GREGORY OTT, Pianiste Salsa-Groove au Troc’Café
Par Jean Daniel BURKHARDT le samedi 8 décembre 2007, 20:52 - JAZZ - Lien permanent
Depuis la fermeture du dernier Jazz-Club Strasbourgeois, le Piano Bar, où jai découvert les transes pianistiques de Grégory Ott entre Jazz-Rock et Funk quand il était claviériste du groupe « Moglaz », Trio Fusion de la bassiste Anne List, les musiciens et leur public dépendent, à Strasbourg pour se produire ou se faire la main hors concerts officiels en Salles de concert et Jam-sessions occasionnelles, de l’Association « Les rdv du Jazz » organisant des concerts une ou plusieurs fois par mois au Troc’Café. Ce vendredi 7 décembre, pour le dernier concert de l’année, le très talentueux pianiste Grégory Ott s’y produisait en trio, avec Matthieu Zirn à la batterie et le bassiste Jazz-funk-Rock , le meilleur émule de Jaco Pastorius de l’Est, Franck Bedez.

Grégory Ott et Franck Bedez ont ensuite été membres du groupe Jazz-Rock « Panoramic Blue », avec les frères Grandcamp Jim à la guitare électrique et John à la basse, qui furent ensuite la section rythmique très groovy et énergique de la plus alsacienne des chanteuses de Jazz américaines, ou vice-versa, puisque née en Géorgie mais s’étant installée en Alsace, Lisa Doby. Grégory Ott a aussi fait ses preuves en pianiste de salsa avec les deux plus authentiques groupes de Salsa de la région, Candela, mené par le saxophoniste Colombien Hugo Hernandez, également directeur du Big Band de Haguenau, et Sonando, monté par le tromboniste de Jazz Pascal Beck, davantage composé de musiciens de Jazz du Cedim (Centre Européen d’Improvisation Musicale) voulant s’essayer à ce style. Pour ce concert au Troc’Café, il interpréta des thèmes de son disque "Frontières", enregistré il y a quelques années au Festival de La Petite Pierre, nous donnant à voir ses transes quand il s’emballe en Funk, Groove ou Salsa, lentement, puis dans une sorte de fièvre, d’ivresse et de folie communicative, de plus en plus vite comme en un tourbillon, un peu comme le pianiste au début du film «Salsa !» qui se fait renvoyer du Conservatoire, et improvisa même sur le générique des « Chiffres Et Les Lettres » en le latinisant en salsa endiablée.

Bonne surprise, pour les derniers titres, des musiciens du Cedim se joignirent au trio pour plus de convivialité et de puissance : Pascal Beck, au trombone, auquel ses cheveux grisonnants et ses lunettes donnent de plus en plus un faux air d’Alain Chabat qui ne joue pas de trombone, Matthias Obernecker, violoniste capable en outre de scatter en transmettant les vibrations de son menton à son violon en guise de caisse de résonance et même d’introduire une de ses interventions par un chant diphonique, mais aussi de jouer du violon, du style classique swing de Stéphane Grappelli à celui plus Rock de Jean Luc Ponty ou Didier Lockwood, etle saxophoniste soprano Matthieu Wolf, qui se déchaîna de belle façon. Ils jouèrent ensemble un standard bossa ou latin , puis, Grégory Ott changeant la sonorité de son clavier en celle de Stevie Wonder pour son très « Blaxploitation » et funky « Ain’t Superstitious », il partit, en bis, en une dernière transe funky, donnant à Matthieu Wolf l’occasion d’un solo évoquant un Michael Brecker acoustique, et aux cuivres l’occasion d’improvisations collectives en rifs débridés faisant se terminer ce concert dans l’enthousiasme public, lui-même brodant d’un standard à l’autre lors de son propre solo.

Bref, Grégory Ott a prouvé une fois de plus, s’il en étant besoin, qu’il était le pianiste le plus afro-cubain et le plus groove de l’Est, justifiant la plaisanterie facile de l’appeler Grégory (H-)ot(t), chaud comme son Jazz de transe et de passion, et la comparaison d’un connaisseur avec le pianiste Caraïbe Michel Camilo.
Jean Daniel BURKHARDT
Commentaires
C'est vraique le jeu de mot est facile (ott - hot)... C'est le nom de jeune fille de ma mère d'ailleurs, j'ai peut être de la famille artiste au final ?
J'ignore d'où viennent exactement les racines de Grégory Ott, je pense de Strasbourg ou des environs. Peut-être de Schiltiheim: quand je l'ai complimenté vendredi d'être "toujours le pianiste le plus latin groove de Strasbourg", il a rétorqué en riant "Schiltigheim compris, alors!" En tous cas la salle de concert la plus intéressante dans la région EST à Schiltigheim, c'est "Le Cheval Blanc".
Pour le Jazz , "hot" a un sens spécifique, puisque jouer "hot" voulait dire dès les débuts du style New Orleans jouer plus passionné. Le premier livre sur le jazz en France a été "Le Jazz Hot" d'Hugues Panassié, ardent défenseur des syles New Orleans, Dixie Land, du Swing et du Jazz authentique, qui d'ailleurs faisait passer un mot aux musiciens noirs jouant à Paris dans les années 20s quand ils jouaient trop commercial ou trop guimauve: "Please Play Hot!".
Il a été le fondateur du "Hot-Club De France", dont est issu le magazine "Jazz-Hot", mais après-guerre n'a jamais accepté l'évolution du Jazz, jugeant que Charlie Parker ou Miles Davis "n'étaient pas du Jazz", et s'attira les foudres de Boris Vian après la scission de Delaunay d'avec la direction du Hot Club De France.
Cette bagarre entre "raisins verts" et "figues moisies" devait être passionnante en ces années 50s où le Jazz déchaînait encore les passions.
Mais c'était très sérieux. Le Hot-Club de Strasbourg s'est fait excommunier de la liste des Hot Club de France pour avoir programmé le trompettiste blanc Chet Baker (l'artiste de Vian où celui-ci est "agressé" et sa trompette sabotée en fichant un poireau dans le pavillon est à se tordre et fait explicitement référence au Hot Club De Strasbourg)
Du coup quand le Free-Jazz arriva, qui aurait pour moi mérité davantage de débats, si l'on excepte la légitimité de la révolte noire qui éclata à la libération de cette parole avec l'obtention des Droits Civiques dans les années 60s, ça ne choqua plus personne, si ce n'est que Coltrane accompagnant Miles Davis se fit siffler à l'Olympia.
Il faut aussi dire que dans les années 60s, le Rock avait remplacé le jazz (auquel il doit tout par le boogie woogie) comme musique à la mode, et Miles lui-même fut a fini par abandonner le Jazz pour le Jazz Rock.
Quand je qualifie Grégory Ott d'Hot c'est donc historiquement hors de propos, à moins de considérer la calor caliente de la salsa qui l'inspire mais le Jazz Afro-cubain ne fut jamais qualifié de Hot.
Jean Daniel
Merci pour cet excellent billet
Merci Greg,
Je mettrai en ligne celui sur votre dernier concert au SCALA et sur SONANDO dans les semaines qui viennent.
Jean Daniel