Des Picture Discs Au Plastiqmix, Exposition à Avila Coiffeurs, Strasbourg
Par Jean Daniel BURKHARDT le lundi 4 juin 2007, 18:30 - ELECTRO - Lien permanent
Vendredi soir, on a pu assister au lancement du 4 ème Festival Electro Groove CONTRETEMPS à Strasbourg. En guise d'apéritif, le vernissage d'une exposition chez Avila Coiffeur, de peintures et sculptures aux supports originaux et peu coûteux par le collectif "PLASTIQMIX" de Lyon sur... de vieux disques vinyls plantés aux murs par des clous.
Les collectionneurs de disques de Jazz se souviendront peut-être que dans les années 30s à 50s, des "picture discs" étaient commercialisés, aujourd'hui rares et chers: une face peinte permettait à un artiste de s'exprimer dans un style à la Mucha, ou un message publicitaire, l'autre restait enregistrée. cependant la qualité sonore et la conserrvation de ces "picture discs" reste à désirer: on a pu entendre réédités en CDs ceux du pianiste français Henri Renaud avec des craquements dignes des 78 tours pour la firme "Saturne". Donc de beaux objets très esthétiques pour l'oeil, mais loin de répondre vraiment à l'oeuvre d'art totale alliant le plaisir tant visuel que sonore . De plus le sujet de la peinture a souvent peu de rapport avec le musicien enregistré au verso. Dans les années 60s, des pictures discs représentant les figures du mouvement Yé Yé sont aujourd'hui des pièces de collections.
Dans les musiques actuelles, les DJs sont certainement les plus créatifs des utilisateurs de disques vinyls et ouvrir un festival d'Electro Groove à Strasbourg (Contretemps du 1er au 21 juin) allait donc de soi.
L'exposition présente des oeuvres esthétiquement plus ou moins intéressantes selon les artistes, d'inspiration picturale allant de Botticelli (La Vénus sortant des eaux) ou quelque Vierge naïve aux yeux clos arborant l'étiquette du 45 tours: Bob Marley & The Wailers!, à un saxophoniste (Charlie Parker, John Coltrane, Archie Shepp ou Rahsaan Roland Kirk?), à Féla Kuti , aux motifs 70ies pour un oeil digne d'avoir connu l'âge d'or d'Haight Ashbury Streets à San Francisco, portant en bordure la mention manuscrite "liberté et amour", ou mignon, comme ce bebé entouré de phrases enfantines au typex (moi mon papy il a un i'pod tout gros mais il faut le remonter tout le temps et mettre des bandes, et encore même là ça marche pas toujours) décrivant un magnétophone à bandes, au Graf, au message musical, politique ou personnel en 33 t envoyable par la poste ("Je Te Plak", pourquoi pas, une amie de mes amis travaille à Berlin dans une entreprise spécialisée dans les Lettres de ruptures personnalisées et sur commande, évolution "trash" du service à la personne!). On pouvait y regretter parfois que dans ce recyclage, le disque devienne inutilisable. D'un autre côté peindriez-vous votre disque préféré?
Quelques exceptions cependant dans les sculptures en relief: "La Boom", oeuvre de Beneditto Bufalino, vous permettra d'écouter le 45 tours du film avec Sophie Marceau tout en voyant la sculpture, une mini boule à facettes, se refléter sur les murs de la pièce! Trip kitschissime garanti, je n'ai pas essayé!
Et si l'oeuvre d'art totale était symboliquement ce "Trakabs" anonyme: sur le 33 t est sculpté un arbre noueux en miniature, organique, aux branches duquel pendent sa généalogie technologique? le centre d'une bande magnétique, une antique cassette audio de couleur rouge vif comme seules les années 70s en osaient (un support dont la disparition inévitable me rend nostalgique et inconsolable), un CD, un mini ampli en guise de bafflette, la molette d'une souris pour le MP3 et un MD qui a remplacé la disquette.
Toutes ses oeuvres "PLASTIQMIX" de l'atelier Mastiq sont la propriété de leurs auteurs, mais peuvent être consultées en tapant "PLASTIQMIX", et vues et même achetées à Avila Coifures, 69 rue des Grandes Arcades à Strasbourg, jusqu'à la fin du mois.
Commentaires
Ta connaissance me bluffera toujours... Merci de nous la faire partager !
Merci Modérateur,
Pour les picture-discs, j'en avais découvert l'existence en photos dans le livret de la réédition Saturne d'Henri Renaud représentée dans le billet. On aurait dit une peinture de Muchà (artiste tchèque je crois qui a fait beaucoup de publicités dans les années folles, avec des longues robes à la Klimt), mais n'ai hélas pas retrouvé cette photo sur internet, que ce soit en tapant "picture discs", "Henri Renaud picture discs", ou même "Saturne picture discs". Y aurait-il eu une autre commande pour accéder à l'intérieur du livret quand le disque est en photo ou disponible sur internet (surtout sur des sites commerciaux, d'ailleurs)?
Mais pour ce qui est de ce disque musicalement parlant, je l'avais trouvé un peu décevant quand je l'avais réécouté pour mon hommage à Henri Renaud mort depuis, trop de ballades et des titres trop longs, même une fois acceptés les craquements, effets de souffle et autres défauts sonores dûs à l'écrasement du vinyl sous l'oeuvre picturale et à leur mauvaise conservation.
Une autre déception par rapport à l'idée que je m'en faisais fantasmatiquement est qu'ayant entendu un titre dans une émission d'Alain Gerber (Le Jazz est un Roman, tous les jours de la semaine sur France Musique, de 18 à 19 heures) à la fin de sa série d'émissions sur Lester Young (qui donnerait lieu à son premier livre sur le jazz: "Lester Young") à Paris, où il interviewait (ce qui ne se retrouve pas dans le livre) le saxophoniste Lesterien Henri Chautemps et les derniers musiciens vivants à l'avoir accompagné lors de cette dernière tournée en France et en Belgique en 1959: le pianiste René Urtreger et le guitariste américain Jimmy Gouley, il parlait d'un certain "Sandimos" sous le nom duquel j'imaginais un exotique musicien afro-cubain ou sud-américain, essayant d'imaginer le parcours musical épique qui avait pu le mener jusque là. Quelle ne fut donc pas ma déception en lisant qu'il ne s'agissait que d'un des innombrables "copy cats" blancs imitateurs de Lester Young qui vivait à Paris et s'appelait "Sandy Mosse": un prénom de fille ou de chien(ne) à ma connaissance et un nom un peu lourd, très américain, ça avait moins de panache que dans mon imagination certes poétique et fertile!
Ce n'est pas contre Henri Renaud, dont j'avoue préférer le disque Barclay (mais qui n'était pas picture disc) "Trios, Sextets, Quartets", surtout pour sa version d'"I Love You" de Cole Porter avec Jimmy Gourley à la guitare.
A propos de cette tournée de Lester Young, ce premier saxophoniste révolutionnaire (non inféodé au style viril de Coleman Hawkins, et qui le battrait à l'usure après une jam session de 10 heures au "Cherry Blossom" de Kansas City en 1935) qui avait également été le Prez(ident) de sa Lady (Billie Holi)Day avait arrêté de boire mais en France tout le monde l'aimait tellement (Allez Lester, encore un verre, c'est moi qui vous le paie, ça me fait plaisir) qu'il avait recommencé. Anecdote amusante: il faisait un hiver de neige et de glace cette année-là, et en arrivant au club, Lester, après avoir déballé son saxophone et lui avoir insufflé une première bouffée d'air, se tournait d'un air malicieux et désemparé vers les musiciens et commentait l'état intérieur présumé de l'instrument d'un "icebergs"laconique et poétique. Le disque "Lester Youg à Paris", enregistré avec ceux qu'il appelait affectueusement "les poids lourds", est ressorti en CD sous le titre "Le dernier message de Lester Young" et est une curiosité: il semble n'y jouer plus que sur ses défauts, ses silences qui en deviennent bouleversants comme ce "Tea For Two" où il va volontairement jusqu'à un aigu déchirant comme un cri sur la fin de la phrase, lui qui ne jouait presque jamais que dans les basses.
Il était déjà à moitié mort quand ils le mirent dans l'avion.
Il rentra à l'Alvin Hotel, jeta un regard par la fenêtre au Birdland, club dédié à son plus grand fan Charlie Parker mais dont les vrais oiseaux en cages périrent des fumées le soir de l'ouverture, souffrance doucement masochiste: voir passer, quand il ne jouait plus, Stan Getz, Art Pepper, tous ces "copy cats" blancs venus de la Côte Ouest et du style "West Coast" qui lui avaient pris son style, avec amour et passion, certes, mais en se faisant aussi plus d'argent sur son dos qu'il n'en avait jamais gagné. Il mit un disque de Frank Sinatra qu'il aurait tant aimé accompagner, s'allongea sur le lit, et il paraîtrait que lorsqu'il rendit son dernier soupir, ses doigts sculptaient encore un dernier solo sur les clés d'un saxophone imaginaire, sa "Lady Violet" (son saxophone, mais il appelait tous le monde "Lady" même les hommes, par amour pour la féminine douceur des choses) étant restée sur la chaise, avec son chapeau noir de dame patronesse anglaise, son fameux "pork-pie hat" auquel Charles Mingus drait "Goodbye".
Lester Young mériterait au moins un billet, sa vie un film, et je crois que je me suis encore laissé aller, inspiré par ses mânes.
A propos, Modérateur, si tant est que tu arrives jusque là, auquel cas merci pour ta patience, je cherche depuis lundi mes "5 questions à Jean Daniel, auteur de jdradio" sur ton blog, sans les trouver. Manquais-tu de place ou de temps, ou as-tu renoncé a publier mes réponses trop longues?
Bien à toi,
Jean Daniel
bonjour.. Je suis tombé par hasard sur cette page.
Je suis moi meme propriétaire de deux 78t saturne ( Le Leclercq et l'Avé Maria de Géori Boué) .. Et c'est avec toujours grande émotion que je les regarde tourner sur ma Garrard .. Juste pour le plaisir ...
Je ne crois pas avoir jamais vus de Picture- Discs Saturne auterement qu'en photo ou reproduction. Des 78 t Jazz j'en ai vus chez un collectionneur de Strasbourg se produisant au piano (dernier représentant du vrai swing à la Basie et du boogie woogie dans la région) sous le nom d'Old Papy (!) & The Young Swingers. Il a une platine spéciale pour les lire. Il m'a aussi montré quelques "Voice Of America" datant de l'immédiat aorès-guerre qu'il n'a jamais pu lire faute de trouver une platine au plateau assez large pour le faire.
Je suppose que votre "Garrard" doit être une platine vinyle. Pour ma part, je n'ai plus de platine vinyle de puis des années, et très peu de vinyles, en ayant donné la plupart qui n'étaient pas précieux (à part le premier Greatfull Dead "Anthem Of The Sun").
Ma nostalgie s'applique techniquement surtout aux cassettes audio que j'écoute sur mon walkman pour voir la vie en jazz, ou en me faire voyager sur place dans des musiques traditionneles, ou simplement avant un concert me mettre dans l'ambiance. Je fais aussi souvent ma sélection pour la radio en vaquant à mes occupations. Mon frère m'a bien offert un lecteur MP3 pour noël, mais comme je ne peux pas y entrer toutes mes cassettes audio enregistrées accumulées depuis des années (certaines datant même de la période "hippie" de mes parents: une Pink Floyd verte avec "Echoes" et "More" et une Marvin Gaye à l'album indéterminé, une compile Brazil et, donc datant au bas
mot de ma naissance en 1971 au moins je pense, et qui tournent encore, alors que celles achetées récemment pleurent et miaulent dès la première écoute!), je n'en ai donc pas vraiment l'usage.
Les deux trous aux roes dentées comme des yeux, la bande qui s'enroule et se déroule, je trouve qu'il y a quelque chose d'émouvant, presque humain dans une cassette audio. Evidemment ce support est déjà en train de mourir: il est de plus en plus difficile de trouver platines doubles-cassettes (j'en ai une pour mes enregistrement, branchée sur des baffles, contrairement à mon poste CD portable, ce qui fait que j'ai plus de puissance sonore pour les cassettes, et l'ordinateur si j'achetais un câble pour l'y relier, que les CD), cassettes vierges, walkmans.
Je trouve que ce support (la cassette audio) permet une création plus personnelle que le disque permettant l'enregistrement, le don et le partage, prend moins de place et est utilisable partout grâce au walkman.
C'est pour moi le support le plus émouvant même dans ses défauts techniques et j'aime sa désuétude.
Et le son MP3 est vraimen trop compressé, il paraît que j'ai vraiment un son affreux sur mon ordi mais l'habitude des cassettes avec bruits de souffle a fait de moi le contraire d'un puriste, ou un puriste de la cassette audio!
Merci Manu pour ton commentaire.
Jeann Daniel BURKHARDT