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samedi 26 avril 2008

Le groupe « FUNKY SKUNK » chauffe L’Artichaut à blanc

Voici tout d’abord l’épique viatique qui invitait à ce concert à l’Artichaut :

« L'histoire se passe à Amiens. Un maître du jazz-funk ayant fui les Etats Unis est assassiné par son rival. Splinter, qui a appris à jouer du Fender Rhodes en l'observant, se réfugie dans les égouts. Il y recueille 4 bébés musiciens tombés là par accident. Exposés à une substance radioactive étrangement funky, les musiciens mutent et se changent en putois. Splinter enseignera alors à chacun la maîtrise d'un instrument dans l'espoir affiché d'en faire une formation de Jazz-funk odorante. Il enseigne à Davidello l'art du Fender Rhodes, tranchant comme une lame de rasoir, à Kennyello la maîtrise de la Jazz Bass, claquante comme une matraque, à Raphaëlo les techniques des saxophone alto, soprano, de la clarinette basse, cinglants comme des étoiles de Ninja, et à Joslinello les secrets du break improbable, percutant comme la foudre... Ainsi naîtra le groupe Funky Skunk ! »

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On est en pleine Héroïc Fantasy Archéo-Généalo-Spatiale, je vous le concède, d’autant que ce texte était de la plume des intéressés, repris par la rédactrice du programme de cette petite salle de la Grand’Rue à Strasbourg, où l’on peut boire un verre de vin ou de bière et se restaurer dans une ambiance de taverne chaleureuse d’antan, et dotée d’un caveau bondé les grands soirs et chauffé jusqu’à l’étuve tant par les musiciens que par le public qui s’y presse à tous les sens du terme, aux Jam-Sessions Trad’ ou Jazz, Concerts Pièces de Théâtre ou Expositions. L’espace est exigu mais fait penser à d’autres mythiques comme « Le Caméléon », Rue St André Des Arts, où d’après Daniel Humair, le violoniste soliste Jean-Luc Ponty était pratiquement à quelques centimètres du public, presque sur les genoux des premiers rangs. Indices préalables : Amiens, en Picardie, héberge depuis les années 90s l’un des plus passionnants labels de Jazz récent, « Label Bleu», ayant enregistré au «Studio Gil Evans» et fait jouer à «La Maison De La Culture d’Amiens» Henri Texier, Daniel Humair ou Michel Portal pour les pionniers du Free français, puis le saxophoniste Julien Lourau|C)) de ses débuts à la tête de son « Groove Gang» à son sublime « The Rise » et son pianiste Yougoslave Bojan Zulfikarpasiç, entre d’innombrables autres (200 disques publiés à ce jour). Terreau prometteur donc, du Jazz et de ses dérivés les plus Funkys.

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Deuxième indice : «Funky » à tous les sens successifs du terme, de l’insulte blanche raciste de la fin de la XIXème siècle des blancs évoquant l’odeur fantasmée des Noirs, mélange de musique, de sueur, de sexe, de violence et de danses héritées de l’Afrique:« Funky ». Ce terme, colporté par les bluesmen itinérants jouant pour la danse dans les fermes, fut repris et assumé fièrement dans les années 50s par des musiciens du « Hard Bop » : Horace Silver, avec son "Opus De Funk" ou Art Blakey et l’écurie « Blue Note », créant un Jazz par des noirs, pour les noirs, remettant au goût du jour les rythmiques du Gospel et du Rythm’N’Blues, que les blancs leur avaient pris sous le nom de Rock’N’Roll, enfin le Funk tel que nous le connaissons depuis son Godfather James Brown dans les années 60s. Eddie Harris après des débuts « Hard Bop Funky » électrifia son saxophone en 1963, suivi dans les années 70s par des Jazzmen « funkys » électrisés avec Miles Davis aux coupes de cheveux afro dignes des Jackson Five (regardez-moi Herbie Hancock période « Headhunters » !) créant les grandes heures du Jazz-Rock, Funk ou tout simplement Fusion.

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Troisième indice : « Skunk » : putois en anglais (comme l’ami « Fleur » de Bambi), animal puant s’il en est, déjà utilisé par les Brecker Brothers dans une de leurs compositions « Some Skunk Funk », reprise peu avant la Mort de Michael Brecker : Du Funk puant de chez puant, comme un putois! "Funky Skunk" est aussi le titre d'une composition de Fred Wesley, musicien de Jazz qui fit sa carrière Funk chez James Brown.

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Fréquemment déçu par de telles annonces, j’y allais, m’attendant à de la gentille fusion Jazz Funk jouée à la sauce approximative actuelle, voire Hard ou Rock, probablement basé sur l’électricité guitaristique saturée de larsens bruitistes ou une basse à la Red Hot Chili Pepper, mais très loin des bonnes vibrations de mes héros de la Fusion des 70ies.

Mais dès mon arrivée Grand’Rue, les amplis extérieurs devaient me rassurer, crachant déjà une musique extraordinaire, plus perceptible par son énergie que par sa musicalité. J’arrive dans le caveau surchauffé à blanc par la foule et la musique.

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Un fender rhodes superposé entre deux autres claviers joue à la Herbie Hancock période Headhunters, propulsé par une batterie métronomique et une basse groovante. Ils diffusent des samples d’extraits de dialogues de films. Le saxophoniste Raphaël Dumont est assis.

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Suit «2,5 L Turbo Injection » introduit par la basse, avant une entrée en scène du saxophoniste, à l’alto, criant à la Eddie Harris dans le col de sa chemise à fleurs pelle-à-tarte fleurant bon les souvenirs imaginaires et fantasmés des 70ies. Le bassiste est ch'nor'américain, Kenny Ruby. Au saxophone soprano, le saxophoniste se fait plus Breckerien, chantant avec un son mouvant, suivi par le public qui tape dans ses mains en mesure en soutenant ses riffs ravageurs. Puis le saxophone se fait plus mélodique, nimbé des nappes du clavier, sur la basse avançant groovy et les ras de la batterie de Jocelyn Soler.

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A cette énergie succède la décontraction du claviériste et Monsieur Loyal comique, David Monet : « Qu’est-ce qu’on pourrait vous jouer ? » et un autre titre toujours très comique «Soif De Slip» (ils ont aussi joué "Arnac La Poste" (c'est quelque part en France, et ils ont joué ce titre à Beauvais avec le groupe d'Electro Funk'N'Roll Srasbourgeois Enneri Blaka, titre sur leur "My Space")), qui débute par des claviers très « Blaxploitation» et se poursuit par un solo de saxophone groovy mais mélodique de l’alto à la Macéo Parker période James Brown (au sein des JB's et « You can have Watergate, but gimme some bucks and I’ll be straight !», qui se poursuit dans des harmonies magnifiques que prolongent les résonances des claviers de plus en plus cristallins pour accompagner la belle voix soul du claviériste, épousée par le saxophone sur un tempo de lente ballade.

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Ce funk a décidément les qualités mélodiques du Jazz et l’énergie collective dans l’improvisation d’un vrai son de groupe. Chacun y a sa place : les claviers font rêver l’âme à des espaces inconnus, tandis que les autres font danser les pieds, la basse groove étant « les jambes » de la musique, la batterie fait claquer des talons, sur le sol rythmique et changeant de ses roulements, sous le soleil brûlant d’un éclat tellurique des cymbales.

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Dans le titre suivant, après un début très Blaxploitation David Monet montre sa voix dans les aigues entre Stevie Wonder et Jamiroquai (qui n’a fait que moderniser efficacement ses découvertes de «Songs In The Key Of Life») avec le saxophone en contrechant. Les sons que Monet tire du clavier supérieurs sont hallucinants, avec de ces échos qui avaient fini par séduire Miles puis Herbie dans ce qu’il prenait pour un «toy » (jouet), puis chante en changeant sa voix à l’aide du clavier par un « vocoder » (dont il avoue maîtriser sur les voyelles et la phrases style « Love You Mama », plus que les « t ») mais aux sons moins synthétiques que Joe Zawinul, pionnier de l’instrument chez Weather Report, dans ses derniers enregistrements comme « Café Andalucia ».

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Le titre suivant est introduit par des dialogues parodiques des films années 50s des Robins Des Bois : à la femme qui demande «Aime-moi tendre, Aime-moi bien », une voix à la Jean Gabin envoyant les crétins tourner sans s’arrêter en orbite dans « Le Pacha » (avec une apparition de Gainsbourg engoncé dans un improbable caban, inventant le rythme Breakbeat dans son "Requiem Pour un Con") répond «Ben moi si tu continues comme ça, j’ vais’ t’ botter l’ cul!». Et le titre s’appelle « Salut Chérie ! » Quelques douceurs 70ies font penser après les samples féminins à un thème à l’érotisme désuet, puis le clavier cause sur le cinglement des cymbales et solo du saxo, nous nimbant dans une voie lactée, rêveries dont nous tirent ses «Come On !» Fin du premier Set. Il fait chaud et soif dans le caveau. Le temps aussi pour moi de me faufiler à contre-courant vers les claviers, cachés à ma vue par un poteau, pour identifier celui produisant les sonorités les plus étranges: un MOOG, pionnier des synthétiseurs.

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Le pianiste Sun Râ fut le premier à utiliser le MOOG dans le Jazz, en sortant des sons spatiaux servant sa théorie selon laquelle le peuple Noir serait des extra-terrestres descendus du Mars pour apporter la sagesse d’une civilisation plus évoluée à l’humanité. Il en tenait pour preuve la construction des Pyramides d’Egypte par certains Pharaons qui auraient été…noirs, et leur emprunterait ses costumes de scène de la coiffe de Toutankhamon à ses capes serties d’éblouissantes étoiles. Il va sans dire que l’humanité les ait bien mal payés de retour…

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D’ailleurs c’est sur Mars que nous transporte « Funky Skunk » à leur retour sur scène, avec des extraits samplés de « Total Recall » (le film le moins ridicule dans lequel ait joué Arnold Schwartzenegger ?) : « Tu te casses sur Mars… Si je ne me trompes pas tu as une serviette humide autour de la tête.». Une autre composition fera la part belle au « Convecteur Temporel » avec des samples du Doc de « Retour Vers Le Futur».

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Le concert se terminera en « dancefloor », la batterie se faisant drum’n’bass et la basse disco.

Suivra en bis une ballade magnifique, "Vurangoo" à la clarinette basse, à la Portal à Minnéapolis.

Le disque de « Funky Skunk » (5 titres et une jolie pochette de L.A.A.M où le doberman chercheur de « Lycos » auréolé d’étoiles se trouve au premier plan d’un explorateur en jean et bottes contemplant le Taj Mahal sous les anneaux de Saturne, tandis qu’au verso, un extraterrestre rose style Casimir un peu sadiqueest largué dans un paysage Martien par une soucoupe volante Millénium Condor Star Wars assortie!) est sorti sur le label autoproduit de musiques électroniques «ikoz».

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 15 mars 2008

Les Badass’ Funkstarz lancent leur label de vinyls « Badass 45» à L’Elastic

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Depuis plus de dix ans, les Badass ‘Funkstarz font groover les soirées de Strasbourg. Ce collectif sound-system de DJs, à l’origine composé de Sir Jarvis, également saxophoniste à l’occasion et DJ Shann, parfois au fender rhodes, rejoints depuis près d’un an par G-Phil, a une culture Funk /Soul/Afro Beat et Brazil et Boogaloo rare, qu’ils modernisent par des rythmes plus contemporains, empruntés au Break’N Beat anglais ou à la Drum’N’Bass, en les passant aussi parfois sous leur forme d’origine. Le nom de leurs mixtapes vous mettra dans l’ambiance : « Everybody Likes James Brown », « Hellboy Funk » et "Live In Donkey Land » (enregistré lors de vacances en Corse ou Sir Jarvis accompagna un défilé de mode).

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La vie étant trop courte pour eux pour ne pas la partager, ils ont fait venir nombre d’invités comme Quincy Jointz (DJ Hip Hop allemand), Don Mescal (DJ Funk de Lyon avec qui on purra les entendre avec DJ Gruyere ce samedi 15 mars au Soda Bar de Lyon, 7 rue de la Matinière), Jazzman Gerald (DJ anglais fondateur du label « deep funk » « Jazmin Records), DJ Gruyere (DJ «deep funk» espagnol de Barcelone fondateur du label «New Cheese Records ») Malachi Trout (membre du collectif Herbalizer et programmateur Jazz du Jazz Café de Londres), S.M.O.O.V.E (DJ anglais Break’N’Beat auteur de nombreux remixes explosifs sur « Wack Records » et sujet de nos premières « Réflexions sur les musiques électroniques »).

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Le 8 mars dernier, Sir Jarvis lançait leur label « Badass 45 », qui sortira des 45 tours vinyls encore en usage chez les DJ, que Malachi Trout, S.M.O.O.V.E et Gilles Peterson ont déjà intégrés dans leurs sets, à L’Elastic, « meilleur bar se Strasbourg » d’après lui. Il avait invité pour l’occasion DJ No Stress (alias Rock Cee), membre fondateur à Strasbourg de l’une des radios les plus groovies de Strasbourg, RBS (91.9 FM et sur le net sur « http//:rbs.bday.net/index.php»). D'abord radio pirate (dès 1979), RBS obtient sa première autorisation officielle d'émettre en 1982. Ce qui fait de cette station l'une des plus ancienne radio de la région, et même de France. La petite histoire raconte que le nom Radio Bienvenue Strasbourg vient de la Saint Bienvenue, le 30 octobre, jour officiel de la création de l'association. Le nom correspondant parfaitement à la philosophie première de la station qui offre une tribune aux résidents étrangers de Strasbourg.

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Avant l’ouverture du caveau, je crois reconnaître le style Jazz Rock et Brazil du groupe « Return To Forever », mis par No Stress, (Chick Coréa, claviers ; Airto Moreira, percussions diverses ; Flora Purim, chant, l’une des meilleures chanteuses Brésiliennes après Elis Regina), ce que me confirme Sir Jarvis à mon arrivée. Après un titre de Funk et un autre Hip Hop, je reconnais le « What’s Going On », enregistré par Marvin Gaye en 1970 sur l’album Motown du même nom, et qui devait faire du chanteur Soul en 1971 le sage déjà concerné par l’écologie, la guerre du Viêt-Nam et la lutte contre drogue, mais remixé originalement en reggae, tout en gardant la Soul originelle et le tempo d’origine.

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No Stress alterne avec des titres instrumentaux Jazz Soul Funky à la manière de ceux utilisés par Antonioni dans «Blow Up» (Palme D’Or 1967 à Cannes), caractéristiques de la créativité du « Swinging London » des années 60s, où l’on voit également les Yardbirds et un jeune Jimmy Page (y succédant à Eric Clapton et Jeff Beck, qu l’on y voit aussi, avant de former le premier groupe de Hard Rock Led Zeppelin avec Robert Plant au chant et John Bonham à la batterie) casser sa guitare contre l’ampli et la jeter en pâture aux fans.

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Suit un thème bien Blaxplopitation avec des saxos en fond et une voix de Screamin’ Jay Hawkins (le pianiste noir de Rock’N’Roll fou furieux capé avec un os papou dans le nez et au regard de vaudou lançant des flammes avec sa canne dans sa version de «I Put A Spell On You »). Ensuite on se calme avec une perle « Northern Soul » de ce style qui fit des vinyls Funk/Soul une des influences de la techno anglaise par la culture des DJ, d’après Laurent Garnier dans son autobiographie «Electrochoc ».

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Le premier des 45 tours de «Badass 45» (écoutables sous ce nom sur « My Space » ou avec ce même article en sampler sur "Drum'n'Bass.Net" dans la section "Tribune Libre", «Stronger Than Melody », reprend « En Mélody», l’avant-dernière chanson de «Mélody Nelson», concept-album de Gainsbourg, enregistré avec Alan Parker (guitare ), Brian Odgers (basse), Douglas Wright (batterie), Alan Hawkshaw (claviers), Jean-Claude Vannier (orchestration) enregistré aux studios Marble Arch de Londres du 21au 23 Avril 1971. Sur une histoire inspirée du « Lolita » de Nabokov, le narrateur (Gainsbourg abandonne le chant pour ce qu’il appellerait « talk over »), au volant de sa Rolls (un clip de Jean-Christophe Averty existe, tourné au petit matin, où il est au volant de la «déesse d’argent» et passe du trottoir de gauche à celui de droite, n’ayant jamais passé le permis !) renverse une nymphette à vélo « aux cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle) interprétée par Jane Birkin (qui a joué dans « Blow Up» avant de le rencontrer sur le film « Slogan » où elle jouait sa « petite briseuse de ménage ») sur la pochette, dont on entend les rires de chèvre hystériques dans « En Mélody ». Dans un document télévision, elle lui demandait pourquoi il la faisait mourir à la fin, et il répondait : « Pourque notre amour soit éternel ». Je reste persuadé que c’est la seule vraie période de bonheur de sa vie. Dans «En Mélody», elle veut revoir « le ciel de Sonderland. Elle prit le 707, l’avion cargo de nuit. Mais le pilote automatique aux commandes de l’appareil fit une erreur fatale à Mélody». Le narrateur scrute le ciel comme les papous guinéens qui tirent sur les avions à coups de sarbacane. La basse et la batterie, notamment sur En Melody, sont résolument funk. Ce titre « En Mélody » peut être considéré comme le premier morceau de Rock Français, car ne devant rien dans son jeu au rock anglo-saxon. Téléphone, plus tardif, ne sont que des « Rolling Stones » à la française. Et le groupe Noir Désir joue encore comme cela. Dans la version des Badass’Funkstarz, le titre est mixé avec l’excellente chanteuse de Soul anglaise Amy Whitehouse sans occulter les cris de chèvre originaux de Birkin. Cela fait mervei_lle, et on croirait que le titre a été composé ainsi…

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Un autre de ces 45 t, « You Better Shake » tire son titre de soirées des Badass’Funkstarz et de leur page « My Space » les annonçant organisées au « Café Des anges » de puis novembre dernier tous les jeudis pairs. Le flyer précisait les sens et implications chorégraphiques, psychologiques et vitales du mot « Shake » : « secouer – agiter- faire des mouvements vifs - sortir de son inaction en se libérant de son angoisse, torpeur, paresse - tenter de se débarrasser d’un joug, de la routine, des préjugés – mener quelqu’un pour l’inciter à agir – réagir contre le découragement, l’inertie ». Sur une base touffue de percussions brésiliennes et de congas et de beats et une basse electro- new-wave, dans le raffût enthousiaste d’une foule en délire des voix masculines et féminines issues de la techno, donnent les temps de la danse, invitent à entrer dans le groove, James Brown leur répond en hurlant, une guitare Rock inattendue ranime la sauce, puis les voix s’électrisent en monstres inhumains, rythmes vocaux. Ce titre est une bone description de leurs soirées, et un amuse-gueule efficace au suivant.

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« Heat wave Drummers» ou « Martha’s Drummers » mélanges des rythmes afro-cubains, les cuivres du boogaloo (mélange de Rythm’N’Blues et de rythmes latins) de la « Latin Soul » du label Fania aux trompettes assourdissantes qui devait donner lieu à la « Salsa », la voix d’une chanteuse de funk/Soul noire et ses choristes et les imprécations extatiques d’un percussionniste sorcier (Mongo Santamaria ?) tenant lieu d’MC au naturel, auxquels viennent s’ajouter quelques mesures vocales d’ «Agogo », tube percussifs brésilien des dancefloors relayé par RBS dans les années 90/2000s. Et là encore le mélange prend, même s’il surprend. Ce qu’aime faire Sir Jarvis, c’est mélanger des petits bouts de tubes kitsch que chacun de nous aurait honte d’écouter tels quels et les rendre méconnaissable en les mélangeant à d’autres éléments hétéroclites. Quand il dévoile les influences, on est souvent surpris d’avoir aimé ça. La méthode consiste, à ce que j’ai cru comprendre, à isoler les éléments constituant d’un titre (rythmes, basse, voix, cuivres) et les remplacer par d’autres.

« Freaky Grapevine » reprend sur un rythme irrésistible de percussions une version féminine d’enfer de « I Heard It Through The Grapevine », premier succès de Marvin Gaye, les cuivres de « Work Song» de Nina Simone reprise par Claude Nougaro dans son « Sing Sing » sur un fond sonore de vocaux boogaloo tapant des mains aux trombones assourdissants.

« Makin’Jill Nervous » allie des saxophones intenses et originaux d’une liberté empêchant de les classer dans un style ethnique, Jazz ou Funk ou peutêtre tout ça à la fois car tenant autant des barissements des éléphants d’Afrique que du vibrato klezmer ou tzigane appliqué au Rythm ’N’ Blues, ou des musiques kitschs d’André Popp dans la lignée des films de Russ Meyer , accompagnant en fanfare une chanteuse Soul revendiquant la liberté de son âme sur une basse northern, avant un solo de batterie broken. Et tout ce beau monde se bringuebale ensemble comme s’il était né sur le même continent.

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On retrouve la Fania avec « Fania’s Brothers Workout » dont on entend les cuivres de films sur une rythmique plutôt cool voire kitsch, des murmures soul accompagnent un solo de saxophone, puis entre en scène une chanteuse Soul qui semble avoir tout vécu à entendre l’émotion de sa voix même plus éraillée, James Brown vient y danser et crier avec elle.

« Stubborn Son Of Marvin » est un autre remix de Marvin Gaye Soul sur une rythmique breakbeat soutenue de percussions avec une guitare aux soubresauts funk/soul ouatés.

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Le 21 mars, Sir Jarvis sera au festival « Bol De Funk » à Marseille au Cabaret Aléatoire Pour les Strasbourgois, « Badass 45 » sera le 29 mars à La Salamandre, le 3 avril à L’Elastic, le 26 avril à L’Elastic avec Tobias Kirmayer, puis le Sound System prendra ses quartiers d’été en plein air : le 23 mai à Haguenau en plein air et le 16 juin aux Pelouses Electroniques du Jardin Des Deux Rives.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 8 janvier 2008

LES BONNES VIBES DE ROY AYERS EN CONCERT A LA SALAMANDRE

Roy Ayers est né à Los Angeles le 10 septembre 1940. A cinq ans, il assiste à un concert du vibraphoniste Lionel Hampton qui lui offre une paire de mailloches. Mais ce ne sera qu’à 17 ans qu’il commencera vraiment à l’instrument. Egalement influencé par le vibraphoniste bop Milt Jackson ou Cal Tjader, il est voisin et contemporain du vibraphoniste Bobby Hutcherson.

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Dès 1958, il joue avec Phineas Newborn JR , Teddy Edwards ou Leroy Vinnegar, puis, en 1963, il forme un quartette avec Hampton Hawes, est engagé par Gérald et Jack Wilson, puis en 1966 par Reggie Workman ( bassiste de John Coltrane) le persuade de se joindre à une Jam-sesion au Lighthouse d’Hermosa Bech, où il rencontre le flûtiste Herbie Mann, avec qui il restera quatre ans, avec des disques très jazz-rock, -soul ou –funk, et des incursions latines du côté du Brésil, dont le chef d’œuvre reste « Memphis Underground ». En 1970, Roy Ayers quitte Herbie Mann pour monter son propre groupe à New York, « Ubiquity », un mot qui lui va très bien, puisque sa musique mêle déjà Jazz, Rythm’N’Blues puis Funk, Gospel, Rock ou Pop, avec l’obsession de tout faire même chanter avec une voix soul personnelle et émouvante, et d’être de tous les styles en même temps, ce qui est le sens de l’Ubiquité musicale.

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Il touchera également au style « Blaxploitation » (BO de films pour noirs mettant en scène des noirs dans les années 60s/70s) avec sa bande originale pour le film « Coffy », dont est extrait son titre « Coffy Is The Colour », qui ne démérite pas par rapport à celle composée par Isaac Hayes pour « Shaft ».

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Mais son plus grand succès sera « Everybody Loves The Sunshine ». Il fera également évoluer son instrument, le vibraphone, par l’adjonction d’effets électriques, comme Miles Davis le fait à la même époque avec sa trompette, ou Herbie Hancock en inaugurant les claviers « fender rhodes ».

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Dans les années 80s, il fera une tournée en Afrique avec le père de l’ « afro-beat » (mélange africain d’improvisations Jazz Coltraniennes, dans un contexte fun, sur des rythmes de percussions africaines) Fèla Kuti pour l’album « 2000 Blacks ».

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Il continue de se produire et d’enregistrer des disques, invitant récemment pour son album « Mahogany Vibes » les stars du R’N’B/ Hip-Hop actuel, comme Erikah Baduh.

Le 19 décembre dernier, il était à La Salamandre de Strasbourg avec son groupe composé du vocaliste soul John Pressley, du claviériste et saxophoniste Ray Gaskins, co^père depuis plus de dix ans qui est aussi par l'Angleterre pour quelques tracks à la période de l'"acid jazz", du bassiste électrique Donald Nicks, du batteur Lee Pearson, et du jeune guitariste blanc les ayant rejoints d’Angleterre, Michael Anthony Smith, devant un parterre de fans, pour sa seule date en France avec Paris.

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Le concert commença par « Searching », qu’il a repris en 2004 dans son album « Mahoganny Vibes » en duo avec Erika Baduh, avec un solo de saxophone du Rythm’N’Blues au Funk, puis il enchaîna directement comme James Brown dans « In The Jungle Groove » sur un thème plus rapide et rythmé, «Can’t You See Me ?», titre sur lequel il s’était essayé au scat, et sur « Gimme Do », un titre plus comique avec choristes dans sa version originale, ici avec un solo de guitare. L’ensemble est moins arrangé qu’en studio dans les années 70s, mais plus puissant rythmiquement et plus entraînant et dansant pour le public, ce qui est une formule efficace pour actualiser ses anciens titres, sous un orage de percussions stromboscopiques lancées par le vibraphone comme le faisant son maître Lionel Hampton avec sa section de cuivres à la période swing. L’énergie est ensuite tempérée par un morceau instrumental plus cool extrait de « Mahoganny Vibes », qui devient au final de plus en plus rythmé, où la guitare cite le standard « Summertime », tandis que le vocaliste frappe manuellement une cowbell, sous les pétarades cinglantes de la batterie en transe. Même dans les ballades, la section rythmique reste riche, vivante, et ses rythmes syncopés sont atténués par la douceur des vocaux soul à la Marvin Gaye, ses deux éléments étant dans une continuelle tension qui retient l’attention, et que Roy Ayers et son vocaliste font monter en se répondant «Yeah!» rappelant les vocaux à double-détente de James Brown et Bobby Keys sur « Soul Power », bientôt repris par le public. Le saxophone déboule en torrent à l’unisson, part en free sur une batterie de plus en plus obstinée.

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Roy Ayers enchaîne avec une chanson d’amour, qui s’applique aussi à son public, il nous aime comme dans les années Peace, Love & Soul, comme le saxophoniste Macéo Parker vu dans cette même salle dans les années 90s, à laquelle les lueurs mauves de la boule à facettes donnent des allures de Fillmore East Auditorium, quand le fender rhodes évoque Herbie Hancock dans « Bitches Brew » de Miles Davis. Roy Ayers s’adapte à l’endroit, changeant son « We Live In Brooklyn , Baby », en « We Live in Strasbourg, Baby », plus Blaxploitation, les synthés remplaçant les nappes de violon de l’original sur un solo de saxophone « smooth », avant un matraquage progressif de la batterie qui fait monter progressivement l’intensité musicale, le vibraphone de Roy Ayers sait à la fois dessinant des paysages stellaires pour l’oreille avant de ramener nos pieds bien ancrés sur le sol par une transe terrestre.

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Mais la plus grande surprise fut quand Roy Ayers reprit le thème Bop de Dizzy Gillespie « Night In Tunisia », annoncé comme un thème des années 40s, mais en lui appliquant le traitement le plus moderne du concert, commençant en samba avec la basse de « Break On Through » des Doors sur un tempo hallucinant de vibraphone électrifié, très différent de celui très discret de Milt Jackson sur la version de Dizzy. La section rythmique se fit quasiment Drum’N Bass pour soutenir le solo de saxophone free, qui partit dans un medley instrumental de chants de Noël de « Jingle Bells » à « My Favourite Things » (dont les versions très libres de John Coltrane ont fait oublier les paroles mais que Luther Vandross reprit dans un album de Noël). Le solo de basse, après des slaps funkys à la Jaco Pastorius, me rappelant ceux du bassiste du groupe funk de Billy Rush accompagnant Serrge Gainsbourg au Casino De Paris dans la tournée de l’album « Love On The Beat », rebondit sur la ligne de basse célèbre de « Night In Tunisia » sur un tempo guilleret, suivi d’un solo de percussions de l’Afrique à la force du poignet sur la scène désertée. A son retour sur scène, Roy Ayers qualifia sa joie de « just like having sex », avant d’enchaîner sur l’une ses plus fortes compositions « Don’t Stop The Feeling », mais que pris dans ce concert passionnant on avait oublié d’attendre, au début électro-disco plus rapide que l’original, puis plus Hip-Hop dans ses vocaux. Des hordes de mobiles toutes générations confondues photographient pour l’immortaliser le groove en action. A la dernière recommandation « Just Stay Together », répondit le titre « Love Will Bring Us Together » sur une base de synthés électro, prenant une dimension collective appliqué au public, alors que je le croyais juste sentimental lorsque je dansais sur son tempo disco et sa voix au caveau du «Café Des Anges» où le DJ « El Gilson » le programmait tous les soirs, ignorant alors tout de Roy Ayers. De la même manière, on n’attendait plus son tube planétaire « Everybody Loves The Sunshine », introduit d’un « YOUR Love Is OUR Sunshine », où Roy Ayers lève les bras, avant de partir dans un scat multi-ethnique, repris en chœur par le public, comme une nouvelle langue collective improvisée dont ils seraient à la fois les enfants du Soleil et de l’Amour.

Bref, à 67 ans, Roy Ayers a prouvé qu’il pouvait encore faire vibrer et surprendre, qu’il portait en lui toutes les périodes du Jazz Swing ou Be-Bop, et jusqu’à la Soul, au Funk et au Hip-Hop, voire à l’Electro, que toute cette « Great Black Music » était bel et bien vivante et actuelle, ce qui est rassurant.

Jean-Daniel BURKHARDT

mardi 16 octobre 2007

Hocus Pocus: Accoustic Hip Hop Quintet , Steppah Huntah et Jimi Ténor Live à L'Ososphère

La meilleure surprise de ce Vendredi 28 septembre, premier soir du festival de l'Ososphère à La Laiterie de Strasbourg, plus voué aux musiques électroniques, mais dont la programmation cache quelques groupes live originaux, fut le groupe Hip Hop Nantais "Hocus Pocus", servi par un VRAI groupe de scène, ce qui est aussi rare en France qu' Outre-Atlantique (exception remarquable des années 90s, un peu oubliée, les "Smokin' Suckaz With Logic" dont on a plus entendu parler depuis, servis par une section rythmique basse batterie live), "Accoustic Hip Hop Quintet" comme l'annonçait l'un de leur premier EP, rompu aux subtilités du Jazz, de la Soul et du Funk (piano-fender rhodes/guitare/basse/batterie) en plus du MC 20 Syl aux textes positifs et au flow chantant et musical et de DJ Greem aux platines brillant par sa musicalité dans les scratches et l'originalité de ses samples éclectiques.



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Ils ont déjà sorti en en 2001 leur album "73 touches" et viennent de sortir le 8 octobre "Place 54". Sur "73 touches", le titre éponyme est un magnifique hommage aux grands du Jazz comme Billie Holiday ou Miles Davis et leur lutte dans une Amérique encore ségrégationniste. Le très original "Pascal" racontait la vie d'un billet de banque (idée déjà exploitée par Bernard Lavilliers à ses débuts) volé, joué, perdu, niché dans un soutien-gorge avantageux, copié, pour finir par "C'type mal rasé m'a crâmé sur un plateau téle et j'suis mort en héros", référence discrète et subtile à une provocation de Serge Gainsbourg.

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Sur la chanson "J'attends", on aurait cru, à l'écoute du disque que la magnifique voix soul reprenant en contrechant "I'm Waiting" était un sample d'un grand chanteur soul, tant elle était belle et émouvante. Surprise sur scène, elle s'avère être celle du guitariste, qui s'avère très polyvalent, quoique discret: on le devine capable de jouer Blues, Jazz, Soul ou encore Funk. 20 Syl dépasse lui aussi les attentes d'un MC en se révélant un authentique chanteur, très musical dans son flow (partageant cette capacité d'improvisation vocale avec Nyah, chanteur d'Erik Truffaz, et Kokayi Outre-Atlantique, membre d'Opus Akoben et des "Metrics" du saxophoniste Steve Coleman), capable également d'effets bucaux plus bruitistes par sa maîtrise de la technique du Beat Box, et tirant d'un mini-clavier des sons très originaux.

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Les chansons du prochain album "Place 54" (sorti depuis le 8 octobre) s'avèrent tout aussi prometteuses. Dans l'une d'elles, 20 syl parle du Rap US Américain, déplorant la vulgarité de son vocabulaire ("trop de mots comme "shit", trop de mots comme "fuck", trop de mots comme "bitch""), puis avouant: "Mais y'a aussi des mots en anglais que j'aime: des mots comme "Love", des mots comme "Peace", des mots comme "Jazz", des mots comme "Soul", des comme "Funk", des mots comme "Hip Hop". Hocus Pocus semble avoir remis dans le rap la tolérance et les idées positives et généreuses du "Peace & Love" hippy des années 70s, mais ce fantasme nostalgique très personnel n'engage que moi. Toujours est-il que le Hip Hop d'ici et d'ailleurs devrait prendre exemple sur cette belle générosité positive pour sortir de l'ornière de la provocation gratuite et des stériles appels à la haine! Autre déclaration d'amour aux musiques noires, ce jeu de mots: "J'aime la Soul, j'la saoû-aoûle/ plus de 3 g d'amour dans l'sang", avec des samples vocaux noirs et soul montrant que cette référence n'est pas qu'une pose et qu'ils connaissent vraiment ce répertoire, ce qui fait chaud au coeur. Enfin, la chanson la plus émouvante à mon sens, tant pour son message que pour le sample lancinant de la voix de Césaria Evora, Diva aux pieds nus Capverdienne chantant son "Petit Pays, Je t'aime beaucoup", répondant à un texte engagé, critique sur la France que 20 syl dit vouloir aimer beaucoup, mais sans pouvoir oublier "ses 60 millions de gosses", son racisme ordinaire, ses 25 000 expulsions de sans-papiers prévues, et concluant l'important n'est peut-être pas seulement que cette jeunesse l'aime, mais quelquefois la France leur dise aussi qu'elle les aime... Pourquoi cet engagement lucide m'émeut-t-il tant par sa part de naïveté et de rêve? Un solo de fender rhodes bien chaloupé nous fait rêver aux douceurs capverdiennes, suivi d'un solo de guitare bluesy. Pourquoi surtout cela semble-t-il tellement plus limpide quand cela coule de source dans la voix de Césaria Evora, qui pourtant parle d'un "petit pays" si pauvre, mais où peut-être on sait encore se contenter de peu, de la joie simple d'un poisson pêché dans la mer, et cela semble-t-il si compliqué chez nous? Question de climat je suppose, à tous les sens du terme, bonne idée de base pour un texte de rap, mais ça a déjà été fait, je suppose. D'un amour à sens unique à d'autres inavoués, la transition vers "J'aimerais" "conjuguer ce verbe au présent" est naturelle, avec un bel accompagnement de fender rhodes et des cuivres samplés et des voix soul en contrechant, qui devient sur la fin brusquement plus énergique quand la guitare part en rock up- tempo, 20 syl invitant le public à sauter en l'air dans une folie collective de mains levées et de cris d'enthousiasme. Les musiciens sont présentés eux aussi comme des danseurs instrumentaux: Matthieu aux claviers en "Travolta des touches blanches et noires" suivi d'un solo Jazz-Rock, Hervé à la basse (encouragé d'un "Hit Me!" plus proche de son initiateur James Brown que de l'imitation palotte qu'en a fait avec le groupe No Jazz Thierry Ardisson dans "Salut Les Terriens") en James Brown, Antoine à la batterie s'illustre par un roulement, David, guitare ("Hit Me") et voix, suivi d'un solo où le jeu des cordes blues se mêle à sa voix soul dans un accord joué/chanté évoquant Jimi Hendrix, DJ Greem aux platines démontrant une fois de plus la rare musicalité de ses scratches (procédé inventé, pour la petite histoire, par le jeune Théodore Wizard écoutant un disque dans sa chambre d'adolescent quand sa mère y entra pour lui parler, et arrêtant le disque avec ses doigts le temps de l'écouter, puis le faisant redémarrer en arrière avec un effet qu'il trouva intéressant, d'après Ariel Kyrou dans "Techno Rebelle") et dont les samples vocaux semblent, vivants, avoir un souffle, une respiration, prendre ou reprendre vie sous ses doigts. Bref un vrai groupe de Hip Hop live capable nous faire danser, rêver et penser, de nous rappeler les musiques qui se sont battues pourque sa parole libre existe: Blues, Jazz, Soul, Funk et Groove et toutes les musiques de l'Afrique déplacée avec les esclaves au large sur des îles comme Le Cap Vert, capable de réinjecter leur énergie communicative et leur émotion dépassant la seule nostalgie dans le Hip Hop actuel, porté par des textes parfois engagés mais toujours positifs, souvent poétiques, bref des références et un bon esprit qu'on espère bientôt partagés par d'autres groupes ici et Outre-Atlantique. en attendant merci à eux d'ouvrir cette nouvelle voie rare et pleine d'espoir qui vaut déjà pour elle-même.

Le festival de l'Ososphère se proposait également de faire découvrir les nouvelles créations visuelles en vidéo et arts visuels de jeunes artistes contemporains ou des oeuvres crées pour l'occasion. Celle qui attira surtout mon attention était une chaise suspendue, sous laquelle se trouvait un échaffaudage aux fins barreaux protègeant des néons colorés. Jusque là rien de spécial. Mais si attiré par les néons comme un insecte ou un papillon de nuit par la lumière on s'en approchait, on entendait le chant d'oiseaux amazoniaques répondant à la présence humaine, diffusée par des hauts-parleurs tapis dans l'ombre que l'on n'eut pas soupçonnés tout d'abord. Moralité: mettez un néon en cage, il chantera comme un oiseau! Avec plus d'exercice, vous aviez l'impression que la musique réagissait à votre présence, comme les ondes d'un theremin à la main qui s'en approche, et en touchant les cordes délicatement ou en y passant une main courante, vous aviez parfois l'impression de composer une sorte de symphonie urbaine et trop sauvage pour se laisser enfermer dans quelque principe que ce soit, d'où l'insondable et pénétrant mystère de la chose, qui m'a fait y revenir plusieurs fois, à chacun de mes passages...

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Plus tard dans la soirée, le groupe de Hip Hop local "Steppah Huntah" se présentait lui aussi dans sa formation Live pour un set hélas trop court entre une heure trente et deux heures trente du matin. Il est né de la rencontre de la pianiste de Jazz russe Oless T (claviers divers et à la voix) et de Steven J, à la fois contrebassiste dans des groupes de Jazz Manouche de la région (l'ensemble d' Engé Hemstetter, notamment) et DJ Funk, Soul et Afro et Break Beat, ici à la basse électrique, complétés de Fabrice Lauer, clarinettiste habitué des comédies musicales manouches du Festival International Tzigane, au saxophone ténor, et de Jazzamar, flûtiste de Jazz du duo New Tropic, bien plus à son avantage dans cette configuration live que cherchant à se faire entendre face aux DJs électros de la Salamandre, enfin, deux MC, une chanteuse noire avec beaucoup de soul et de feeling, épaulée d'un rappeur. Les arrangements, les chansons, les solos, tout était énergique et mélodique, et il faut une grande mise en place aux solistes pour se faire entendre face à un groupe aussi électrique, ce dont ils n'ont pas manqué. Bref, un bon son de groupe collectif mais permettant également aux individualités musicales de se faire entendre.

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Le lendemain Samedi 29 septembre, le concert le plus intéressant était celui de Jimi Tenor & Kabu Kabu Jimi Tenor est un chanteur, saxophoniste et claviériste finlandais, qui physiquement ferait plutôt penser, avec ses lunettes rectangulaires et ses cheveux blonds, à Peter Sellers dans Austin Powers. Mais il arrive sur scène drapé dans une cape stellaire afro digne des théories cosmique de Sun Ra et joue de son fender rhodes de manière toute aussi spatiale que lui. Passionné d'Afro Beat, il joue du saxophone comme le pionnier du genre, Féla Kuti, dont il a d'ailleurs récupéré un des percussionnistes, Nicholas Nettey, pour son dernier disque "Joy Stone" sorti en 2007, et ici pour ce concert, au sein de son trio Kabu Kabu. Sur le disque, le titre "Hot Baby" alterne la chaleur africaine et percussive de l'Afro Beat avec des breaks funky-disco plus lents aux soupirs féminins jouissifs. Faute de choristes féminines sur scène, Jimi Tenor scratcha avec les pales du petit ventilateur de son fender rhodes, modulant de la sorte en s'en servant comme d'une sourdine animée ses vocalises dans les aïgues, les cuivres partant ensuite dans un free groove énergique., puis la guitare se fendant d'un solo digne d'un fim série B des années 60s Swinging London. Vous l'aurez compris, quoique né à Helsinki, Jimi Tenor mérite son titre de nègre blanc de l'Afro Beat Finlandais.

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Paradoxe, il le mériterait même plus qu'"Architecture In Helsinki", groupe pop venu d'Australie sans leurs invités donnant parfois à leurs disques un aspect festif de fanfare électro pop, où pourtant il fait bien plus chaud, me semble-t-il. Des hasards des noms de groupe, de leur origine fantasmée par leurs influences... Plus au Nord encore, les trois chanteuses de Gus Gus dont la principale, plus brune et plus douée avait orné son bras d'une sorte d'aile de libellule et de maquillages de grande prêtresse nocturne du fond des âges, étaient accompagnées de deux DJs dont l'un, barbu et chapeauté de noir, venait parfois tenter de semer la panique en chantant d'une voix d'outre-tombe sur le devant de la scène, en vain.

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On pouvait continuer dans les mélodies Afro Beat et Funk avec la sélection du DJ Nu:Form, dernier rempart de la musicalité contre la techno-BOUM BOUM hardcore ou house qui ne m'inspirait que la fuite avant même de franchir le seuil des salles qui la proposaient...

Jean Daniel BURKHARDT

dimanche 1 juillet 2007

CONTRETEMPS: SUMMER SESSION TRIBUTE à La Salamandre

Avant le concert d'Outlines et le set de Paul Murphy, DJ Link, du duo Nu Tropic qu'il dirige avec le flûtiste Jazzamar bien connu des amateurs de soirées Funk Soul de La Salamandre par ses tentatives pour s'imposer auprès des DJs avec une flûte traversière, méritoires mais souvent noyées dans leur amplification sonore. Ce duo vient de lancer le label Jazzmin Records et d'y publier un album de remixes Brazil, dont "Sambador" avec la chanteuse Anna Torres, remixé par Franck Roger.

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Et il est indubitable dès les premiers rythmes que nous sommes ici avec DJ Link à la source de ces musiques Cubaines et Brésiliennes. Je crois y reconnaïtre la voix haut perchée à la fois presqu'enfantine et vieille comme le monde de Lazaro Ros, chanteur de Guaguanco traditionnel (musique de transe Afro-Cubaine issue de la Santeria (synchrétisme religieux alliant la religion catholique imposée aux dieux africains des esclaves noirs yorubas) à base de percussions et de chants dont la langue transmise oralement a évolué différemment des dialectes africains qui en sont à l'origine, jusqu'à en devenir incompréhensible à eux-mêmes et qui donna naissance à la rumba), mais qui fut aussi ouvert aux autres musiques jusqu'à la pop music qui joua avec le groupe fusion cubain Mezcla un "Akété Oba Oba" repris dans la compilation "Planet Soup". Dèjà le joueur de Congas Bernard Maury accompagne DJ Link en sourdine avec une joie non dissimulée pendant la balance. Coutumier du fait, on l'a vu jouer en live à des soirées Salsa et il a monté il y a quelques années son propre projet solo autour des percussions afrocubaines. Bonne introduction à cette soirée où les musiques électroniques devraient se mêler aux rythmes solaires de la Salsa avec Paul Murphy et de la Musique Brésilienne avec Link. Après un instru Jazz Rock Afrocubain m'évoquant Irakere, le piano obsédant de la Salsa passe en boucle, alors qu'il faut le traquer dans un morceau de salsa derrière les cuivres ou l'attendre jusqu'au solo à la fois rythmiquement répétitif et partant parfois dans des cavalcades de citations de chansons cubaines ou de standards de jazz, mais mixé ici sur un rythme de batucada électronique brésilienne! Voilà le genre de rencontres impossibles que permet le DJ, devenant le plus court chemin entre le Brésil et Cuba, ces deux creusets rythmiques principaux des musiques latines aux traditions inconciliables car géographiquement éloignées par l'Amérique Centrale, les îles Caraïbes de St Domingue et de la Jamaïque et de larges étendues d'eau, Cuba étant une île, mais géographiquement plus proche des Etats Unis et donc du Jazz par la radio que la musique Brésilienne qui fut plus longtemps indépendante dans sa tradition musicale. De quoi faire des pas de salsa d'un pied tout en claudiquant de l'autre comme si l'on dansait sur des braises jusqu'à la schyzophrénie chorégraphique.




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Arrive le concert d'Outlines. Ce combo désormais Parisien a été découvert grâce à leur remix de "Just A Lil Lovin'" finalisé par son chanteur Irfane membre du collectif strasbourgeois "Rising Suns" en y ajoutant une ligne de basse accrocheuse, qui atterrit au QG du label Jazzanova, où le DJ acid jazz Gilles Peterson le découvre, le passe en soirée et le single provoque un buzz jusqu'à l'hystérie collective comme celui des Daft Punk qui n'a rien changé à leur anonymat volontaire derrière leurs casques de motards, cachant peut-être des extra-terrestres roses et mauves comme dans leurs clips à l'esthétique de dessins animées de science-fiction japonais. Ils viennent de sortir leur premier album début juin, incluant "Listen To The Drum". Le groupe est constitué d'un chanteur, Irfane, de deux choristes, d'un clavier surmonté de boutons électroniques, d'une batterie et d'une basse électrique. Lors du premier morceau, le clavier part dans les boutons électroniques provoquant à partir des notes jouées une nappe de son ambient, puis la guitare part en riff aux accords afro beat, flamenco, ou funk cool à la Chris Réa (On The Beach) suivant la voix d'Irfane, chanteur Soul émouvant et charismatique. Lors du second titre, le claviériste montre qu'il est aussi capable d'un vrai solo de clavier sur un groove à la Weather Report, observant le précepte de Joe Zawinul, clavier de ce groupe de Jazz Rock mythique: "Jouer accoustique sur des claviers électriques ou électroniques." Le chanteur annonce "Don't You Know", et là, le piano part en salsa, une vraie surprise, avant une explosion guitaristique digne des années 70s. Suit un titre entendu l'an dernier "Just A Matter Of Time", mais repris plus funk, et qui finit par une exhortation reprise de James Brown au "Soul Power" (sur l'album live "Love Power Peace"de James Brown, le chanteur Bobby Byrd assurait la seconde voix éraillée et puissante), qui culmine en énergie Rock suivie d'un sample de la section de cuivres de James Brown, les fameux J'Bs, et retour au thème de "Matter Of Time" pour le dernier couplet. En introduction au titre suivant, les deux choristes unissent leurs voix dans un effet proche de celles acidulées de Massive Attack, puis le tempo se fait ska/pop anglaise à la Pulp ou The Cure (Love Cats), le pianiste orne le tout d'un solo stride désuet et briguebalant à souhait, typiquement vieux style, montrant qu'il maîtrise la tradition du jazz de ses origines à son actualité, se révélant décidément plein de surprises, la batterie s'alourdit, la guitare répond par un solo trash. Le concert touche à sa fin, et Irfane l'identité de ses accolytes "...et au clavier, Vincent Bidal!". Et là je comprends tout.

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Derrière un début de bouc, je n'avais pas reconnu le pianiste déjà vu avec le groupe de salsa "Candela" dirigé par le saxophoniste colombien Hugo Hernandez, par ailleurs directeur du "Jazz Band de Haguenau", puis vu et entendu sur l'album "For Magnio" du guitariste manouche Yorgui Loeffler. Il faut dire qu'il a été à bonne école, ayant été formé par l'excellent pianiste Grégory Ott, dont on a pu apprécier les transes soul ou funk au fender rhodes avec "Panoramic Blue" et "Moglaz" ou salsa dans le groupe "Sonando", et le piano varié avec son propre trio avec le très pastoriusien bassiste électrique Franck Bedez.

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Pour finir, Paul Murphy est considéré comme un des instigateurs du revival jazz anglais dans les années 80s d'après le documentaire "Jazz In Britania". Quoique DJ, il a fait partie de la scène Jazz et Latine, mixant souvent après les concerts de Weather Report, Tito Puente & Célia Cruz, Art Blakey & The Jazz Messengers. Elu meilleur DJ 2006 lors des BBC1 Worldwide Awards de Gilles Peterson, il a sorti son single "Jazz Room", puis son album "The Trip" sur son label Afro Art en 2006 et se consacre à 50 ans à son nouveau projet, l'Afro Arthouse, en revisitant les thèmes funkys de ses films Arthouse préférés (2001 L'Odyssée de l'Espace, Goodbye Lenin, Ghost Dog ou Get Carter). Son set commence très fort avec un remix de la chanson cubaine "Baila Mi Gente" de Célia Cruz et la Sonora Matancera (groupe Guaguanco de de Matanzas) sur l'album éponyme mais mixé avec des percussions brésiliennes, puis fut émaillé, entre deux salsas, de thèmes Latin Jazz de Dizzy Gillespie, Cubop (bop aux rythmiques afrocubaines) de Kenny Dorham ("Afrodisia" extrait du disque Blue Note "Afrocuban Dorham" avec le percussionniste cubain Carlos Patato Valdès aux congas), et d'Horace Silver ("Song For My Father") ou Art Blakey, montrant bien que ce témoin de ces musiques mythiques aux protagonistes aujourd'hui disparus les a gardées en lui et continue d'en maintenir la mémoire vivante. C'était la plus belle façon de réconcilier Jazz, tempos latins et électroniquue en cette fin de soirée.




Jean Daniel BURKHARDT

mercredi 27 juin 2007

Rythm'N'Blues? Soul? Funk? Que recouvrent vraiment ces termes?

Le mot "Funky" était à l'origine une insulte des blancs américains racistes définissant la puanteur supposée des noirs pour eux, à rattacher à tous les clichés fantasmatiques blancs de l'époque: musique, sexe et sueur, avec un capiteux parfum de jungle africaine encore sauvage... Dans les années 20s, on appelait avant "race records" ou "disques raciaux" (sans nuance d'insulte dans le terme) les disques de Jazz et de Blues noirs destinés au public noir, évidemment les plus authentiques, mais que le français Hugues Panassié prenait naïvement pour des "disques de courses", autre sens de "race" en anglais.

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Mais dans les années 50s, les jazzmen noirs comme le pianiste de Hard Bop (après le Be Bop de Parker et Gillespie) Horace Silver composa une pièce intitulée "Opus De Funk". Puis les batteurs Art Blakey et Max Roach (compositeur mort fin août d'une "Freedom Now Suite" intitulée "We Insist!" en faveur des Droits Civiques Noirs et à la pochette explicite: trois noirs costauds au comptoir d'un restaurant de hamburgers tenu par un employé blanc maigrichon au sourire figé et pas très rassuré vous regardant l'air de dire: "y'a un problème?", faisant également référence à la ségrégation alors encore en application dans les bars et lieux publics dont 9 étudiants noirs de Greensborough et 9 lycéens noirs de Little Rock étaient victimes, le gouverneur Faubus-celui des "Fables Of Faubus" du contrebassiste Charles Mingus, censurées pour les bordées d'injures et les menaces physiques de leurs paroles- ayant fait appel à la police pour leur en empêcher l'accés et décrétant qu'il faudrait "lui passer sur le corps", le président Eisenhower envoyant l'armée pour les escorter, ce qui n'empêcha pas l'un d'eux, Ernest Green, de finir conseiller du président Bill Clinton) assumèrent ce côté "funky" de leur musique: du Jazz authentiquement NOIR, fait PAR DES NOIRS POUR DES NOIRS, réhabilitant au passages les rythmes "churchys" (d'église, adjectif souvent appliqué à l'orgue qui y accompagnait les célébrations et les chants) hérités du Gospel (chants racontant la Bible et l'Evangile comme "Go Down Moses") et des Negro-Spirituals (Chants de travail des esclaves noirs à l'origine du Blues devenus religieux comme "Swing Low, Sweet Charriot"), donc authentiquement Afro-Américains.

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Ceci au moins 10 ans avant James Brown qui fit du "Funk" une musique spécifique et électrique, aux titres revendicatifs comme "Say It Loud, I'm Bklack And I'm Proud" (Dites-le haut et fort, je suis Noir et Fier de l'être) après l'obtention par les noirs des droits civiques dans les années 60s.

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Ces musiques noires sont aussi une sorte de riposte à la main-mise blanche sur le Jazz, puis le Blues et le Rock'N'Roll (noir par le Boogie-Woogie datant, d'après certaines parttions, de 1886, le "riff" inventé par Count Basie pour les unissons de saxophones à l'origine, puis repris par les guitaristes de Rock'N'Roll, les Blues Shouters comme Wynonie Harris, sans parler des chansons d'Elvis Presley inspirées puis écrites par son idole le chanteur Roy Brown, auteur de "Good Rockin' Tonight", mais que les producteurs payaient au lance-pierre pour ses compositions sans royalties en les faisant chanter par Elvis, et qui mourut dans la misère! Plus de détails dans "Héros Oubliés Du Rock'N'Roll: Les années sauvages du Rock'N'Roll", de Nick Tosches.) via le Rythm'N'Blues (nouveau nom des "race records" après 1949 parfois abrégé R'N'B, mais qui n'avaient rien à voir avec le pseudo rap féminin dénudé qui porte ce nom de nos jours) du saxophoniste et chanteur Louis Jordan dans les années 40s avec sa "Caldonia!", tube pendant la guerre malgré la grève des enregistrements ("recording ban") ne s'appliquant pas aux chanteurs, ce qui servit aussi, dans un tout autre registre, les débuts de Frank Sinatra.

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La "Soul" est d'abord littéralement l'"âme" noire qui émeut dans toutes les voix des musiques noires religieuses (Gospel, Negro-Spirituals) ou profanes (Blues, Jazz, Rythm'N'Blues). La chanteuse Sarah Vaughan disait: "Il faut mettre de la "Soul" dans son chant". Dans les années 60s, la "Soul Music" était la musique vocale noire, des groupes de doo-wop féminins à la "Supremes" à Otis Redding sur le label Stax dont les arrangements par les "Mar-Keys" (groupe mixte composé de deux noirs et de deux blancs du Sud des Etats-Unis) ont vielli pour nos oreilles habituées au funk, hélas mort dans un accident d'avion avec les musiciens de Gene Vincent. otis_redding.jpg Mais beaucoup de musiciens sont passés successivement par toutes ces musiques pendant leur carrière:

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James Brown dans son "Live At The Appollo" est encore un bouleversant chanteur de Soul porté par un groupe de Rythm'N'Blues ultra-puissant, Aretha Franklin, fille de pasteur, a été nourrie aux Negro Spirituals, commencé sa carrière en chanteuse de Jazz et de Gospel, avant de devenir la diva Funk féministe de "Think" réclamant "Freeeeedom" pour ses soeurs noires. Et dans sa période Funk, James Brown chantait, sous l'étiquette de ses J'B's "I Know You Got Soul, If You Didnt, It Would'nt Be A Hit"....

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Le comble du Funk serait les Brecker Brothers (groupe fusion blanc Jazz Rock Funk des années 70s composé de Randy Brecker à la trompette et Michael Brecker au saxophone) avec "Some Skunk Funk", repris pour un album de Randy peu avant la mort de Michael en janvier dernier.

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Jean Daniel BURKHARDT

samedi 23 juin 2007

CONTRETEMPS: FUNKY NIGHT avec SOUL RABBI à La Grotte: De la camionnette à la scène, il est soul'n'funky, c'est sa vie!

Le vendredi 8 juin, j'allais chercher comme à mon habitude des disques à la médiathèque en bus, vers 15-16 h quand, quand regardant le fot de voitures se dirigeant de la Place de l'Etoile de Neudorf vers Strasbourg, j'aperçus une camionnette noire ornée d'un autocollant "Soul Rabbi: Your friend in music": le DJ allemand Soul Rabbi arrivait en ville pour sa prestation à la Grotte ce soir-là. soul_rabbi_logo.jpg Soul Rabbi est l'un des DJ funk/soul les plus reconnus, tant pour ses sélections que pour ses collaborations avec d'autresDJs et producteurs comme Jazzanova et Henry Storch (Unique Records). soul_rabbi_lights.jpg Sur scène, il devient clair qu'il est Soul & Funky, c'est sa vie! Les galettes se succèdent de 45 tours en 45 tours, de perles souls inconnues aux classiques funks pour connaisseurs, sans oublier les oeuvres les moins connues de James Brown, le "Godfather Of Funk", disparu en fin d'année passée. Et il sait communiquer cette belle énergie à son public, n'hésitant pas à donner de sa personne, tour à tour ponctuant le lancement du disque d'un signe à l'adresse du public, dansant face à lui derrière ses platines ou face aux autres DJs en cherchant ses diques, arrosant le public du fanal de la lueur blanche de sa lampe de poche. S'il y avait une palme du plus Soul'N'Funky du festival à décerner, il la remporterait haut la main! soul_rabbi_poing.jpg Suivit pour calmer le public, un set aux tempos Brazil légers en Co-Session des DJs No Stress (membre fondateur de Radio RBS à Strasbourg) et G Phil, récemment adoubé par le meilleur collectif Funk Soul Broken de Strasbourg: The Badass Funkstarz, alias Sir Jarvis (platines funk'n broken beat et saxophone à l'occasion) et DJ Shann (platines soul et fender rhodes à l'occasion). g-phil.jpg

Jean Daniel

PS: Pour les Strasbourgeois, le DJ Funk Soul Rabbi sera demain mercredi 9 avril de passage à Strasbourg pour un set Funky à "L'Elactic"!