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MUSIQUES TRADITIONNELLES

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lundi 25 août 2008

YANKELE joue le KLEZMER au MAQUIS'ART

Yankele (Petit Jacques) en yiddisch est un groupe de musique Klezmer Strasbourgeois composé de Christine Laforêt (accordéon et chant), Jason Meyer (violoniste américain), Yannick Thépault (clarinette et voix), vêtu d’une tunique Balkanique et Jean-Christophe Hoarau (guitare), absent.

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Après un premier disque « L’ Esprit Du Klezmer », en 2001, avec Emek Evci à la contrebasse, Mathieu Bresch lui a succédé en 2007 pour le deuxième « Paris Klezmer », plus libre à le fois dans le mélange des traditions Balkaniques et du répertoire, avec un jeu collectif entrecoupé d’intermèdes solistes, interprétant des classiques réarrangés et des compositions originales des membres du groupe, qui a eu les compliments de Georges Moustaki.

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Ce samedi 16août, après s’être produits au Festival « Au Grés des Jazz » de la Petite Pierre, ils se produisaient au Maquis’Art, atelier d’artiste Strasbourgeois, dont le cadre de boiseries et statues contemporaines s’accorde très bien à leur musique à le fois traditionnelle et libre.

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Le concert débute par une référence à « Pierre Et Le Loup », Conte Musical de Prokofiev, improvisé librement par la clarinette Klezmer, puis repris par l’orchestre, contrebasse, puis violon, enchaîné sur une danse hongroise de Brahms et « Foun der Khupe », un Freilach (thème Klezmer improvisé) du clarinettiste Yannick Thépault dont la clarinette passe du grave à l’aigu, du sanglot au cri de joie, suivi de l’accordéon russe et des « Oï Oï » de l’orchestre que le Klezmer partage avec les cosaques et les Tziganes Russes. D’un thème, d’une tradition à l’autre, les chansons ne sont que des paysages entrevus par la fenêtre d’un Orient-Express modernisé. Le violon ralentit le tempo d’un « Kalinka » Russe, puis la clarinette reprend, lente, troublée, comme timide, pour s’envoler de plus belle sur un final de Danse Hongroise pris à un tempo de cavalerie dans les steppes.

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« La musique Klezmer », explique Yannick Thépault « vient de « Kli » (instrument) et «Zemer » (chant) en yiddish » (langue des Juifs allemands) . Cette appellation est récente, date du Revival américain des années 70s. Mais la musique Klezmer date du début XXème siècle, où des musiciens Juifs amateurs la jouaient dans les shteyt’l (villages et quartiers juifs) d’Europe centrale à l’occasion des mariages, bar-mitzvahs et fête de Pourim. Mais à cette époque « Klezmer » était presque une insulte, attachée à la mauvaise vie des Tavernes. Mais comme les Tziganes, les Juifs ont su au fur et à mesure de leurs pérégrinations nomades fuyant le rejet dont ils étaient l’objet, assimiler les musiques qui les entouraient (Balkaniques, Russes, Tziganes ou Turques) à leur manière, qui les rapproche également du Jazz par l’improvisation, mais aussi s’adapter aux nouveaux rythmes venus d’ailleurs.

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Pour preuve suit un Tango en Yiddish «Ich Hob Dich Tzufil Lieb » (Je T’aime Trop), paroles de Rhaïém Taïbér sur une musique d’Alchanetski. On reconnaît dans le titre l’allemand réarrangé par le Yiddish (« L’allemand c’est le yddish sans l’humour », dit un personnage pour l’enseigner à un autre dans « Train De Vie » de Radu Mihaelanu. L’écrivain Juif américain Isaac Bashevis Siger a écrit que si l’Etat d’Israël avait choisi le yiddish au lieu de l’hébreu comme langue, il n’aurait pu avoir aucun succès militaire, car « Il est impossible de donner un ordre sans rire en yiddisch ! »).

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Le début sanglote avec la clarinette, puis l’accordéon part en Tango, suivi de la clarinette, le violon et la basse rythmique et enfin le chant d’amour émouvant et fou en chœur, contrastant avec la voix cassée par Thépault ensuite à la Louis Armstrong ou comme un contrebassiste de Jazz Praguois que j’ai vu jouerPlace St Charles. Après des parodies dramatiques théâtrales, ils finissent par reprendre le thème en Klezmer rapide.

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Le thème suivant (« Tori Batié »?), Macédonien, commence par un accordéon à la manière du rebetiko grec, et se poursuit avec la clarinette turque, basse et violon en harmonie, puis part en danse de taverne tzigane turque sur l’accordéon en fugue, poursuivi par la clarinette avec ornement du violon et repart en rythme de cavalerie.

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Suit un « Freilach » : thème de base de la musique Kezmer : une danse vivante. Il débute avec la clarinette comme dans un sanglot, suivie du violon style cabaret tzigane, qui vient soutenir l’accordéon russe dans ses pleurs d’âme slave, puis soudain dans sa cavalerie rythmée par la basse. La clarinette s’envole soudain gaiement.

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Cette musique est « gaie et triste à la fois, comme nous », en disait Antoine De Caunes dans le rôle d’un clarinettiste de klezmer homosexuel faisant fondre la famille américaine très orthodoxe et le père rabbin de sa fiancée (Elsa Zylberstein) dans « L’homme est une femme comme les autres »de Jean Jacques Zlbermann. L’accordéon solote pendant que clarinette et violon duettisent. Parfois la corde se confond avec l’anche, s’enroule autour d’elle.

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Le « Yankele » qui donne son nom au groupe est un poulbot des rues «Petit Jacques », un Gavroche juif comme la casquette du contrebassiste. Le thème commence triste, le violon en pizzicato étouffé aux allures de balalaïka est hanté par la clarinette en embuscade sur un tempo très lent. On pense à une musique tragique, solitaire, avec l’accordéon du silence et de la peine, sur lequel le violon use la corde sensible, suivi par les soufflets aux larmes de l’âme des lames de l’accordéon sur la basse lente, mais qui console aussi, déjà. Mais soudain le malheureux, le désespéré se relève, chavire et bascule dans un balancement enivré du Tzigane ou du Juif, se met à danser une danse folle, à la russe aussi gaie qu’elle était triste sur le tempo qui prend forme…puis retombe. Cependant dans son esprit, au fond de ses yeux, flotte encore l’ombre en miroir de son chagrin qui déjà se console d’alcool ou de lui-même, du bourdon du violon, de la clarinette et de la basse, dans une méditation immobile, avec la certitude que son désespoir comme sa joie ne sont que les deux faces d’une même pièce qui rit ou pleure selon les jours, philosophie qu’il a apprise du destin tragique de son peuple et de la sienne propre.

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Plus peut-être que dans la Musique Tzigane qui est OU gaie OU triste sur tout le thème durant, le Klezmer peut l’être successivement, passer du désespoir à la joie (et vice-versa) dans le même thème. Le violon lent danse soudain sur l’accordéon, sur la basse presque cuivrée par l’archet, retrouvant son ancêtre la basse à vent des rues, tuba ou soubassophone des fanfares de New Orleans ou des Balkans entre les « Daï Laï » collectifs hantés de souvenirs russes, mêlés à l’expression proprement Yddish qui les a assilmilés, puis de plus en plus vive, s’ébranlant en une course folle dans des rues imaginaires. Suit un court intermède roumain, la « Doïna du vent », thème mélancolique des bergers Roumains dont Georges Zamfir est le spécialiste, passé dans le Klezmer. La clarinette joue à la manière d’une flûte « ney » turque soufie, comme le tzigane bulgare d'origine turque Ivo Papazov joue de sa clarinette à la manière d’une zurna turque, ou d’une cornemuse., le tout sur des rythmiques très modernes, qui vient de sortir "Dance Of The Falcon", son dernier album.

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La mélancolie passe vite avec le plus gai de leurs arrangements « Devotedly buoy ant abos » (aussi appelé « Nifti’s Freilach ») («N’épargnez pas votre monture »), chant hassidique traditionnel contenant le thème russe «Nyet Nyet » et popularisé par Giora Feidman.

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Après une introduction rythmique, la clarinette y dialogue follement avec l’accordéon sur les envolées du violon, l’archet frappe le bois de la contrebasse, comme redevenant arbre de forêt sous une branche par grand vent, bois, sève et tripes, slappe les cordes, retrouve quelque chose du violoncelle originel son aïeul, se souvient de son histoire, rejoint l’oiseau libre si semblable du petit violon qui vient le taquiner de son crincrin comme la puce nargue l’éléphant et nos tympans de ses aigus de colibri, puis s’assourdit, se confond, se perd dans les soufflets de forge de l’accordéon Jazz qui pulse, prend la mer, se fait main, fait des vagues nous fait perdre l’équilibre et peur à douter de son équilibre jusqu’au mal de mer, nous relève au sommet de la vague dans les cris de chien fou, de sirène d’incendie et des mers à la fois dans leurs aigus de la clarinette, oiseau libéré enfin de tout et de lui-même par ce proto-groove ethnique au tempo original où tous se retrouvent, se confondent, se réjouissent ensemble à la fête et nous y invitent de leur bonne humeur et la basse finit en explorant le haut de ses cordes, du mât, sans crier « Terre » car on n’y découvre que l’inouï , l’inconnu le venu de nulle part qui part à l’aventure vers un ailleurs indéfini mais qui nous emporte dans son énergie musicale pure.

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Suit «Yedid Nefesh », repris dans le premier album du groupe « L’esprit du Klezmer ». Le violon tzigane joue devant le rideau rouge d’un Cabaret Tzigane Russe avec le soufflet et les boutons de l’accordéon slave, puis la clarinette s’immisce entre eux, sur le temps de la contrebasse qui s’écoule goutte à goutte. Cela prend lentement forme, comme un sanglot, pleurant de moins en moins, dansant de plus en plus, en des inflexions de sentiments minuscules et infinies à la fois, du malheur à la consolation, dans la beauté de cette ambiguïté, de cette navigation sentimentale louvoyant entre deux eaux. Ce tremblement peut pleurer ou rire, danser à perdre la tête ou la prendre dans ses mains, sourire à chaque instant, éclater ou se taire finalement.

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Suit un intermède soliste de "Paris Klezmer" à l’accordéon, «Caline Kitch». Après un Kalinka lent, méconnaissable, hésitant, vibrant comme un bandonéon argentin venu d’Allemagne dans les soufflets, hésitant, se perdant pour se retrouver ses touches, de plus en plus rapide quand le tempo s’emballe dans sa virtuosité, se dépassant, bifurquant vers une Danse Hongroise Hongroise devenue morceau de bravour des violonistes Tziganes qui fut mise en fanfare par Goran Bregoviç] qui le présente toujours comme un morceau militaire appris de son père alors dans l'armée, pour ouvrir la cavalcade du film «Underground» d’Emir Kusturika en 1995 sous le titre de Kalashnikov, mêlant house et thème Traditionnel, et retrouver le Kalinka en final.

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Gitan et Juif se retrouvent dans « Gitan Juif », extrait du premier album. Le violon vibre, claque l’archet sur les cordes, craque, puis la clarinette vient taquiner ses réminiscences classiques digérées puis charriées par les torrents de l’émotion, quand même l’accordéon danse sur la basse à deux temps qui fait la grosse voix, l’arbre, le pilier du rythme quand les autres dansent autour de lui comme les enfants d’un shteyt’l juif d’Europe ou d’Amérique où le jeune Benny Goodman apprendrait la clarinette Klezmer à la manière Naphtule Brandwein à la synagogue avant de devenir « la tourelle » des clubs de Jazz de Chicago, puis le chef d’orchestre que l’on sait, qui ferait entrer "Bei Mir Bist Du Schön" au Carnegie Hall en 1937.

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Dans le thème suivant, c’est du « Printemps » de Vivaldi que se souvient le violon sur la basse lente, puis le quitte pour d’autres danses, Tziganes Russes sur la rythmique des autres.

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Quand ils s’accordent c’est déjà ou encore un silence habité de musique, de fêtes, qu’elles soient réminiscences ou futures. La clarinette sort de la grange en flammes en sirène hurlante, s’incurve vers l’émotion sur les harmonies des autres, dramatique, assourdissante, où couve un drame terrible qui se trame, annoncé, joué collectivement/individuellement, sans exploser encore, où la sirène prend son envol, rencontre le violon vrillant l’air, montent lentement très haut dans le ciel, mais avancent dans le drame vers un dénouement qui s’étouffera dans un silence des cimes. Fausse alerte.

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Le violoniste américain Jason Meyer, est plus d’être un soliste virtuose, est aussi compositeur de certains thèmes, comme l’ «Ethiopique Blues» qui suit. Pourquoi Ethiopique, comme la collection célèbre rééditant les chefs d’œuvres de Mullattu Astaqué? Quel rapport avec la musique Klezmer ? Historiquement, il y a deux liens entre les Juifs entre les Juifs et l’Ethiopie : le Roi Salomon, malgré sa légendaire sagesse (qui ne l’empêcha pas d’avoir 700 femmes et 300 concubines), succomba aux charmes de l’Ethiopienne Makeda Reine de Saba et la demanda en mariage, essuyant un refus car elle voulant être l’unique épouse. Ils finirent par passer une nuit ensemble, et le Roi donna à la Reine en gage l’anneau de son petit doigt, faisant preuve en cas de descendance. Elle eut un fils , Ménélik Ier (comme le chanteur Soul Hip Hop Franco-Camrounais devenu Mnlk), qui visita Salomon et créa le Royaume ethiopien et la Dynastie Salomonique. En outre, ce fils importa en Ethiopie la célèbre harpe du Roi David, père de Salomon, dont il joua pour endormir le roi Saül, encore pratiquée par Alemu Aga, produit sur le label Ethiopiques.

Yankele Alemu Aga

Enfin, il y a les Juifs noirs d’Ethiopie (appelés Falashas en Amharique ou Beta Israël), dont les origines et la venue en Ethiopie se perdent dans la nuit des temps.

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Le tempo de cette composition est lent mais allègre, le violon surfe sur la rythmique de la clarinette en proue de navire sur les vagues de l’accordéon, puis soudain part en valse lente sur la basse à la barre de cette felouque naviguant en pleine tempête rythmique. Peut-être peut-on rapprocher de la musique Ethiopienne funky et de ses orgues répétitifs utilisés dans la BO « Broken Flowers » de Jim Jarmusch ces réitérations rythmiques soutenant le violon où le rejoint la clarinette, mais la basse accélère le tempo et le frêle esquif rame d’un côté l’autre comme une pirogue africaine. C’est peut-être par là qu’on rejoint l’Ethiopie… Violon, accordéon puis clarinette s’envolent puis s’arrêtent en breaks sur un autre thème dont les voix couvrent l’éventail rythmique et des traditions sur la basse au rôle rythmique de pilier assumé. Le contrebassiste Mathieu Bresch m’avait confié l’épanouissement musical qu’il trouvait dans ce groupe. Il est vrai que le Jazz actuel ne permet pas toujours à la contrebasse d’assumer ainsi seule le rôle rythmique.

Prenons maintenant « Le train de 7 h 40 » (enregistré dans « L’esprit du Klezmer » sous le titre de «7 :40 AM »), heure à laquelle les chauffeurs de trams prenaient leur service à Odessa. Les dernières brumes se dissipent encore sur la rosée matinale et il y a encore des reflets de nuits dans la Mer Noire aux premières mesures crissées de violon quand la clarinette mélancolique s’élève… Et soudain, c’est la vie qui s’éveille, la vie industrieuse de la ville urbaine et la journée commence, on met du charbon dans la machine et le tramway s’ébranle, se met en marche, de plus en plus vite, sur la basse slappée tirant en locomotive, fait tinter ses cloches dans les rues et prend sa course folle d’un jour qui finira sa course avec le soleil comme elle l’a commencée jusqu’au lendemain. C’est dans le port d’ Odessa qu’éclata la révolte du cuirassier Potemkine en 1905 filmée par Eisenstein en 1925, qu’on peut encore voir le célèbre escalier où y dévalait une poussette (scène reprise ensuite dans « Les Incorruptibles»). Mais les juifs de la ville, la plus importante communauté de Russie avant-guerre, souffrirent de l’occupation roumaine alliée des nazis entre 1941 et 1945, où la ville fut libérée par l’armée Rouge et reçut l’une des premières le titre de Ville Héroïque en 1945.

Les applaudissements publics soutenus sont le prétexte à réclamer le calme d’un « Sha Shtil» extrait de « Paris Klezmer » sur les conséquences heureuses ou malheureuses de la danse d’un rabbin. Le «Sha» est grave, clameur pleine de mystère, le « Shtil » aigu comme un cri d’enfant, repris par la voix, l’accordéon, puis le violon. Le rythme s’emballe, ralentit, suit les pensées et la danse du rabbin danseur hassidique, tendance née dans cette Europe de l’Est où il était guide mais aussi membre actif proche de sa communauté, qui passe de la tristesse à la joie, s’arrête pour reprendre sa danse folle, passe de l’émotion à la fête. Un autre thème Yddidsch de même thème s’emballe sur «Wenn De Rebbe Tanz ».

Il est enchaîné comme sur le disque avec un thème russe à l’accordéon avec la basse chantant « Oooh O Oï » sur les applaudissements rythmiques du public que les musiciens reçoivent debout comme dans les shteyt’l. De tzigane, l’accordéon se fait tragique, rejoint par le violon, puis la basse qui fait penser dans ce contexte à la balalaïka russe qui donne son titre à une vieille chanson Yiddisch. Une danse lente prend forme sur la corde de la basse, tambourine des doigts sur la caisse de l’accordéon, suit le violon, puis le public qui fait s’envoler la clarinette au rythme de ses applaudissements, retrouvant quelque chose de l’origine festive de cette musique dans cette communion, prolongé dans un autre thème festif roumain, tzigane ou balkanique sur lequel saute sur place la clarinette, marquant un temps, puis deux dans la lenteur, repart de plus belle pour quelques breaks avant un final au tempo hassidique, gai mais aux longues notes sur deux temps, puis rapide à couper le souffle.

Une casquette Gavroche ou Polonaise vole des coulisses à la scène et c’est le Bis.

Le public est mis à contribution pour rythmer de coups sur les cuisses puis un dans les mains «Funtashlish » qui ouvre de la bonhomie de sa voix cassée « Paris Klezmer ».

« Boum Boum Tchac ! Boum Boum Tchac ! »

Ce tempo à trois temps collectif me rappelle d’autres grand’messes plus rock, celles de Queen et le tempo de leur «We will, We Will Rock You», qui peuvent après tout s’être inspirés de la musique Klezmer ou simplement avoir trouvé aussi cette vieille recette de furie collective sans le savoir. Sur cette rythmique prend place le scat de la voix cassée à la manière de cet Armstrong blanc croisé à Prague, puis sa clarinette miaule, couine et hennit comme aux origines du Klezmer, imitant toute une basse-cour en fête du shteyt’l, repris au vol par les soufflets libres de l’accordéon, puis le rythme prend forme, égrené par la basse, et enchaîne sur « Naphtule’s Freilach » inspiré par le virtuose de la clarinette Naphtule (ou Naftuly) Brandwein, né dans un de ces pogroms en 1889 à Przemislany en Ukraine, mais parti aux Etats-Unis pour y devenir l’une des premières stars de la musique Klezmer enregistrée dans l’orchestre d’Abe Schwartz et s’autoproclamer non sans raison vu son talent « Roi du Klezmer». Il jouait, une enseigne lumineuse à son nom autour du cou, aussi bien des musiques turques, grecques ou tziganes. Souvent ivre et caractériel, son génie improvisateur s’exprimait avec une liberté jusque là inouïe dans cette musique. Ce titre l’exprime par des écarts de ton vertigineux, puis des hésitations qui font très peur quant à la bonne suite du thème, des piaillements d’oiseaux de la clarinette flirtant avec le vide, dont il se relève en équilibriste ivre de justesse pour reprendre de plus belle et qui deviennent une part de son génie assez proche de celui de certains Jazzmen.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi 11 août 2008

SONANDO JOUE LES RYTHMES DE LA SALSA A L’ILLIADE D’ILLKIRCH

Pour l’été, l’Illiade, salle de concert d’Illkirch, organise des pique-niques musicaux gratuits aux repas tirés du sac les vendredis dans ses jardins ou dans ses locaux en cas de pluie de 19 à 22 h. Le 18 juillet, le groupe de Salsa local Sonando en petite formation les inaugurait.

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Sonando est un des groupes de Salsa les plus actifs à Strasbourg. Composé de musiciens de Jazz locaux expérimentés du CEDIM (Centre Européen d’Improvisation Musicale) fous de Latin Jazz (Pascal «Papy »Beck au trombone, Franck « El Terror » Wolf au saxophone) menés par le percussionniste Guy « Guido» Broglé. Ils ont déjà trois disques à leur actif :

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«Bailando Con Sonando», avec la plus latine des chanteuses alsaciennes Angela Haber (également chanteuse de l’autre groupe de Salsa local « Candela » mené par le Colombien Hugo Hernandez, directeur du Big Band de Haguenau) et Benjamin Moussay au piano, vite remplacé par Grégory Ott.

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« Salsa Explosion » arrive en 2003, année où le groupe se produisit au festival «Strasbourg Alsace Percussions». Plus expérimental, avec déjà un répertoire de compositions originales de Guy Broglé et Pascal Beck dans des rythmes très variés, comme l’excellent « Cha-cha-cha Du Glandeur » aux paroles d’anthologie : « De terrasse en terrasse, je mate les nanas / ça n’use pas les godasses, et ça ne fatigue pas!», le Guaguanco avec «La Esencia Del Guaguanco », mais aussi la « Bomba » Portoricaine et un titre instrumental plus Latin Jazz avec Grégory Ott au piano électrique, «Babete».

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Enfin, en 2006, « El Montuno », d’un son plus moderne, rajoutait à la palette rythmique de leurs compositions le Son Montuno Cubain, le Merengue ou la Bachata Dominicains, la Plèna Portoricaine, la Cumbia Colombienne, invitait plusieurs chanteurs latins pour les textes en espagnol et allait même jusqu’à expérimenter une « Salsa Hip Hop » au goût du jour, avec Franck « El Rubio » Bedez à la basse.

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Ce soir, c’est en formation réduite au minimum qu’ils se produisaient : Grégory « Candela » Ott au piano électrique, Franck « El Rubio » Bedez,à la basse, Guy « Guido » Broglé avec une casquette à la Che Guevara aux congas et percussions, un chanteur Cubain domicilié en Allemagne Osvaldo et Pascal « Papy » Beck au trombone soliste comme seul cuivre.

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« Oye Mi Ritmo|http» ouvre le second set avec déjà des guias d’ Osvaldo et les douceurs éléphantesques de Pascal Beck sur les peaux des congas de Guy Broglé.

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Ils continuent par « Oye Como Va » du timbalero portoricain Tito Puente, popularisé en 1971 par le guitariste Mexicain Santana, repris en Cha-cha-cha à la manière de Puente, qui lui-même adapta jusqu’à « Pata Pata » de la sud-Africaine Myriam Makeba ou « L’Odyssée de L’Espace » (Titos’Odyssey )!

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Comme Miles Davis à sa dernière période Jazz, s’ils interprètent des compositions sur leurs albums, ils reprennent des standards connus du public sur scène. Le trombone fait coulisser ses langueurs sur les réitérations rythmiques de Grégory Ott. C’est le portoricain Mon Rivèra, auteur de nombreuses plènas qui fit rentrer le trombone dans l’orchestre de Salsa En l’absence de batterie, la cowbell est jouée à la main par le chanteur en clave prolongée, très syncopé.

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Soudain, un break arrête le thème avant la reprise des chœurs assurés par tous les musiciens, qui souvent dans la Salsa, reprennent le refrain du thème obsessionnellement pour permettre aux cuivres d’improviser et au chanteur soliste de s’en échapper vers ses « guias » (improvisations vocales proches d’un proto-hip-hop improvisé au naturel).

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Pascal Beck reprend le thème à son tour, puis s’en échappe librement dans des glissandos presque « free « lançant les autres dans la Descarga (Jam-session à la Cubaine créée par le contrebassiste Israël Cachao Lopez).

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Mais les Descargas avaient été interdites à Cuba par le régime Castriste au pouvoir depuis 1959, comme le Jazz américain, le Guaguanco (pour oublier l’esclavage), le Danzon et le Son’ (hérités du colonialisme espagnol) et remplacés par l‘OCMM (Orchestre Cubain de Musique Moderne) censé inventer une nouvelle musique moderne, spécifiquement Cubaine, (alors que ces interdictions en coupaient les sources naturelles), mais aussi porteuse du message Révolutionnaire de Fidel Castro. Chucho Valdès en fera partie avant de pouvoir enfin lancer son groupe Irakere avec d’autres membres de l’OCMM.

OCMM

Suit « La Negra Tomasa », popularisée par le guitariste Compay Segundo , suivie de « Bilongo », rallongée par le chanteur avant le « Yiquiriboum », commun aux deux thèmes et finit en «Mandinga». Cela tient du medley mais ces thèmes guaganco permettent ce genre de trasferts. Le chanteur improvise une guia sur Sonando et leur « ritmo de la vida », rythmée par les « Yiquiriboum Mandinga » des chœurs. Puis Gregory Ott amorce une descente vertigineuse des notes du piano sur la clavé jouée au guiro (percussion piriforme striée raclée d’une baguette), part pour une de ses folles envolées, emportant même une citation classique dans sa tournoiement de cyclone Caraïbe, repart en sautant d’une touche à l’autre enchaînant montuno, cha-cha-cha, boléro.

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Levant le nez je comprends enfin d’où vient cette incessante clavé, entêtante et sans fin.

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Elle est actionnée au pied par Guy Broglé, qui joue assis, en plus de ses congas, sur une pédale percutant un sabot de plastique rouge, l’autre pied actionnant un cowbell à pied.

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Osvaldo reprend une impro vocale : sur ces rythmes latins, ce proto-rap qu’est la guia retrouve l’improvisation décimale libre du Son’ hérité des trobadores Espagnols par les colons, puis descendue des montagnes de l’Oriente avec le trio Matamoros dans sa forme guitare/basse/percussions encore sans trompettes dans les années 20s, au cuivre soliste rajouté ensuite par Ignacio Piñeiro pour Sexteto Occidente, puis Nacional dans les années 30s puis porté à deux trompettes assourdissantes par Chappottin et Chocolate dans le Conjunto du joueur de très aveugle Arsenio Rodriguez modernisant la formule dans les années 40s.

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« Besa Me Mi Corazon » répètent les chœurs, rythmant l’improvisation du chanteur puis le trombone à la manière d’une Comparsa Carnavalesque Cubaine (musique de défilé carnavalesque). Les Salseros battent le rythme dans leurs mains quand s’envolent leurs Salseras en oiseaux libres. Le solo de piano semble reprendre le thème de Sonando «Llando Del Crocodilo » (Ne me pleure pas ces larmes de crocodiles!), une chanson d'El Montuno.

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A bien y regarder, les Salseros dansent avec plusieurs ou les mêmes Salseras successivement et tapent des mains aussi pour signifier les changements de partenaires. C’est une façon de rendre la Salsa moins danse de couple et plus danse collective, retrouvant les mazurkas et les Danzones de salon des colons et des cours espagnoles, mais plus en ronde joyeuse qu’en lignes rigides, mais ces changements sont bien calqués sur la clavé qu’ils frappent de leurs mains. Ils ont changé et ne sont plus ceux et celles du Café Des Anges dans les années 90s, mais je me souviens d’un Cubain au crâne rasé qui y dansait avec deux ou trois Salseras en même temps.

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« Besa Me Mi Corazon », chantent les chœurs, « EEEEh » répond le chanteur, semblant parfois un Gitan d’Espagne. Le terme de Rumba est d’ailleurs commun au Flamenco Espagnol et à la danse encore pratiquée à Matanzas succédant au Guaguanco Cubain, puis «rhumba» deviendra pour un temps le terme générique pour définir le Son’ sur lequel dansait Xavier Cugat aux Etats-Unis. Mais pas dans le sens qu’on pourrait croire.

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En effet c’est la guaracha Cubaine qui fut adoptée au XVIIIème siècle par les Gitans de Séville, puis deviendra « Rumba Catalane » dansée dans les rues du Raval de Barcelone par Orelles El Toqui sur du Son’ Cubain et du Mambo ou du Rock. Après Peret ou Paco De Lucia, les Gipsy Kings continuent à perpétuer ses qualités festives.

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Le piano part obsessionnellement sur la clave au pied, « Besa Me Mi Corazon », puis retour à l’orchestre, final du trombone à la Willie Colon (le tromboniste de La Fania connu pour ses pochettes «gangster» avec Hector Lavoe dont on aperçoit les pieds sur la pochette de ce « Cosa Nuestra » où l’étui de trombone semble suspect de contenir autre chose).

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Le thème suivant est une démonstration de Cha-cha-cha par le chanteur comptant les pas « Un Dos, Cha-cha / Un Dos Tres, Cha-cha-cha ». Le nom de ce style est né de la danse, d’ailleurs.

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Le nom du Cha-cha-cha vient du violoniste Enrique Jorrin, alors qu’il faisait partie de la Charanga (orchestre à cordes de violons) Orchestre América, jouant un soir son Danzon Silver Star, déplaça le rythme sur la troisième partie, et entendit les semelles des danseurs glisser sur le parquet de la salle de danse : « Ch Ch Ch », et improvisa dessus les paroles : « Cha-cha-cha, Cha-cha-cha, c’est une danse sans égal », qu’il reprendra dans le premier Cha-cha-cha : « La Engañadora » (la Femme trompeuse), dont le pianiste Ruben Gonzales, avec lequel il devait enregistrer « Estrellas De Areito » en riposte aux Etoiles de la Fania, puis membre des Afro-Cuban All-Stars qu’on aperçoit dans « Buena Vista Social Club », qui en donnerait une version mémorable dans son album «Introducing Ruben Gonzales».

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«Oye Mi Gente » chantent les musiciens, sur lesquels coulisse le trombone sur le piano rythmique semblant toujours jouer le même motif avec des changements infinitésimaux qu’on entend mieux dans cette formation réduite que noyé dans les cuivres de tout un orchestre de Salsa. On reconnaît dans cette trame rythmique répétée jusqu’à la transe l’influence de l’Afrique, déportée et débarquée de force à Cuba avec les esclaves noirs Yoruba, auxquels on laissa au moins leurs tambours et qu’on garda en tribus à Cuba et au Brésil, avec le loisir de jouer en public lors des « cabildos de nacion » (fêtes), d’où la prédominance rythmique de ces musiques dans les Caraïbes, contrairement à l’Amérique Du Nord où les percussions étaient supprimées, les familles et tribus séparées, toute identité niée.

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«Vacila Mi Congo» me rappelle par ce mot proche de « Vacilando » les plaisanteries de Norman Granz accueillant Machito Grillo, sa soeur Graciela et leurs Afro-Cubans au JATP rééditées sur l’album « Cubop City ». Le Cubop était le mélange heureux des rythmes afro-CUbains et du Jazz Be-BOP, à cette époque où Dizzy Gillespie avait engagé le percussionniste Chano Pozo Y Gonzales, déjà star de la Comparsa de son pauvre Barrio de La Havane, avec qui il composa "Manteca"Le Jazz y retrouvait quelque chose de son inconscient qui lui avait été dérobé.

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la ligne de basse du piano jouée à la main gauche, calée entre basse et congas s’appelle «tumbao» dans le Son’ Cubain , reprise par la basse qui l’assurait à l’origine en soutenant les voix, base de ces harmonies si collectives et profondes de la Salsa qui se taisent comme un serpent hypnotique puis reprennent, offrant une clairière dans leur jungle à la voix soliste avant les riffs finaux et la pause…

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Le second set débute avec une reprise de « Ran Kan Kan », proto-mambo de Tito Puente de 1949 dont le début annonce un peu, en plus bringuebalant et avec force cuivres assourdissants sur fond de marimba joué par le timbalero, le piano du célèbre « Tequila », instrumental R’N’B des Champs en 1958/9, que Perez Prado, autre père du Mambo qui quitta Cuba la même année pour le Mexique avec Beni Moré (le chanteur « Ugh Ugh » de ses mambos qui deviendra l’un des plus grands chanteurs Cubains, et finira auprès de Che Guevara et Fidel Castro dans la Sierra Maestra, filmé par une Agnès Varda surprise, et auquel les Cubains rendent parfois encore hommage en versant du rhum sur le sol « pour Benny ») reprendra bien plus tard.

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Ce "Ran Kan Kan" fit danser le Palladium Ballroom, temple New-Yorkais des danses latines où se produisait Tito Puente à ses débuts avec l’orchestre de l’acteur et danseur Pupi Campo (autre pionnier du mambo) qui y mourut fauché en pleine danse et avait épousé la chanteuse de Jazz blonde et diaphane Rosemary «Rosy» Clonney (tante de George Clooney). Elle tenait donc de lui sa propension « Mambo Italiano » et autres «Sway» vintage avec Perez Prado, latins et soulfull.

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Sonando l’avait déjà repris sur leur premier album « Bailando Con Sonando ». Ici le thème est rythmé par la cowbell au pied, les choeurs soutenant le chanteur avant le solo de cloche, puis celui de Grégory Ott sur le guiro. Le solo de piano débute sur la clavé puis s’emballe, dansant d’une touche à l’autre sur la cloche de la conga en clavé, doublée de celle à main d’Osvaldo menant ce tintinnabulant troupeau au bas des montagnes de l’Oriente.

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Suit une Salsa rapide où le trombone se greffe sur le piano, suivi de percussions Guaguanco au chant de « Yo Soy El Tambor » d’une voix puissante, puis un break et ils partent vraiment, exhortant les soneros à en faire de même. Osvaldo débite ses guias sur les chœurs jusqu’au cri, danse, embrasse une des danseuses, «lady in red» (vieille chanson Mexicaine oubliée devant celle de Chris De Burgh dans les années 80s, par laquelle Charlie Parker accueillait la robe rouge de Chan au Birdland et que Anita O’Day chanta chez Stan Kenton, qui fit aussi beaucoup pour le Latin Jazz) qualifiée de « sabrosa mama ».

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Puis le trombone revient sur la bell à pied, le chanteur reprend son guiro : « EEÊEE ». Grégory Ott est « El Mano » (la main, et même les deux et chacun de leurs vingt doigts), qui improvise sur la clavé collective avec des descentes vertigineuses, encouragé par les exhortations du chanteur. La marée de cette tempête aux vagues noires et blanches monte descend, avance et se retire, cogne le frêle esquif de la basse à la justesse insubmersible, les voix des chœurs et du chanteur comme celles de tribus indiennes primitives, auxquelles succède après le bégaiement « Sona-Sonan-Sonando » le trombone final de pascal Beck, qui joue aussi de coquillages marins avec le VSP Orchestra (Vibraphone Spécial Prioject, mini big-band dont fait parfois partie Guy Broglé réunissant les meilleurs solistes locaux autour cette fois, de cors, d’alphorns suisses , de deux vibraphones et quelques coquillages autour de compositions originales, Jazz groovy ou latines .

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Sonando joue « Para Ti Bailador », extrait du dernier album « El Montuno » et dédié aux danseurs qui rythment leur musique de leurs pas, lui donnant le rythme de la vie sur lequel Osvaldo les invite à s’"amuser" (« gozar me ritmo »). La Salsa est une des musiques à permettre encore cette communion magique avec le public des danseurs que le Jazz a perdue après les beaux jours du "Savoy Ballroom", "Home of Happy Feet" depuis les années 50s et la fin des Big Bands Swing.

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D’ailleurs, parmi les danseurs, Léo, alias « Timbalero », danseur noir officiant à la Salamandre lors des soirées Salsa, est dans la place, ainsi qu’enfin maintenant une ancienne Salsera De Los Angeles (du Café Des Anges), Pascale, que j’ai surnommée pour sa sympathie et sa bonne humeur communicative soleil de ces soirées « Pascandela » (également pour le « Candela » du Buena Vista Social Club chanté par Ibrahim Ferrer).

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Ce thème me fait penser à « Rico El Guaguanco » de la Sonora Matancera où la chanteuse de Salsa Célia Cruz fit ses premières armes, ce qui me rappelle que par le Guaganco, les tribus Yorubas ] d’Afrique déportés comme esclaves continuent de vivre dans la Salsa

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D’ailleurs Osvaldo me confirme cette idée au cri d’ « AFRÎÎÎCA !!! » qui annonce le solo de congas et amorce un changement de rythme avec des réitérations proches dans leurs effets mystiques des Qawwali Pakistanais comme Nusrat Fateh Ali Khan, dans un tout autre genre.

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A la suite du public, Osvaldo tape dans ses mains puis avec une percussion de fer bullé sur un tempo à couper le souffle, sur lequel part le trombone Pascal Beck, auteur de ce Merengue « Vive Tu Vida », joué plus rapide encore qu’au disque, râclé sur le métal, sans les saxophones dans cette formation réduite, qui parfois me lassent dans ce style par la répétition des mêmes motifs rythmiques. Cette façon de jouer le Merengué libère le tempo et la rythmique, le rend plus proche du Merengué traditionnel (accordéon/saxophone) dont le dictateur Trujillo fit la musique nationale Dominicaine, avant q’il ne soit le champion de la Salsa rapide. Le message est positif : « Vis Ta Vie, Chante Ton Rêve », retrouve la fonction sociale de la Salsa dans l’Amérique Du Sud pour les travailleurs pauvres et populaires aux tâches éreintantes et payées une misère. Elle les console de leur vie, leur rend un peu d’espoir et de rêve le temps d’une nuit, une raison de continuer leur dur labeur.

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On peut évidemment déplorer que la Salsa ne soit pas plus engagée politiquement, ne dénonce pas les responsables des injustices sociales, l’esclavage et la domination économique des Etats-Unis sur la misère de l’Amérique Du Sud. Les plus engagés semblent être Joe Arroyo et son groupe « La Verdad » avec leur «Rebelion» sur l’esclavage et les nègres marrons qui le fuirent, et Yuri Buenaventura, également Colombien, qui déclare dans ses concerts (Moi je suis d’Amérique Du Sud, pas de celle qui fait la guerre en Irak !). Elle console plus qu’elle ne révolte, proposant un bonheur immédiat dans la danse ici et maintenant, ce qui n’est finalement déjà pas si mal.

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Le Merengue se poursuit après un break à la manière du « Suavemente » d’Elvis Crespo dont j’ai toujours préféré la version de Leana Neal à la reprise plus lourde et commerciale de Paul Cless, avec le piano claquant sur la basse Funky- Rockoise.

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Arrive l’ «Ultimo Numero por esta noche », annonce Osvaldo, qui ne parle pas français, comme je regrette de ne pas comprendre l’espagnol. Lors du concert de Sonando au Festival Alsace Percussions, j’avais félicité un autre chanteur, un indien aux cheveux longs qui avait essayé de me parler en espagnol. Je lui avais répondu : « No Habla Espaõl, Habla Salsa » pour lui dire que je ne parlais pas sa langue mais aimais la Salsa sans la comprendre.

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La basse part sur « Mission Impossible » (composé par Lalo Schifrin). Osvaldo exhorte le musiciens et le public «A Guarachar !» («à prendre leur pied» me signale le Salsero Bouba), puis part en scat sur la clave d’un Guaguanco dédié à Babalu Aye (Dieu Orisha de la variole et des maladies en général équivalent au Saint Lazare Catholique, aux couleurs blanche et bleue) et Eleggua (Dieu du destin et de la chance qui ouvre les portes, équivalent à Saint Antoine, qui transmet les prières à tous les autres Orishas, aux couleurs rouges et noires).

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C’est le groupe Irakere (déjà Chucho Valdès, et encore à l'époque Paquito D'Rivera au saxophone et Arturo Sandoval à la trompette) qui a fait passer le Guaganco dans les origines électriques de la Salsa en reprenant ces chants traditionnels avec une orchestration moderne Funk/Rock fusion à l’énergie irrésistible.

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Osvaldo chante « Para el Mundo » avec pascal Beck, dans un jeu de question-réponse, puis repart en scat latino. La basse change de rythme, passe au funk slappé à « la Salsa » de Lavilliers (la première Salsa en français par cet amoureux de l’Amérique Du Sud, parti à 18 ans au brésil pour y travailler comme chauffeur poids lourd, engagé et très concerné par le devenir du Tiers- Monde et aux textes magnifiques) sur la clave.

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En Bis, Osvaldo tient la note d’ « OuEEEEE » pendant toute une phrase du trombone. Ils reprennent l’original de la chanson cubaine reprise par Sergent Garcia en Salsamuffin sous le titre « Amor Pa Mi ».

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« Otra ! Otra ! » réclament les danseurs pour une autre chanson.

Ils reviennent sur la clavé manuelle puis le trombone avec « Yumbambe » de JC Campos, que Poncho Sanchez, grand conguero d’origine Mexicaine qui joua avec Cal Tjader, Myriam Makeba et Nina Simone, rendit célèbre, et que Sonando avait repris dans son premier album « Bailando Con Sonando ». Les harmonies du trombone enrichissent en sous-main cette rythmique Portoricaine, clave prolongée d’une bomba de percussions. Pendant le solo de piano, les doigts volent sur les touches, reviennent en rythmique, puis partent en boléro, dans une transe entraînant les autres, avec une accélération à la Gonzalo Rubalcaba, spécialiste du genre né à Cuba mais qui fait maintenant une carrière de pianiste de Jazz le plus rapide de l’Est à Miami, à laquelle Grégory Ott rajoute encore une touche de piano bastringue et de boogaloo finale.

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Bref, Sonando a montré par ce concert, et malgré un effectif réduit à son minimum qui personnellement les a gênés plus que moi, son aisance dans les différents rythmes qui font la richesse de la Salsa : Cubains, Colombiens, Portoricains ou même Dominicains et donné de la joie et de la bonne humeur au public et aux danseurs et danseuses. On attend de pouvoir les revoir bientôt au complet dans la région.

Jean Daniel BURKHARDT

PS: Mon émission Terres Tribales de ce lundi 17 août à 11 h 30 sera consacrée à la Salsa Cubaine de la Rumba à la Timba sur Radio Judaïca (102.9 FM à Strasbourg, "www.judaicastrasbourg.com" partout ailleurs...

mardi 8 juillet 2008

LES FIVE DEVILS, MARCEL LOEFFLER ET DINO MEHRSTEIN AU FESTIVAL "TERRE DES MUSIQUES TZIGANES"

Le vendredi 4 juillet, l’ambiance était Tzigane et Jazz au Festival «Terres Des Musiques Tziganes». Les Five Devils sont un groupe de musique tzigane de Tchéky composé de trois violons joués plus ou moins perpendiculaire sur l'épaule, dont un purement rythmique assis à l'archet tenu à angle droit, un vêtu d'un costume blanc et un jeune soliste virtuose, Gèza Hosszu Legocky, un cymbalum (cithare tzigane à plectre), une contrebasse et une guitare.

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Ils commencent leur set par "Les Yeux Noirs" (Otchi Tchornia en russe, déjà repris par Dango à Rome avec Grappelli, puis des ballades slaves lentes et pathétiques à deux temps alternant avec des accélérations Balkaniques dans le style klezmer à la russe, souvent déclenchées par le cymbalum prévenu d'un coup d'oeil complice.

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Le cymbalum bondit en une cavalcade de la cavalerie cosaque dans les steppes, poursuit les crins des chevaux des trois violons.

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Suit le thème tzigane, « Doïna –Hé Batchi, Batchi ! » , qu'Engé Helmstetter, guitariste manouche de la région de Barr et ancien organisateur du « Festival International Tzigane» à la Citadelle, avait repris dans un de ses comédies musicales, « Maré Sinté », rythmé ici par les "O-O-I'" du contrebassiste. Engé Helmestter est d’ailleurs présent ce soir, assis dans les gradins aux côtés de Marcel Loeffler.

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Le cymbalum prend ensuite une introduction étrange et méditative, cristalline, lente et perlée, presque aux résonances de clavecin baroque ou d'épinette, puis rapide, entraîne les violons à sa suite sur une basse Boogie.

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Sur "Les feuilles Mortes", le jeune violoniste virtuose prend les commandes, citant "Titine", tandis que la contrebasse au gouvernail est secouée comme la balalaïka d'un batelier sur la Volga, sur les rives de laquelle le cymbalum fait fleurir des "Roses De Picardie" dans son solo, soutenu par l'enthousiasme public tapant des mains.

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Pilier mouvant, le guitariste a la sûreté rythmique d'un Brassens, et se balance d'un pied sur l'autre tel une poupée russe avec un comique ambulatoire robotique. Tous chantent avec de profondes voix de Boyards russes.

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Le cymbalum franchit le fleuve Amour et les steppes Mongolie vers la Chine, se faisant cithare. Le dernier thème est russe et rythmé, avec présentation des musiciens.

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En seconde partie, l’accordéoniste Marcel Loeffler invitait Dino Mehrstein. L'accordéoniste manouche aveugle Marcel Loeffler et le guitariste Dino Mehrstein se connaissent depuis longtemps, depuis que Dino enfant suivait son père Sony Reinhardt et son oncle Mandino Reinhardt, alors membres du groupe "Note Manouche" jusqu'en Italie. C'est ce soir un «Duet à géométrie variable qu'ils mèneront tous deux avec leurs invités tout au long de la soirée», annonce Fabrice Steinberger, organisateur du Festival.

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"Que Reste-t-il De Nos Amours ?" de Charles Trénet ouvre le concert, lent à la guitare, puis à l'accordéon plus lentement encore, sur une rythmique bossa de la guitare. Le père de la bossa nova, le guitariste João Gilberto, joue parfois cette chanson, abrité du vent et de son public dans une tente transparente. L'accordéon se fait aussi vocal dans son solo que le "fisarmonica" dont jouait Marcel sur son premier album à pochette en braille "Vago", ou l'harmonica auquel il s'est déjà essayé sur les accords "groove-roots: groots" de Dino, qui m'a d’ailleurs inspiré ce terme à propos de son dernier album "Intuitions" lors de son concert de présentation. Marcel ne joue que sur les touches rondes de son accordéon, presque sans en actionner le soufflet, le plat de l'autre main faisant un effet rythmique frappé sur l'autre série de boutons. Dino termine cette version très funky en style 70ies.

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Ils enchaînent avec "Stompin' At The Savoy", thème swing dédié au Savoy Ballroom, dancing New-Yorkais des années 30s surnommé "Home Of Happy Feet" (Maison des pieds heureux) où officiait le batteur Chick Webb et son orchestre où Ella Fitzgerald fit ses débuts. Le thème est là encore remis au goût du jour par le groove de Dino et l'accordéon de Marcel se chevauchant à tour de rôle, passant l'un devant ou derrière l'autre avec virtuosité.

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Dino soutient en bossa les envolées balkaniques de Marcel. Les deux univers se complètent, chacun à tour de rôle plus fou que l’autre, inventant un isthme musical rejoignant Amériques, Caraïbes et Europe de l’Est. Les invités arrivent : le contrebassiste Gérald Muller, celui des Comédies Musicales du « Festival International Tzigane» et des Jams du défunt Piano-Bar et le guitariste américain Rick Hannah, qui assure avec d’autres celles de l’Artichaut.

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Ils se lancent dans « How High Is The Moon », pris sur un tempo d’enfer.

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Ils dédient ensuite à l’organisateur du festival «Terre Des Musiques Tziganes», Fabrice « Rocky » Steinberger, le thème « Cherokee », devenu « Chez Rocky » pour l’occasion. L’orchestre de Count Basie en avait donné une version longue durée (deux faces de 78 tours) avec Lester Young au saxophone dans les années 30s, et son idole Charlie « Bird » Parker trouva sur ce thème une nouvelle façon de passer les accords sur son saxophone alto, le soir de noël 1941, alors qu’il faisait la plonge dans un restaurant New-Yorkais où se produisait le grand pianiste Art Tatum, et l’enregistra l’année suivante dans une chambre d’hôtel avec le guitariste Effergee Ware à la pompe d’ailleurs assez manouche, quand on y pense… Le tempo est ici assumé par Hannah et Muller, sur lequel brodent Dino et Marcel, citant dans son solo un autre thème ayant eu les faveurs de Charlie Parker et ses « violons magiques », « Laura », titre également d’un polar mystérieux et romantique d’Otto Preminger. La folie de l’accordéon se déroule sur la pompe de la guitare de Dino, qui part ensuite en fugue « groots », mêle les traits décochés par ses cordes aux soufflets et aux touches de Marcel.

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Ils reprennent ensuite « C’est Si Bon » d’Henri Betti et André Hornez pour les paroles, immortalisé par Yves Montand, puis par Louis Armstrong (avec les paroles anglaises de Jerry Seelen, et Eartha Kitt en 1954, et l’an dernier a même vu en 2007 une version chinoise en mandarin due à l’écrivain Mai Xuan chantée par le français Kayoumin. Le solo de Rick Hannah retrouve la « Yellow Basket » d’Ella Fitzgerald dans son premier tube « A Tisket, A Tasket », puis son poignet se détend en bossa, et finit par rouler des orages de phrases bop.

Jean Daniel BURKHARDT

dimanche 29 juin 2008

SOKAN INVITE LE GROUPE ETRAN FINATAWA A SA FÊTE

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La Fête de la compagnie de percussions et danses SOKAN réunissait des élèves en percussions et danse Africaine de 7 à 77 ans, français et allemands, autour de rythmes collectifs et individuels et de chants choraux en Africain du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal avec une belle complicité.

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Les djembe, s'ils étaient joués par tous les élèves, n'étaient pas les seules percussions représentées. On trouvait aussi deux grands tambours battant le rythme de base frappés avec de grands bâtons en forme d'os, dont jouait le plus jeune, et un autre ensemble composé de deux tambours superposés allongés aux membranes perpendiculaires au musicien posés sur un cadre métallique orné d'une cloche comme la "cowbell" de la salsa variant les rythmes vers la clavé cubaine, la batucada brésilienne ou les gongs indonéso-balinais.

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En seconde partie, on pouvait voir le groupe de Blues Touarego-Wodaabe Nigérien Etran Finatawa, composé de trois touaregs habillés de bleu, brun et vert émeraude et trois Wodaabes, ce qui es plus rare.

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Les Wodaabes parlent fulfude, portent des turbans ornés d'immenses plumes d'autruche se prolongeant en bijoux jusqu'au cou terminés de plumes orangées, ont le nez, le menton et les yeux peints de jaune portent des tuniques brunes, et portent aux chevilles des akayweres, lourdes castagnettes de métal, que leurs pas et leurs danses font résonner sur le sol.

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En plus des guitares, les percussions étaient un djembé joué par un touareg assis, et deux calebasses jouées par les wodaabes, une fixe et une calebasse d'eau flottant dans une autre plus grande.

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Le chanteur Wodabee tapait des mains des rythmes de clavé primitive.

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Les guitares jouaient un Blues aux arpèges rapides, et les titres du deuxième album, "Desert Crossroads", semblaient plus "reggae" pour ce qui est des guitares.

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Les voix des Wodabee sont très aïgues, presque aigres, comme des appels d’oiseaux du fond du désert répondant aux chants tamasheq plus arabisants des Touaregs. Les danseuses de Sokan et leurs amis ont mis l'ambiance dans toute la salle par leurs, leurs danses et leurs rondes, si bien qu'on se serait vraiment cru autour d'un feu de campement en plein désert d'Afrique.

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Pour le dernier titre, deux percussionnistes de Sokan ont rejoint Etran Finatawa sur scène, et l'un des Wodaabe, aux coudes ornés de plumes d'atruches, faillit s'envoler avec eux...

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Ce fut un concert chaleureux et culturellement la diversité ethnique de ce groupe ravit par son originalité l'oreille et l'oeil.

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Jean Daniel BURKHARDT

mercredi 9 avril 2008

MAYRA ANDRADE fait voguer sa « Navega » sur la scène de La Salle Du Cercle de Bischeim

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La toute jeune chanteuse Mayra Andrade est originaire du Cap Vert, île au large de l’Afrique, quoique née à Cuba et ayant grandi au Sénégal, en Angola, en Allemagne dans l’espoir d’une vie meilleure et tout de même un peu au Cap Vert, et vit à Paris depuis 2003. Elle a gagné le concours des Jeux de la Francophonie au Canada à 16 ans. Elle a 23 ans et a déjà fait les premières parties de Césaria Evora et chanté avec Charles Aznavour avant son album. Timide et d’une polie dans sa franche mais sage poignée de main, son visage s’anime quand elle parle du Cap Vert.



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Mais si elle est Capverdienne, Mayra Andrade ne se contente pas de chanter la morna mélancolique au rythme langoureux de Césaria Evora. Elle aime les tempos rapides et les arrangements modernes et expliquait au magazine britannique « Songlines » : « Nos grand-mères jouaient la musique Cap Verdienne d’une façon particulière. Moi je suis la plus jeune de la nouvelle génération internationale Cap Verdienne, et nous avons choisi d’être le moins structurés, le plus libres possible, pour prendre nos propres chemins. Beaucoup de musiques étrangères nous ont formés, et nous défendons nos personnalités en chantent dans notre propre style. Et cela nous permettra aussi d’ouvrir la musique Cap Verdienne à de nouveaux publics plus jeunes.» Pour les musiciens, elle pioche dans ses rencontres musicales Parisiennes, un guitariste Capverdien et un multi-percussionniste Brésilien, et dans les compositeurs de l’île, tout en composant quelques ballades.

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L’hospitalité de La Salle Du Cercle de Bischeim s’adapte à la culture de l’artiste invité. Après le thé à la menthe de Toumast, c’est ici un punch apéritif qui nous amène au Cap Vert. Comme l’album, le concert commence par « Dimokransa » (Démocratie de guingois), Kaka Barboza., chanson étonnamment engagée dénonçant les faux-semblants dans lesquels s’endort la Démocratie Capverdienne et dont se contente la majorité, la corruption et les ingérences dont cette terre fut victime à travers son histoire de la part des anglais, entre autres et regrettant le révolutionnaire indépendantiste San Francisco. Ceci sur un tempo bossa assez rapide où sa jeune voix rappelle le timbre de la plus grande chanteuse Brésilienne, Elis Regina et la souplesse de sa voix capable. Elle a d’ailleurs commencé en écoutant et chantant des chansons Brésiliennes de Maria Bêthania.

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Elle est vêtue d’une robe verte et bleue qui la fait ressembler à une sirène vêtue des eaux turquoises du Cap Vert. Un guitariste électrique, un autre acoustique qui jouent aussi du cavaquinho (petite guitare caractéristique des musiques portugaises passée à travers la colonisation en Amérique Du Sud ou au Cap Vert qui accompagne souvent la morna), un batteur poly-percussionniste et un bassiste électrique noir portant dreadlocks qui me fait penser au grand bassiste électrique Richard Bona, émule de Jaco Pastorius, vu dans cette même salle, qui après avoir raillé gentiment « BischEm » (comme il le prononçait), avait été convaincu par l’enthousiasme du public, au point de plaisanter sur l’idée de s’y installer.

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Suit, comme dans l’album, « Lapidu Na Bo» (accroché à toi), une chanson d’amour tendre et comique d’un homme qui reste « accroché à toi, jeune fille» malgré toutes ses bêtises à répétition, avec une tendresse et une indulgence presque paternelle, sur un tempo encore plus rapide composée comme quelques autres par Orlando Pantera, mort peu après en 2005, où la gouaille de Mayra Andrade rappelle encore Elis Regina, avec sur l’album Cathy Renoir (la chanteuse du projet « Purple » sur Jimi Hendrix de Nguyen Lê) et Myriam Betty dans les choeurs. Comme Elis Regina, dont la rapproche sa gouaille, son débit est époustouflant et quand le souffle ou la voix lui manque pour arriver jusqu’au bout d’un ver, elle la lance dans le virage à plein régime, forçant parfois la voix jusqu’au dérapage contrôlé d’un petit éraillement, d’un enrouement d’émotion jusqu’au suivant.

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Elle quitte ensuite l’ordre de l’album pour rester dans le tempo rapide avec « Dispidida », plus dramatique avec des petits breaks un peu ragga, et avec un scat final libre où sa voix semble s’envoler tel un oiseau sur les guitares. Elle se lâche plus sur scène que sur l’album, à l’émotion plus retenue pour faire joli, mais c’est tout à son avantage de dépasser ce qu’on croyait savoir des chansons sur scène. Le batteur/percussionniste joue de la batterie d’une main et des percussions de l’autre, comme celui du Trio Mocoto Brésilien João Parahyba.

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Suit «Comme s’il en pleuvait», chanson composée par Tété. Mayra Andrade l’introduit en demandant la participation du public pour reprendre la phrase éponyme de Tété «Comme s’il en pleuvait » en écho à sa voix, reprenant gentiment mais fermement les velléités de certains à reprendre son scat d’un air d’institutrice adorable : « non, si vous faites tous « eh eh eh », personne ne fera plus « comme s’il en pleuvait » ! ». Dans le disque, cette chanson est mystérieuse, la seule en français, mais d’un français ancien, XVIIIème siécle, créole ou des îles. Mais la narratrice restait iconnue, si bien que je croyais que c’était Mayra Andrade elle-même qui dès sa jeune vie et sa courte carrière, prévoyait humblement que tout s’arrête, un peu comme David Bowie dans « Ziggy Stardust And The Spiders From Mars », charge contre le show-business et le monde du Rock et sésame d’entrée pour cette gloire dans ce monde à la fois qui m’a toujours bouleversé. Mais Mayra Andrade lève le voile sur l’histoire de cette chanson. Elle aurait connue quand elle était fillette au Cap Vert, en allant à l’école, une vieille femme mendiant dans la rue, vendant des calligraphies d’une écriture magnifique, très ornée pour une femme aussi pauvre. Devenue son amie, elle lui raconta venir d’une famille noble ruinée et avoir connu la fortune et les dans son enfance. Avec Tété, ils essayèrent d’imaginer sa vie d’avant : « Jadis ici j’étais reine… », ses «soupirants, ses présents chaque jour » « Comme s’il en pleuvait » et sa disgrâce actuelle, «genoux fangeux », et ses supplications « Donne maintenant de quoi manger mignonne, gagne ton ciel et me sois bonne » aux inversions désuètes trahissant sa noble extraction, devenant aussi une réflexion sur la fuite et la vanité de la fortune, de la beauté. Sa voix fraîche et profonde, sans âge, fait merveille pour incarner les deux registres, improvise sur les chœurs publics des scats audacieux, les arrête pour que ne reste que le rythme entêtant qui lentement, s’éloigne, s’endort, se meurt dans la nuit, en un écho hypnotique.

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Suit une « morna» langoureuse et mélancolique, peut-être une reprise d’un traditionnel Cap Verdien, accompagnée d’un cavaquinho, petite guitare traditionnelle Cap Verdienne venue du Portugal avec ce sentiment commun d’incurable mélancolie, mal du pays et mal de vivre qu’on appelle «Saudade» dans le Fado, que ramenèrent les marins de leurs longs mois d’expéditions exploratrices à découvrir les futures colonies. Mayra Andrade les aime aussi, en a composées plusieurs pour son album, et dans ce répertoire plus sentimental, sa voix s’enfle d’émotion, d’une profondeur étonnante pour son âge, la rapprochant de « La Diva Aux Pieds Nus », Césaria Evora, principale interprète du genre. Elle poursuit avec la morna très lente qui ferme l’album «Nha Nobrèza » sur les sanglots de cavaquinho mandolinant, où l’on croit entendre à tort dans le portugais des bribes de français créole «da ma(r)di soi(r) » entre deux coraçaõ doloroso.

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Mais Mayra Andrade ne laisse pas la mélancolie s’installer, enchaînant avec la rapide et enjouée « Tununca » d’Orlando Pantera, sur une jeune fille pauvre mais courageuse qui choisit d’échapper à la misère par un exil volontaire, thème fréquent dans l’album. Manque ici à ce tempo rapide l’acidité pittoresque de la sonorité presque funky de l’orgue « farfisa » (orgue électronique compact de marque italienne utilisé par le groupe de Rock Psychédélique anglais Pink Floyd dans ses premiers albums) de l’album joué par le guitariste Kim Alvès, remplacé avantageusement par les battements de mains du public, lui aussi coloré par la présence de quelques natifs du Cap Vert, je présume, représentant la belle mosaïque de peuples de cette île par leurs visages entre l’Afrique, l’Orient et les Indes, et le mélange de tout cela.

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Suit la plus émouvante des compositions de Mayra Andrade, « Navega » (bateau), qui donne son titre à l’album, sa chanson la plus émouvante, la plus en prise avec la réalité simple de la vie au Cap Vert aussi. C’est la mer qui la raccroche au Cap Vert, disait-elle à « Songlines », mer des arrivées et des départs, qui la purifie à chacun de ses retours, mais qu’elle considère comme la cage dorée des Capverdiens. Cette chanson est une hymne à la Mer, mais est aussi consciente de ses dangers, puisqu’une femme de pêcheur y attend son mari pendant une tempête. La mélodie s’élève et retombe comme la houle, passant d’une simple mandoline à une percussion dramatique dont la voix souligne la tension : «Avec mes yeux levés vers la ciel, j’implore Dieu de calmer les vagues », dit le texte, « pour que tu puisse revenir sans obstacle, avec une bonne prise qui te permettra de rester auprès de moi un peu plus longtemps sans que j’aie à m’inquiéter. » Une vieille Cap Verdienne s’est d’ailleurs reconnue dans cette chanson et le lui a dit. La chanson se termine sur l’album par un scat ethnique sur les vagues des soufflets de l’accordéon du Malgache Régis Gizavo, absent ici. Ici ce scat s’envolant dans les aigus me fait penser au Brésilien Milton Nascimento, l’un des maîtres du genre.

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Après une courte sortie sous les applaudissements arrivent les bis. Tout d’abord une ballade, « Nha Sibitchi» (ma perle de jais) de sa composition, où l’on entend en introduction sur l’album une de ces Mémés du Cap Vert, Luiza Pereira Gonçalves, surnommée Nha Pomba et le violoncelliste de Jazz Vincent Segal dans les cordes en riff final. Sur scène, la chanson est plus rythmée, plus acoustique que sur l’album, mais la voix reste toute aussi bouleversante dans ses montées d’émotion au fur et à mesure de la mélodie.

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Suit une chanson plus rapide sur une guitare funky, malgré un thème élégiaque, « Lua » (lune) de Catu Princezito, avec sur l’album, aux cuivres, Remi Sciutto au saxophone et Daniel Zimmermann au trombone et le brésilien Nelson Ferreira invité à la guitare électrique, qui l’accompagne ici sur scène. La chanson commence par un couplet mélancolique de supplique à la Lune, puis prend un virage rythmique à deux cent à l’heure époustouflant de tchatche à la Elis Regina, puis retrouve le couplet romantique à la fin. Pour pallier à l’absence des cuivres dans le final, Mayra Andrade tape dans ses mains à la manière des « palmas » du flamenco et fait de la «body percussion» sur sa poitrine et ses épaules. Elle termine le concert en solo a capella sur la morna «Poc Li Dente e Tcheu » (le peu que nous avons), qui compte plus que d’émigrer pour le perdre, une chanson de Nhelas Spencer, dont le thème et la mélodie dut émouvoir les natifs de l’île.

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Bref, malgré son très jeune âge, Mayra Andrade dépasse déjà sur scène les promesses de son album, en montrant que sa retenue n’empêche pas son énergie sur scène. On attend la suite de ses aventures.

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Jean Daniel BURKHARDT

mardi 5 février 2008

LA SALSA D’ELIO REVE Y SU CHARANGON A LA SALAMANDRE

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Elio Revé était un joueur de timbales (sorte de tambour sur trépied dont jouait le portoricain Tito Puente) cubain né à Guantanamo en 1939. Après une fanfare française avec violon en 1956, il monte son orchestre entre 1967 et 1968, qui devient très célèbre grâce aux compositions du bassiste Juan Formell, qui le quittera pour former « Los Van Van ».

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Elio Revé déclarait : « On m’appelle le Père du changüi, bien qu’il ait existé depuis longtemps, car, tandis que le son quittait les provinces orientales, arrivait à La Havane et voyageait dans le monde entier, le changüi n’a pas bougé jusqu’à ce que je l’aie fait sortir. » En effet, l’un de ses plus grands succès, sera « Changüi Clave », hommage à la clave et au changüi , avec une ouverture en guaguanco qui se mêle ensuite au son modernisé. Avec son Charangon, le timbalero Elio Revé y mettait l’accent sur les racines africaines (percussions qui incluent les tambours bata, la cloche cowbell et une voix de tête connue comme voz de vieja), tout en maintenant l’usage du tres (Papi Olviedo) et des violons, avant de partir dans une salsa plus moderne. Après le départ de Juan Formell pour former Los VanVan, Elio Revé change le nom de son Orchesta Revé pour Elio Revé Y Su Charangon, mais continue de mélanger le rythme changüi, avec le son, la rumba, la bomba et le merengue, et enrichit son orchestre de trombones.

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Si Elio Revé est mort en 1997 dans un accident de voiture, son fils Elito (le petit Elio) Revé a repris son Charangon avec succès, et a célébré le 75ème anniversaire de sa naissance à la Télévision Cubaine et par l'album "Con La Mano En La Masa". On appelle maintenant Elito Revé Elio Revé Jr comme son père, statufié en décembre 2007, à l'occasion du premier festival de changuï.

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Si j’ai raté les «Afro-Cuban All-Stars», Papys du Son’ rendus célèbres par le film « Buena Vista Social Club » de Wim Wenders, quand ils étaient venus dans cette même salle au grand complet (Compay Segondo au très -guitare cubaine, Ruben Gonzales au piano, Ibrahim Ferrer au chant) avant le succès du film et que je ne les connaisse, mais fut le plus beau concert de la vie d’une jeune Salsera locale blonde comme la Loreleï, je les avais vu dans la tournée plus tardive de l’album « Distinto Diferente » et leur chanteur Ibrahim Ferrer avant sa mort, ils étaient des musiciens de son’, pas de salsa, et ne représentaient pas l’actualité de cette musique et de ses rythmes aussi bien Portoricains (la bomba), que Colombiens (la cumbia), ou Dominicains (le merengué), que Cubains, je peux donc dire que c’est mon premier concert de « vraie » salsa Cubaine, et je regrette de ne pas comprendre l’espagnol, ayant appris l’allemand en seconde langue comme beaucoup d’alsaciens frontaliers.

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D’après les annonces de l’organisateur du concert «Timbalero», le groupe est joyeusement cosmopolite et plutôt jeune, trop je pense hormis Eli(t)o Revé, qui porte une crête tondue au centre du crâne, pour avoir connu le fondateur du Charangon, son père Elio Revé. Le joueur de très semble également trop jeune pour être Papi Olviedo. Le contrebassiste noir et immense, dépassant de son instrument même de loin tel un marin à un mât, et semble le plus âgé. Il y a aussi un percussionniste, un batteur et un claviériste. Dès l’entrée sur scène, la section vocale de quatre chanteurs à la puissance de tchatche hip-hop en espagnol galvanise le public, et la section de cuivres de quatre trombones est assourdissante au point de provoquer quelques larsens avec un balancement de fanfare Portoricaine.

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Pendant le discours introductif d’Elio Revé, la clavé (bâtons de bois dur et rythme de base de la musique Cubaine), la cowbell (cloche frappée de la batterie) et le guïro (percussion striée raclée de forme ogivale) font monter le rythme jusqu’à la transe, jusqu’à ce que le chanteur blanc n’entame cette hymne au plaisir qu’est la salsa d’un « A Gozar » (on va s’amuser). En réponse, le public des premiers rangs saute en l’air bras levé au son du trombone moelleux sur le rythme de la cowbell. La chanson s’appelait « Camina ». Elio Revé harangue la foule des danseurs « Francia !», compte les temps « un dos tres », appelle le tchatcheur « blanco » (blanc) sur la clave du changuï, où les timbales se font plus mélodiques.

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La mise en place et en rythme des chanteurs et le contrechant des trombones en fond sonore rauque et doux est impressionnante devant une mer caraïbe de bras et de mains suivant leurs danses comme les tentacules d’un poulpe caraïbe dans l’âme de gauche à droite. Et soudain, ce qui ne se produirait dans aucun concert de Rock advient : Alicia, une danseuse du public se hisse jusqu’à la scène avec l’aide des musiciens et de ses amis et se met à danser en ondulant mieux encore que Shakira elle-même sur le mot « vida », et est même remerciée de sa prestation par les musiciens d’un « Gracias » qui devient « Gracia…Salsa ». Et si la Salsa était enfin la chance d’une véritable communion chorégraphique et émotionnelle entre artistes et public qu’a rêvé Jim Morrison toute sa vie sans la connaître ? Les rythmes changent, se font « timba » (dernier rythme Cubain des années 80s incarné par « Los Van Van » et « NG La Banda »), puis retrouve la clave, dans laquelle s’intercale le piano caractéristique de la salsa, qui semble toujours semblable et changeant à la fois.

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Autre chanson, autre rythme, avec cette fois le soutien des trombones des trombones en sourdine comme une troisième voix. Une autre fille est montée sur la scène pour les accompagnements chorégraphiques, et sur un rythme plus lent, le chanteur blanc danse avec elle, crie « Casaa !», puis le morceau repart en changuï clave sur les percussions. Les voix, gardent, même dans le chant collectif hip hop de la Salsa des tuilages des questions-réponses encore Africains issus du Guaguanco, que l’on retrouve dans le Gospel en Amérique du Nord, adaptées à Cuba aux métriques espagnoles imposées des colons rappelant le flamenco des gitans, ou plus proche de nous dans le chant Breton des Fest Noz ou le chant des bergers Basques, avec les trombones en fond sonore.

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Dans la ballade suivante, l’harmonie des voix fait presque penser aux groupes noirs « doo-wop » soul américains des années 60s par leur beauté. Mais toutes les musiques américaines étaient écoutées à Cuba à la radio, et avaient leurs pendants cubains. Après un break, le rythme est repris par les claquements de mains. Le frère de Timbalero m’informe que cette chanson s’appelait « De la parta de pelota ». Et soudain, ô surprise, surtout ici à Strasbourg, à la Salamandre et pour un artiste qui n’est pas local, et doit certainement avoir dans sa tournée bien des dates en des lieux plus prestigieux, comme l’Olympia ou n’importe quelle salle parisienne, Timbalero arrive et lui remet… l’équivalent d’un Disque d’Or! Suit la chanson « Moleja de Boloja », puis un changement de rythme annonçant, m’explique le frère de Timbalero, la moitié et la deuxième partie du concert.

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Mais la chanson suivante, je la connaissais sans savoir qu’elle était d’Elio Revé, si ce n’est une reprise, pour avoir dansé dessus au Café des Anges (où je dansais la Salsa solo, mais qui en était, jusqu’à il y a cinq ans, l’un des hauts lieux musicalement à Strasbourg par la qualité de la sélection musicale et des danseuses, dont beaucoup, d’ailleurs, sont présentes ce soir). Après avoir retrouvé cette chanson (ce qui est rare) par hasard sur le volume 3 ou 4 de l’ «Anthologia de La Musica Cubana», c’est en écoutant ses chœurs reprenant à l’unisson «Sa-Sa-Sa Sal-sa Sa-Sa-Sa Sal-sa » sur le rythme de la clavé cubaine que j’ai enfin compris ce motif rythmique qu’un ami percussionniste essayait vainement de m’expliquer par d’innombrables jeux musicaux, et elle reste donc l’une de mes salsas préférées pour ce qui est des chœurs (« Sa-alsa Tie-ene »), des accompagnements et du solo de trombone relevant la sauce et du piano tant dans leur harmonie que dans leur construction, leur énergie et leur diversité. Le public tape dans ses mains au rythme de la clave sur le mot «Arrollando», tandis qu’Elio Revé en redemande (una uya uya uya! : encore une fois !) et harangue le public sur le solo de piano.

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La chanson suivante, m’informe un danseur, s’intitule « Katzo Douro» et a la forme d’une timba, puis prend celle d’un punto (style de danse espagnol joué XIXème sicle par les orchestres à cordes proche de notre menuet), le piano restant en clave, sur des paroles en Congo Bantou héritées des origines africaines des esclaves noirs cubains utilisé dans le Guaguanco, mais qui dont les langues ont évolué à Cuba différemment des dialectes africains de ces régions, au point d’en être incompréhensibles, entrecoupés d’encouragements en espagnol (dise suave !) sur un changement de rythme, et se termine par les applaudissements encouragés par Elio Revé par des «applauso !» terminant le concert.

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Mais le groupe revient pour les bis, les cuivres jouant à pleins poumons sur des rythmes variés où piano et contrebasse intercalent leur « tumbao », tandis que les choristes continuent d’énoncer les mots de la chaleur (Caliente) et de la danse (Cintura : ceinture), rejoints par les danseuses du public sur scène, telles un arc-en- ciel coloré, l’une d’elle dansant en tenant sa bouteille d’eau (indispensable dans la chaleur torride des premiers rangs) entre ses dents, sous les applaudissements du public, le thème étant repris en clavé au mot de « Candela » («chandelle», « feu », et titre d’une chanson qu’avait chantée Ibrahim Ferrer avec les « Afro-Cuban All Stars » dans le film « Buena Vista Social Club »de Wim Wenders).

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Le second bis commence comme une ballade en introduction, puis devient plus rythmé alors que les trombones font monter la sauce et « se continuo » (continue), par un solo de très ponctué d’onomatopées «Ouille Ouille Ouille !» s’adressant tant à la lusique qui’aux danseuses.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 29 janvier 2008

L'accordéoniste bulgare MARTIN LUBENOV et son Orkestar jouent leur Salsa Balkanique à Pôle Sud

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La Bulgarie est coincée entre l’Orient de l’Empire Ottoman qui l’a dominée durant cinq siècles et les traditions Slaves ou Tziganes de l’Est. Mais cela ne doit pas faire oublier l’ancienneté des cultures de cette région, qu’on appelait la Thrace dans l’antiquité. C’est là qu’on trouvait la florissante Cité de Byzance, là aussi, selon la légende, que le poète, chanteur et musicien Orphée descendit chercher sa bien-aimée Euridyce dans les Enfers, par un passage qu’on situerait dans les antres de la Grotte Trigradska.

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La musique Bulgare a beaucoup évolué depuis les vingt dernières années, du tube de Marcel Cellier « Le Mystère Des Voix Bulgares », se limitant aux ensembles vocaux féminins, aux orchestres de mariage dont la star le clarinettiste d’origine tzigane Turque Ivo Papazov, capable d’imiter sur son instrument la zurna turque ou la cornemuse, joue aussi bien à des mariages décalés les jours de semaine pour s’assurer sa présence et où se pressent deux cent personnes non invitées, que dans les festivals de Jazz les plus prestigieux à travers le monde, et dont l’album « Balkanology » a reçu les compliments de Frank Zappa lui-même dans un article.

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Lubenov_Veselina.jpg Lubenov_Orkestar_CD.jpg A 25 ans, l’accordéoniste Martin Lubenov fait partie de la jeune génération de musiciens bulgares qui n’ont plus honte de devenir musiciens de Jazz pour la liberté dans l’improvisation et la virtuosité, sans perdre néanmoins la spécificité rythmique et mélodique de la musique Bulgare, mais en y intégrant aussi des influences extérieures comme la Salsa ou le Tango. Il a fait ses études au Conservatoire de Sofia, puis de Vienne, avant de monter à Vienne son quartet de Jazz Balkanique le «Jazzta Prasta Band » composé de Nenad Vassilic à la contrebasse, Vladimir Karparov au saxophone et Ventsislav Radev à la batterie, et comme invité Pejo Peev à la gadulka, luth piriforme bulgare aux cordes sympathiques et d’enregistrer le disque « Veselina », récompensé par un « Austrian World-Music Price » en 2005 et signalé par le magazine britannique « Songlines », puis de revenir à Sofia plus récemment pour former son «Orkestar » avec Neno Iliev, un Tzigane, au chant et aux percussions (darbouka et peau de conga), Zhivko Stonatov à la clarinette, Nikolaï Antov à la guitare, Asan Radev à la trompette et au saxophone (absent au concert), Sebastien Thaler à la contrebasse et toujours Ventsislav Radev à la batterie. C’est avec cette formation qu’il se produisait ce vendredi 25 janvier à « Pôle Sud » pour leur première date en France.

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Le concert débute par «16/8 », composé pour le « Jazzta Prasta Band », montrant la complexité rythmique de la musique Bulgare en dépassant les 4/4 du Jazz classique par un rythme en 16/8, pris sur un tempo d’enfer par le clarinettiste Zhivko Stonatov, puis le jeune joueur de darbouka tzigane Neno Iliev dont la tête rappelle les influences remontant jusqu’au Rajasthan, en Inde, de ce peuple voyageur.

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Son origine Tzigane transparaît également dès qu’il chante debout le second titre, dans sa voix puissante et bouleversante, qui arrive à trembler dans les aïgues tout en gardant toute sa puissance et tenant la note, mais est encore claire et pas encore cassée comme souvent celles des chanteurs et chanteuses tziganes plus âgés, aussi entraînante dans les morceaux rythmés («Mi Romnori ») que bouleversante dans les ballades (« Dui Droma ») où la clarinette se fait presque pop, rappelant les succès de Goran Bregovic pour les films d’Emir Kusturica, tandis que l’accordéoniste Martin Lubenov cite un succès pop au détour d’une chanson, comme les critiques Jazz ou Traditionnels Bulgares reprochaient souvent à Ivo Papazov de le faire, pour le plus grand plaisir de son public bulgare populaire qui aimait ces citations émaillant ses improvisations de clins d’oeils qui leur rappellent des chansons qu’ils ont aimée.

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Ces musiciens ont abandonné les costumes traditionnels pour de simples costumes noirs, identiques à ceux de musiciens de Jazz d’où qu’ils viennent par commodité. Question couvre-chefs, Martin Lubenov porte un béret noir à la Che Guevara dont on ne voit pas l’étoile, et le batteur Ventsislav Radev, élément le plus « Jazz » du groupe mais capable aussi de rythmes plus exotiques, est en T-shirt avec une casquette comme celle des rappeurs.

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Ils ne sont plus seulement des musiciens bulgares traditionnels ou des musiciens de Jazz à l’américaine, mais peuvent aussi emprunter à d’autres musiques même très lointaines et les mélanger, comme le Tango sur un rythme de guitare reggae. Même la Salsa ne les effraie pas, devenant une gigantesque « descarga » (Jam-session à la cubaine) rythmique où chacun improvise tour à tour sur le titre « Salsa Yu », où l’accordéon prend dans l’introduction des accents de musette émouvants sur les rythmes exotiques de la guitare Jazz manouche (plutôt calme comme sur le disque « Vésélina », dont la version s’avère n’être qu’une base ébauchée, prétexte à improvisations scéniques) , avant que la clarinette ne fasse exploser tous les carcans de genres par un solo free libérateur modulant dans le style Balkanique comme le clarinettiste français Julien Lourau a appris à faire avec le pianiste Bojan Z(ulfikarpasiç), aux origines partiellement bulgares. Mais le morceau de choix est la joute rythmique entre les deux percussionnistes, qui rallonge l’improvisation d’une bonne moitié, relançant chacun des autres pour un autre solo dans une transe collective. Neno Iliev y alterne darbouka et un étrange instrument qui semble être la peau supérieure d’une conga sans le corps du tambour (mais tambour oriental « daf » posé sur trépied aurait un aspect similaire de loin). Le batteur Ventsislav Radev commence par assurer le soutien jazz avant d’entrer dans la danse après tous les autres pour un solo tellurique tout en restant exotique, utilisant même ses baguettes comme une paire de claves cubaines (petits bâtons de bois dur) pour assurer cette base rythmique de toute la musique cubaine et faire repartir toute l’improvisation pour un autre tour de piste, où l’accordéon de Lubenov se fait « squeeze-box » des gigues irlandaises, Radev utilisant ensuite ses cymbales pour produire les sonorités clapotantes d’un steel band (bidons de pétrole martelés dans les Caraïbes anglaises à Trinidad et Tobago) . Ce morceau fut en lui-même un festival de rythmes et d’improvisations entremêlés pour la plus grande joie du public, qui manifesta son plaisir en réclamant non pas un mais deux bis se terminant sur un air de mariage.

Bref, un concert de musiciens virtuoses prouvant que la musique Bulgare évolue bien au-delà de ses frontières géographiques, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir des musiques du mondes, si elle venait à faire école.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi 26 novembre 2007

TOUMAST: Le Nouveau Groupe de Blues Funky Touareg en concert à La Salle Du Cercle de Bischeim

Autrefois, les Touaregs vivaient librement dans le désert du Sahara. Leurs caravanes transportaient à dos de chameaux le sel de la Méditerranée qu'ils échangeaient en Chine contre le thé vert, puis repartaient échanger ce thé contre le sel sur la Côte. Hélas, après le Sahara fut partagé lors de la colonisation pour des raisons économiques et géopolitiques par les états Européens entre le nord du Mali, le Niger et le Burkina Faso, frontières pour eux obsolètes car leur vrai pays est le désert qu'ils voulaient continuer à parcourir librement. Au début des années 60, ils refusèrent en vain d'être rattachés au Mali et au Niger.

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La décolonisation de ces pays acheva de les priver de toute indépendance, leur désert étant partagé entre différents états et la politique répressive du Mali et du Niger radicalisa leur lutte. Dans les années 70s et 80s, sècheresse et famine les forceront à s'exiler vers le sud de l'Algérie et la Libye. On appelait alors "Ishumar" (du français "chômeur") les jeunes touaregs errant de ville en ville en quête de travail, loin de leur famille. De 1990 à 1992, le Front Touareg lancera une offensive sur le nord du Mali et du Niger, conflit qui se termine en 1992 au Mali et 1995 au Niger par la démocratisation des régimes. Le Colonel Khadafi leur fournira des armes automatiques, et ils découvriront également la guitare électrique adoptée par les groupes de Blues Touaregs, comme le premier d'entre eux, Tinariwen, monté autour d'Intidyeden et Ibrahim Abaraybone.

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Toumast s'est créé dans les années 90s autour de Moussa Ag Keyna, qui, grièvement blessé après des années de lutte et de maquis, est évacué en France et bientôt rejoint par sa cousine Aminitou Goumar. C’est la rencontre avec le compositeur, arrangeur et réalisateur Dan Levy (basse électrique, claviers et saxophone) qui permet l'enregistrement en 2006 de leur premier album "Ishumar". Le style de ce nouveau groupe Touareg est plus funky, plus Rock, moins Blues que celui de Tinariwen, et rajoutant les avancées technologiques de légers effets électroniques.

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Conviviale, La Salle Du Cercle de Bischeim proposait à l’entrée un thé à la menthe gratuit, que je qualifierai selon le rituel Touareg auquel m’avaient initiés des amis à leur retour du Niger en 1996 de « doux comme la vie » (le contraire étant « amer comme la mort » quand le thé est très foncé, puis « tendre comme l’amour »), peut-être parce que très passé et donc très clair, à cause de l’heure tardive.

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Moussa Ag Keyna entre sur scène, d’abord seul, vêtu du costume traditionnel noir noué derrière sa tête, qu’on pourrait croire trop chaud pour la scène et ses projecteurs, mais qui dans le désert protège autant des chaleurs du soleil ardent qu’il ne laisse pas traverser que de la froideur des nuits. Il chante le blues le plus dépouillé de l’album, « Ezereff », où il dit que tout ce qu’il désire est d’attacher ses chevreaux et seller son chameau Ezereff, pour rejoindre sa bien-aimée dont parlent même les marabouts, nostalgie de la vie simple des Touaregs. Ses doigts égrènent les cordes de sa guitare comme les perles d’un chapelet.

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