'adoption depuis quelques années...Cependant son goût pour le ragtime , le stride et le boogie allait très vite s'affirmer et occulter à mon grand désespoir tout ce qui présentait un caractère post swing!
Nous nous sommes perdus de vus il ya quarante ans... et avions repris contact il y a un an, sans cependant nous revoir, grâce à un ami commun. C'est ce même ami qui m'a appris aujourd'hui son décès.
merci de laisser cette trace du combat"désespéré" que mon frère a mené toutes ces années pour défendre LE jazz qu'il aimait; c'est lui qui m'a fait connaître et aimer cette musique, même s'il n'a jamais réussi à me faire abandonner Chopin pour le boogie ou le ragtime sur le piano familial...Je me souviens de tous ces samedis où nous passions la nuit à écouter Al Lirvat et Robert Mavounzy à La Cigale,avant qu'ils ne se sauvent jouer ailleurs et que nous-mêmes allions engouffrer un steak au poivre entouré de frites bien grasses au petit matin.. Jean-Michel était heureux qu'un de mes enfants perpétue cet amour du jazz en continuant à en jouer, même s'il n'aimait pas toujours la "modernité" de ses goûts...Et pour l'anecdote, mon fils a été initié au piano par la même professeur qui nous avait supportés avec patience mon frère et moi durant nôtre enfance...elle s'est mise au jazz à presque 80 ans avec l'aide de Jean-Michel,après que mon fils de 10 ans ait refusé de jouer d'autre musique! Merci encore à tous ceux qui ont joué pour lui ce mardi soir, et qui ont su faire passer l'amitié avant les contradictions ou les entêtements parfois TRES énervants et pas toujours objectifs, mais toujours sincères de mon frère.
Merci à tous de tous vos commentaires qui en apprennent un peu plus à moi et à mes lecteurs sur Jean-Michel Delune, et font de cette page de commentaires une mine d'informations sur le sujet.
Moi aussi je me disputais souvent musicalement avec lui, parfois pour le simple plaisir de la discussion.
Mais pour moi il était précieux pour la scène locale parce qu'à cause de sa culture Swing exclusive poussant le passéisme à la radicalité d'une attitude révolutionnaire, il était UNIQUE en son genre, tant par ses propos jusque dans leurs excès, que par son jeu qui était le seul à faire revivre des traditions Jazzystiques comme le Stride qui sans lui auraient disparues de la scène locale, ce que je ne souhaite à AUCUNE école, fut-elle déviante, parallèle ou oubliée, de celles qui font le Jazz.
il a été d'une fidélité et exemplaire au Jazz qu'il aimait, le défendant par ses propos et l'illustrant par son jeu, et sans lui personne ne l'aurait fait localement avec cette intégrité.
De plus, dans le feu de l'improvisation, il se montrait parfois plus ouvert que lui-même ne l'eût avoué après-coup.
Pour ce qui est de Robert Mavounzy, dont il m'avait un peu parlé, à mon grand étonnement, je connais un enregistrement au "Malesherbes Club" dans les années 20s où les Martiniquais étaient les premiers musiciens de Jazz noirs à Paris, trouvé dans le coffret "Jazz Caraïbe" de la collection Frémeaux Associés". J'aurais tout donné pour connaître comme vous et lui, madame Massétis, cette période faste des Clubs de Jazz Parisiens, vu l'indigence de la musique vivante nocturne actuelle et le désintérêt qu'elle m'inspire parfois.
Jean Daniel
Enfin des nouvelles des musiciens qui accompagnaient Old Papy:
le batteur Martial Muller et le trompettiste Eric Theiller ont formé Sixtease, sextette composé d'un trio vocalese mené par Maria Valetta et d'un trio Jazz:. Retrouvez-les sur MySpace:
Sixtaese: Maria Valetta, Martial Muller et Eric Theiler unissent leurs forces en un trio vocalese et Jazz:
Je me doute que ce doit être de l'humour, mas le nom de Sixtease pourrait être interprété pas seulement comme un sextette musical et vocal par certains esprits masculins mal placés, qui pourraient se montrer alléchés à l'idée de Six Tease pour le prix d'un, alors que vous ne mettez à nu que vos émotions, et non des Sixties qui vous sont chères!
Trêve de plaisanterie, je suis content de vous entendre, ou réentendre pour Maria Mrozkova que je connaissais comme Valetta, certes plus prononçable et mnémotechnique), et Martial Muller (et non Gérald, contrebassiste, comme je l'ai cru tout d'abord, que sa "grand-mère" m'excuse!) à la batterie que j'ai vu un nombre incalculable de fois avec le regretté "Old Papy & les Young Swingers" ( au point de me demander s’il n’y avait qu’eux à faire du Jazz dans la région en tombant toujours sur ce batteur que ressemblait, trouvais-je, à Claude Nougaro !).
Je suis content de revoir et réentendre aussi l'excellent trompettiste entre Chet, Miles, Clifford et parfois Dizzy Eric Theiller, qui les accompagnait souvent au Pub D'Austerlitz les dimanches, et que j'avais entendu l'an passé avec Michel Hausser au Munster Jazz Festival!
Bonne réunion de musiciens que j'adore, mais que je n'aurais pas pensé à associer, n'ayant entendu, sauf en Jam, Maria que dans des contextes plus groove que Jazz avec Steppah Huntah.
Apparemment la première a trouvé le trio vocalese de ses rêves, sa moitié de "Double-Six" pour chanter comme l'une de ses idoles Annie Ross entre Dave Lambert et John Hendricks, et elle ne pouvait rêver meilleur rythmicien que Martial Muller, rompu à tous les styles de Jazz de Bab Dodds et Gene Krupa à Jo Jones, Shelly Manne, Kenny "Klook" Clarke, Art Blakey ou Max Roach.
Ceux qu'il ne me semble pas connaître sont Christophe Erard et Frédéric Heinrich (chant), Michel Lotz (piano) et Alan Salmon (contrebasse).
-The New ABC: commence à la Jacques Loussier très baroque à la Jean-Sébastien Bach, avec une belle harmonisation, puis soudain WoW! On est soufflé par votre cohésion, votre peps, on se croirait face à un de ces goupes vocaux de l'immédiat après-guerre, modernisé à la manière du "Sweet System" de Dany Doriz. Et la reprise finale est folle puis en stop-time sur la basse. Excellent!
-"Blue" est un écrin de celesta céleste comme la neige et les étoiles pour la voix de Betty Boop aciduée de Maria, puis de belles vocalises merveilleusement harmonisées des deux autres vocalistes. Est-ce une composition ou un standard qui me serait inconnu? ça me fait penser à "The Blues" de Duke Ellington pur "Black, Brown & Beige", dans la version d'Hellen Merrill dans "You've Got a Date With The Blues"
-"Rocks in My Bed", cette fois je connais ce Blues, je crois par Jimmie Lunceford ou Anita O’Day, mené par les hommes, mais dont Maria se détache joyeusement dans le premier chorus en élément perturbateur dans l’aigu avec la folie d'une Annie Ross. L'orchestration des fonds sonores vocaux derrière son solo me font penser aux "Double-Six" dans leur "Walking" au Bois de Boulogne.
-Yeh!Yeh!: J'ai surtout connu la version de Matt Bianco dan les années 80s qui n'était pas la plus Jazz. Original de le reprendre sur un tempo latino sur lequel Martial Muller a toujours excellé et d'y ajouter Eric Theiller à la Chet Baker.Autre idée, pensez au saxophoniste Michel Viès si vous en cherchez un, qui peut se révéler aussi swing, ou Lesterien dans les ballades ou bop que latin.
Content que vous travailliez ensemble. N'hésitez pas à me prévenir de vos concerts à venir ou sortie de disque éventuelle, j'ai toujours mon émission de Jazz et me ferai un plaisir de les y présenter, ou de vous y inviter pour sa sortie. Il n'y avait dans la région que les SoloSix, du Big Band de Bischeim, et vous dépoussiérez le genre de plus aventureuse manière tout en en respectant l’esprit..
Jean Daniel
Désolé de ne pas parler de jazz avec vous, je ne suis pas assez qualifié, même si Jean-Michel m'a appris beaucoup de choses.
La culture de Jean-Michel Delune n'était pas que "jazzistique", mais bien plus vaste, ce qui lui a donné sa réputation de mauvais coucheur dans un monde d'incultes.
Et surtout, qu'est-ce qu'il m'a fait rire, mon vieux Delune! Il a été mon compagnon de route, une route de l'humour pendant les 19 ans que je l'ai connu (notre différence d'âge). Il a écrit avec moi quelques belles pages de mes spectacles. Sans oublier, tout ce à quoi vous avez échappé...
Il me manque.
Jean-Michel était mon meilleur ami. Je n'en ai pas d'autre.