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vendredi 19 mars 2010

Le groupe Pop World Iranien ABJEEZ à la Salle De La Bourse

Le groupe Abjeez est un groupe pop world Iranien domicilié à Österund (Suède) Le nom du groupe « ab-gee » signifie sœurs en persan, et c’est ce que sont les deux chanteuses Melody au chant et Safoura Safavi au chant et à la guitare, accompagnées de Johan Moberg (Guitare), Erland Hoffgard (Bass), Robin Cochrane (Batteries) et Paulo Murga (Percussion). Après leur premier album Hameh en 2006, elles ont sorti Perfectly Displaced en 2009, et donnaient hier soir dans le cadre de la Semaine Culturelle Iranienne leur premier concert en France.

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En première partie, on pouvait entendre le groupe Electrad psychédélique Fuglasker (les pingouins qui ont disparu) composé de Iannis Rabotas (basse), Julien Meyer (didgeridoo) et Cédric Fonné (sampler, platines), invitant le saxophoniste de Jazz Arsène, qui nous amena « à quelques encablures de l’Iran » avec Psyclone à la Mukhta avec un côté un peu Erik Truffaz/Ilhan Ersahin, parfois plus ambient world, quelques samples hip hop, une basse funky et même un didgeridoo à coulisse, le tout bien harmonisé et improvisé! Un groupe à suivre.

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Arrivent Abjeez, Safoura chantant et jouant de la guitare et Melody chantant en s’accompagnant de percussions en oeufs, précédées de leurs musiciens et se lancent dans Vaghti Ke, le premier titre de leur second album Perfectly Displaced, un reggae ska énergique et sautillant rythmé par la batterie et les claviers électro du percussionniste, la basse groove et la guitare ska de plus en plus rock qui met déjà les Iraniens et Iraniennes très en forme.

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Ce second album a plus d’ubiquité musicale que le premier, et que la scène indie un peu lassante du film "Les Chats Persans". Enregistré en Espagne, certains titres font penser à du flamenco gitan avec palmas et talons sur le sol, comme l’introduction de la chanson Doostetoon Daarimm dédiée au public Iranien expatrié où qu’il soit.

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On peut d’ailleurs comparer la démarche musicale du groupe à la nouvelle scène Espagnole renouvelant Flamenco et Rumba (Ojos De Brujo, etc...).

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« Parfaitement Déplacé », cet album l’est aussi dans cette ouverture aux musiques non iraniennes : salsa, bossa, reggae, ska, musique celtique, flamenco, country.

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Mais Le meilleur flamenco de cet album est Tu Me Haces Falta (Tu me manques) (Jaayeh toh khaaliyeh), chanson d’amour chantée en Espagnol et doublée en Iranien. Ce second album est aussi plus intime, plus universel, moins revendicatif que le précédent.

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La chanson suivante, « Eddea », fut importante dans la carrière d’Abjeez. Issue du premier album Hameh, ils jouèrent ce reggae rapide aux sons electros avec sirènes à New York, et le clip rapporta un prix à un festival de courts-métrages Tribeqa en 2007.

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Elles poursuivirent avec Immigrants du second album, chanson en anglais, originale entre une intro iranienne, la phrase de l’immigrant « Ils me demandent toujours d’où je suis. Je suis de chez moi ! » fusion Salsa Reggae sur la difficulté de l’exil de son foyer pour l’émigrant iranien, mais aux cuivres orientaux et les percussions orientales. En l’absence de cuivres ici, les riffs sont joués en live par les guitares.

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Introduit par un parodie de salut militaire, Demokrasi () dénonce en reggae roots à la batterie exotique l’invasion Américaine en Irak : on ne peut pas amener la Démocratie par la force des armes, elle appartient au peuple et à son évolution par des élections libres. Elles dénonçaient aussi dans ce disque le mariage arrangé dans le reggae funky Khaastegaari (http://www.youtube.com/watch?v=CCSTfFBFczU&feature=related).

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La pop parodique est aussi représentée dans le premier album et ce concert par Barab Barab aux scats amusants, parodies de R’N’B/Hip Hop sur charango andin.

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Quoique exilées, les deux Iraniennes ont réagi par leurs dernières chansons postées sur le web aux évènements récents en Iran : Biyaa, reggae appelant à la Paix enregistré avec Congoman Crew, demandent où est le vote de ceux qui n’ont pas voté pour Ahmadinejad, et affichent leur soutien à la Révolution Vetrte par un bracelet pour la chanteuse, une rose verte pour la guitariste.

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Elles finirent par un Reggae Electro scandant « Love Is my Power », sur lequel les Iraniens firent une ronde serpentant dans toute la salle. Même si l’on ne comprend pas les paroles en persan, l’énergie d’Abjeez reste communicative et irrésistible, qui tient le public éveillé avec elles dansant sur de la musique Iranienne jusqu’à Minuit.

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Le Festival se poursuit aujourd’hui avec la fête du Nouvel An Iranien (Norouz) et Fête du Feu Zoroastriste au Pavillon Joséphine , demain samedi 20 et dimanche 21 mars.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 16 mars 2010

Le Sextet des frères Belmondo rend hommage à Freddie Hubbard à Pôle Sud

On n’aurait pu rêver mieux que ce sextet pour cet hommage au trompettiste Freddie Hubbard, disparu le 29 décembre 2008 à 70 ans, puisque les deux musiciens Varois Lionel Belmondo aux saxophone ténor, soprano et à la flûte et Stéphane Belmondo à la trompette et au bugle sont parmi les meilleurs émules du Hard Bop hexagonal et ont fréquenté Freddie Hubbard au Festival de Jazz de Nice.

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Ils sont accompagnés par Laurent Fickelson au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et l’un des meilleurs batteurs européens, le belge Dré Pallemaerts, ainsi que le plus mélodieux des trombones modernes, Glenn Ferris en guest, né à Los Angeles mais qui vit en France depuis 30 ans, et que les Belmondos virent pour la première fois quand Lionel avait quatre ans avec leur père, dans la formation de Don Ellis.

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Ce sextette all stars est en effet rompu tant aux Hard Bop qu’aux ballades, qu’au Free et aux fusions Jazz-Rock ou Jazz-Funk que pratiqua Freddie Hubbard durant sa carrière, avec des qualités d’improvisation fougueuses, mais aussi des arrangements plus écrits foisonnants et aux fonds sonores sublimes hérités de l’Ecole Classique Française du début du XXème siècle (Lili Boulanger, Ravel) qu’ils ont éprouvées dans leur « Hymne Au Soleil », puis dans « Influence » un album avec Yusef Lateef en 2005.

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Comme lors d’un autre concert du même répertoire, ils commencent par « Blue Spirits », un titre enregistré par Freddie Hubbard à sa période Hard bop pour le mythique label Blue Note en 1964 sur le disque éponyme. Le titre commence par un magnifique unisson des cuivres, puis sur la batterie, Lionel Belmondo joue une petite tournerie au soprano dans le style d’Eric Dolphy tirant lez Hard Bop vers le Free Jazz dans « Out To Lunch » ou de John Coltrane dans « Olé », deux disques auxquels participa Freddie Hubbard comme sideman. La luminosité limpide de Laurent Fickelson rappelle d’ailleurs celle de Mc Coy Tyner.

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Mais par rapport au disque, les autres cuivres apparaissent plus présents tout au long du titre en fond sonore jusqu’à l’unisson final.

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Suit une Bossa Nova Funky de Freddie Hubbard qui m’était inconnue un peu à la Bolivia, mais Freddie Hubbard est hélas plus connu pour ses collaborations prestigieuese comme sideman que comme compositeur et dans ses propres œuvres, qui gagnent à être connues.

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D'autres titres plus Hard Bop rappellent les débuts de Freddie Hubbard () chez Art Blakey et les Jazz Messengers entre 1960 et 1964, créateurs du Hard Bop « funky » à partir des rythmes de gospel ancestraux remis au goût du jour par le pianiste Horace Silver avec « Opus De Funk ».

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Stéphane Belmondo montra aussi sa part la plus sensible dans « Brigitte », dédié par Freddie Hubbard à son épouse, repris de la version avec cordes de « The Love Connection » avec Chick Coréa aux claviers et Al Jarreau au chant en 1979.

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Mais comme chez Freddie, la ballade n’empêche pas les trilles vers l’aïgu ni le swing constant de la rythmique sur laquelle il surfe jusqu’au climax final.

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Glenn Ferris semble jouer comme en apnée, ne jamais reprendre d’air, comme Tommy Dorsey, qui respirait par un imperceptible trou à la commissure des lèvres, user de son instrument comme d’un périscope pour y respirer, et est vraiment le plus mélodieux des trombones, swinguant, funky, sensuel ou la coulisse menaçante selon l’occasion, mais capable aussi de rappeler les styles classiques ceux de la New Orleans ou de la période Swing, ou Bop.

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Dré Pallemaerts se montra aussi d’une prodigieuse efficacité, assurant un soutien constant et épuré, il est de ces batteurs qui ne se mettent pas en avant mais SERVENT la musique des autres, compositeurs du répertoire ou musiciens sur scène, mais est aussi capable d’originalité et de modernités drum’n’bass, ou d’une simple ponctuation de cymbales des breaks de ses acolytes.

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La période fusion Jazz-Funk mais ne perdant rien de la bonhomie Hard Bop de Freddie Hubbard dans les années 70s sur le label CTI, lorsque Sly Stone et James Brown eurent changé la donne de la musique afro-américaine, fut représentée acoustiquement mais de façon très énergique par son Red Clay, avec un solo de ténor fougueux pur Hard Bop Blue Note de Lionel Belmondo. Comme Miles Davis et Eddie Harris ou Roy Ayers, Freddie Hubbard sut suivre l’évolution de la musique noire du Jazz au Funk, mais ne s’économisant pas, ne pouvait plus jouer depuis quelques années.

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Enfin, après un bis Hard Bop à la Blakey, ils terminèrent en troisième bis par sa ballade la plus célèbre des années 70s, « Little Sunflower » pour la version chantée d’Al Jarreau. Quelque chose de beau, simple et spirituel comme l’air repli d’amour universel des années 70s et du Karma de Pharoah Sanders Ma version locale favorite reste pour moi celle de Marya Valetta avec Steppah Huntah et Nu Tropic (http://www.myspace.com/maryavaletta).

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Merci aux frères Belmondo et leur sextette de continuer de faire vivre cette musique et le VRAI Jazz, et de faire en sorte qu’il soit encore joué Live sur scène.

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Stéphane et Lionel Belmondo discutèrent avec le public après le concert. Lionel, quoiqu'engagé, voit déjà plus loin, est optimiste : quelque chose va sortir de tout cela, même si rien ne sera jamais plus pareil. Il continue son travail d’arrangement du répertoire des musiciens français du début du siècle dernier avec La Messe des Pauvres de Satie. Il arrive à concilier cette tradition française et le Jazz, ce qui est d’une rare ubiquité musicale. Grâce à eux, ces musiques qu'on croyait inconciliables ne sont pas seulement une mémoire, mais vivantes ensemble et se nourrissant l'une l'autre.

Jean Daniel BURKHARDT

mercredi 3 mars 2010

KRISTIN ASBJORNSEN, chanteuse de Gospel Norvègienne à la Salle Du Cercle

Vendredi 26 février, la rousse chanteuse de Gospel Norvègienne Kristin se produisait à la Salle Du Cercle de Bischheim avec son groupe.

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Kristin Asbjornsen est née en Norvège, fille de pasteur coutumière des chants choraux, elle se passionne pour les Gospels Afro-Américains qu’elle tient de la chanteuse afro-américaine Ruth Cleese dont elle fut la dernière élève.

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En 1990, elle découvre la musique Africaine de la griote malienne Kandja Kouyaté, et voyage au Mali, où elle mâtine ses Gospels (déjà la forme musicale afro-américaine la plus proche des racines Africaines) d’influences plus ethniques et Africaines, tribales.

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Elle passe à l’école de Jazz de Trondheim, débute sur scène dans les groupes pop Dadafon (pop et balafon) et Kroyt.

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Avec Dadafon, elle a participé à la BO du film Factotum d’après Charles Bukowski.

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Ses versions personnelles de ces Gospels devenus pour elle des mantras constituent le répertoire de son premier album « Wayfaring Stranger , A Spiritual Songbook», double disque d’or en 2006 (50 000 exemplaires vendus).

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Elle a enfin sorti en 2009 « The Night Shines Like The Day », un nouvel album de compositions personnelles accompagnées par des cordes (guitares, violoncelles et ngoni et percussions). Elle a gagné le Babel Med Mondomix en 2009.

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Physiquement, sous sa chevelure rousse et bouclée, le visage de Kristin Asbjornsen a quelque chose de léonin et Nordique à la fois dans ses yeux verts. Elle danse sur scène de manière très Africaine et libre, vêtue d’une robe noire constellée d’éclats de verre, avec des bracelets de clochettes résonnant à ses pieds.

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Son groupe est composé de cordes : tous jouent de la guitare, doublant tour à tour au n’goni (son instrument africain préféré), lapsteel (guitare jouée à plat, assis, sur les genoux en utilisant des slide pour faire des glissandos sur les cordes) ou de la contrebasse et chantent les chœurs gospels avec des arrangements très folk 70ies, sauf le batteur qui tape, en plus de sa batterie, sur des bouts et caisses de bois et divers petits objets, mais trouve parfois une modernité drum’n’bass. Minimalistes mais efficaces.

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D’une voix rappelant par sa ferveur celle de la chanteuse de Blues blanche Janis Joplin dans son Gospel profane Mercedes Benz, la chanteuse alterna Gospels comme Ride up The Chariot, qu’elle présente comme des Travelling Songs : chansons de voyage, de travail, de marche et de fuite vers le Nord de la ligne Mason Dixon pour les esclaves noirs s’identifiant au peuple juif esclave en Egypte, ou espérant le repos éternel après une vie de labeur dans la mort, et ses chansons personnelles issus du dernier album, chants profanes plus sentimentaux et intimes sur ses propres émotions affectives et sentiments sur des arrangements plus modernes, des tempos plutôt lents, mais ceux qui le semblaient un peu trop au disque prenaient en Live une force plus prenante, parfois groovy ou même afro-groove comme « Snowflake ».

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Grâce à elle, les Gospels sont un peu moins orphelins de l’Afrique, et la Norvège n’en est pas si loin...

Jean Daniel BURKHARDT

jeudi 25 février 2010

FRANCK VAILLANT : MAGNETiC BENZ!NE : JAZZ-ROCK et Musique Coréenne

Si le Jazz est à l’origine une musique Afro-Américaine, Afro-Cubaine/Brésilienne, ou Européenne d’adoption,, il est aussi « la seule musique assez libre pour accepter toutes les autres en son sein » (Fusion Jazz Rock, funk, Electro), et gagne aujourd’hui à s’ouvrir à de nouveaux horizons et continents, à de nouvelles fusions mondiales.

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Le disque Magnetic Benz!ne du batteur du groupe Print Franck Vaillant, sorti sur le label Mélisse en 2009, ouvre le Jazz à la Musique Coréenne, grâce à la chanteuse Coréenne Soobin Park, accompagné par une formation Jazz/ Jazz-Rock (Guillaume Orti au saxophone, Josef Dumoulin au piano et Fender rhodes et Jean Luc Lehr à la basse électrique et acoustique).

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Le Jazz est présent dans son expression la plus calme ou plus libre. Petites étoiles de Paris trouve le quartet, sans la chanteuse, dans un contexte de ballade purement Jazz classique, acoustique avec batterie, contrebasse et piano à la Keith Jarrett, citations d’A Love Supreme et l’agilité rythmique d’Orti très troisième mouvement Tristanien à la Lee Konitz, et éclaboussements sonores de rires d’enfants en fond sonore. Dans Womp Womp, Orti a la précision et la liberté Monkienne d’un Steve Lacy sur une batterie flottante, ouverte, libre, improvisé, mais respectant une mélodie magnifique suivie d’un solo de piano très original.

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Dès L’Affaire à l’envers, la puissance de la chanteuse coréenne rappelant celle de la musique Samul’Nori ou le Minyô Japonais par sa puissance dramatique, surprend d’abord, inouïe dans ce contexte, puis s’allie à merveille avec le groupe, les tempos casse-cous d’Orti et le clavier Jazz-Rock inquiétant dans les basses de Dumoulin, mieux intégrée et plus active que la discrète Yen Shyu dans Lucidarium de Steve Coleman, dès le début aussi déjantée que les musiciens qui l’accompagne, dans une émulation et écoute mutuelle.

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Million Dollars rappelle un peu les genres Pansori narratif puis des percussions coréennes comme le tambour changgo et le gong kwaenggwari se mêlant à la batterie de Franck Vaillant, puis Orti attaque des dunes mélodiques façon Steve Coleman, et finit presque en afro-cubain sur le tambour changgo (homonyme d’un Dieu de la Santeria Cubaine, comme le monde est petit!) sur les cris de Soobin Park. Ils inventent de nouveaux chemins entre ces musiques.

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Dans le groupe de Franck Vaillant, Jazz et Musique Traditionnelle conversent sans s’étouffer, l’un rendant l’autre plus accessible, tandis qu’elle l’enrichit de ses couleurs inédites, traversant les frontières avec Fil de Feu, dont les premières mesures de la Coréennes seule accompagnée de percussions Japonaises rappellent la Click Song de Myriam Makéba, puis le Minyô narratif Japonais déroule son histoire.

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Plus électrique, Boom Boom Ship décolle avec le fender rhodes vers un Space Rock psychédélique cosmique à la Sun Râ accompagnant la voix hallucinée de la Coréenne poussée jusqu’au cri, passant du langage articulé aux expressions vocales plus libres et informes, hallucinée dans sa chute, presque diphoniques. La chanteuse, là encore, semble plus intégrée moins plaquée artificiellement que le chanteur Japonais Suzuki dans le Rock progressif de Can, car elle n’essaie pas de faire Rock ou Jazz, mais reste elle-même de son étrangeté exotique à ses délires punks. Dancing In Armor rappelle le Rock Jazz de Rocking Chair.

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Dans Bondage Maracas, elle use d’une taepyongso, trompette chinoise, doublée à la flûte, qui rappelle des sonorités indiennes dans une sorte de bourrée d’ailleurs rejointe par le quartet jazz qui finit en brouillage électro expérimental. Dans ce traitement à la fois issu d’un terroir et s’en échappant, le groupe crée sa Musique Folklorique Imaginaire n’appartenant qu’à lui, à la manière du Marvellous Band où Sclavis jouait des tuyaux divers. Après s’être ainsi cherchés, découverts et trouvés, Sadhaan, aboutit à une fusion parfaite, inédite, d’électro-pop-wave un ovni sublime ambient lounge apaisé d’une stupéfiante beauté, métisse, mutante, à un langage propre où chacun a sa place dans une sublime harmonie collective...

                                   Jean Daniel BURKHARDT

mardi 23 février 2010

BOYA : Groupe Strasbougeois de Musique Bulgare : Deuxième Album et Concert au Cheval Blanc

Si vous n’êtes pas Bulgare ou spécialiste de la musique bulgare, peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de la gadulka, vielle bulgare en forme de poire proche du rebec médiéval ou de la vielle rebab d’Afrique du Nord, et du kémenché turc et asiatique à trois cordes frottées faisant vibrer d’autres cordes sympathiques (que ne touchent pas l’archet, mais entraînent les autres cordes)...

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Si vous êtes Strasbourgeois, et au courant de la scène locale en Musique Traditionnelle, vous connaissez peut-être cet instrument grâce au groupe Boya, trio formé en 2001, mené par le joueur de gadulka et chanteur bulgare Dimitar Gougov venu à Strasbourg du Nord Est de la Bulgarie pour suivre des études de chef de chœur), avec le percussionniste digital Etienne Gruel (Maliétès) (également membres du Grand Ensemble de la Méditerranée, et de sa version électrique Electrik GEM au sein de l’Assoce Pikante, l’une des plus actives dans la région) et la pianiste d’influence classique Nathalie Tavernier.

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Après un premier album « Devoïko » en 2005 , ils ont sorti « Ispaïtché » l’an passé, avec le chœur de l’Ensemble Plurielles (avec qui on pourra les voir en concert le 14 mars à 17 h au Tanzmatten de Sélestat, avec et des invités (Jean-Christophe Kaufman de Dagobert et La Bande Adhésive à la guitare et Gilles Chabenat à la vielle à roue électro acoustique non conventionnelle, presque Jazz Rock).

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La scène est décorée de masques oniriques en ombres chinoises de vache, personnage à chapeau mou, bouquetin et chouette effraie ajoutent un peu de la vie rurale Bulgare pour faire couleur locale ou illustrer plus encore leur univers onirique. Après deux thèmes vifs en introduction, ils continuent avec Ispaïtché, danse d’hommes lente au caractère ample et majestueux, illustré par un film d’animation de leur ami Renaud Perrin. Sortant de la main sonnante du sort et de son chapeau mou, le personnage y évolue dans les pierres, actionne les ailes, tourne comme un hamster et tombe dans les yeux de toupie atomique roulants d’une chouette effraie, œil de la caméra à pattes, s’enfuit dans une forêt où les pierres ont des yeux en forme de noix et les terriers des arbres des oreilles, y plonge en chute libre dans l’œil cinématographique de la chouette, son ombre dans sa chute est rattrapé par la main... Bel univers onirique, poétique, répondant à la forte intensité dramatique de la musique.

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Nous partons ensuite pour le Sud Ouest de la Bulgarie avec « Mitro Le Mitro », chanson en 7/8 de la région de Pirin, proche de la Macédoine et de la Grèce. Déjà enregistrée par le trio sur Devoïko et connue du public local, elle a été réarrangée pour l’Ensemble Plurielles et Gilles Chabenat de manière plus enlevée par Dimitar Gougov pour Ispaïtché, tout en gardant le rôle central de la gadulka. Les traditions musicales bulgares sont riches des musiques de ses frontières communes avec la Turquie, la Yougoslavie, la Grèce et la Roumanie qui en fait un creuset de musiques entre Orientales, Balkaniques, Tziganes ou Egéennes.

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Introduit par Nathalie Tavernier à la Keith Jarrett, ils poursuivent avec « Vidinsko Horo », air à danser de la ville de Vidin, sur les bords du Danube, au Nord–Ouest de la Bulgarie, proche de la frontière Roumaine. Le piano, plus en avant, a pris plus de place rythmique dans ce second album rappelant un peu le style du pianiste Bojan Z, ayant appris le répertoire au cours des années de scènes et de jeu collectif du groupe qui séparent les deux disques. La gadulka rappelle un peu dans ses aigues celles des violons tziganes.

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Quant au percussionniste Etienne Gruel, il joue du daf iranien et du bendir berbère (grands tambours sur cadre d’Afrique du Nord), usant également de leurs clochettes et d’une cymbale, et du tapan (grosse caisse de fanfare des Balkans) jouée debout et portée en bandoulière. .. Il joue également de la cajon sur laquelle il est assis, derrière ces grands tambours, d’où un effet de surprise confondant obtenu par un effet de battement entre l’intérieur du tambour et cette caisse de bois.

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Enfin, sur un des titres, il joua du zarb, derbouka iranienne, dont il a pu observer les leçons de Pablo Cueco, l’homme qui sortit cet instrument de la musique traditionnelle iranienne pour en faire un instrument de Jazz avec le clarinettiste Denis Colin. Il l’avait en effet invité à Strasbourg à la Citadelle avec Mirtha Pozzi (http://www.myspace.com/duomppc) et en solo pour le Festival Strasbourg Alsace Percussions qu’il organisa avec son ami le percussionniste d'influence Afro-cubaine Jimmy Braun, depuis Toulousain.

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Le titre éponyme du premier album de Boya, « Devoïko » (), histoire d’amour malheureuse, avait déjà inspiré au vidéaste Renaud Perrin un premier film d’animation, également projeté pendant ce titre, où le jeune homme au chapeau mou, parti au-delà des mers, retrouve en rêve sa bien-aimée puis revient au pays.

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Autre titre du premier album, « Aïdé Iano », classique serbe chanté avec de belles harmonies vocales par le trio, bien connu du public, est présenté avec humour par Dimitar Gougov comme l’ « histoire d’un couple dans la misère. Mais en Bulgarie, on se dit: "Puisqu’on a déjà tout perdu, autant faire la fête!".

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Après bien d’autres chansons des deux albums et « Vidinsko » en bis, ils furent applaudis par un public conquis.

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On a pu depuis revoir Dimitar Gougov à L’Artichaut puis au concert Zénith for Haïti avec Boya, mais aussi avec son autre trio, Les Violons Barbares avec le Mongol Enkh Jargal à un autre violon méconnu, la vielle Morin Khoor aux cordes de crinière de cheval et au Chant diphonique, amusant dans ses introductions et remerciements, et reprenant « Purple Haze » de Jimi Hendrix en chant diphonique, et Fabien Guyot, batteur plus urbain, Jazz et Rock habitué des batteries de cuisines et autres fûts... L’album des Violons Barbares devrait sortir en mai.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 16 février 2010

HASSE POULSEN et ses Progressive Patriots à Pôle Sud

En seconde partie, on pouvait entendre le dernier groupe du guitariste Hasse Poulsen, qu’on a pu découvrir dans le Napoli’s Wall de Louis Sclavis , et qui s’assume comme Citoyen du Monde : « Qui suis-je ? Français ? Danois ? Ma mère est Anglaise, j’ai grandi au Kenya et étudié aux Etats-Unis (...) Je parle toutes les langues avec un accent. Parfois je sens chez moi partout, parfois un étranger absolu. Nous avons besoin de redéfinir nos nations. Et moi, ma nation s’appelle Jazz... ». D’où, dans la lignée de ce beau et généreux discours rappelant le film L’Auberge Espagnole de Cédric Klapish, le nom de ce groupe monté pour fêter ses dix ans en France, « The Progressive Patriots » (après qu’ »Identité Nationale » ait été refusé par une salle de concert pour éviter la confusion avec les débats enterrés depuis hier 11 février 2010 par François Fillon) d’après un livre du musicien Ecossais Billy Bragg qui y déclare que les Socialistes peuvent reprendre le Patriotisme à la Droite!

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Sur scène, en effet, on trouve une belle formation qui se joue des frontières géographiques et musicales : outre le guitariste, le batteur New-Yorkais underground historique de Tim Berne Tom Rainey, son vieil ami le bassiste Danois Henrik Simonsen et et deux jeunes souffleurs français : Stéphane Payen au ténor (grand spéciasite de de la polymétrie du groupe Print) et le très jeune et imprévisible Guillaume Orti à l’alto.

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Dans « Open Up », les deux saxos s’envolent dès les premières notes, puis la batterie Jazz Rock de Tom Rainey crépite, et Poulsen les soutient d’accords décalés à la Jim Hall en plus énergique. Puis Poulsen frappe les cordes d’un archet d’une manière plus contemporaine et habitée, comique et désarticulée que Jimi Page dans « Dazed & Confused » de Led Zeppelin, les portant à une incandescence inouïe sur la ventilation des saxophones et les ras de Rainey et repart sur un dernier break. Ches ces Patriotes, la Progression est constante !

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Ils poursuivent avec la suite « They Might Think I Was Soft » (Ils Auraient Pu Penser Que J'étais Doux). Doux, Hasse Poulsen ? Parfois pris individuellement dans certains arpèges lents, presque baroques, plus doux qu’il ne m’était apparu sur leur myspace sur la batterie légèrement ethnique.

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Mais quand il branche sa guitare sur le secteur, c’est une électricité Rock que crachent les amplis comme dans Paparemborde avec des oiseaux de feu à la Mc Laughlin, un déluge d’étincelles sonores alimenté de moulinets rageurs du poignet.

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Trop Jazz pour être doux, trop Rock pour être que Jazz, trop l’un pour n’être que l’autre, et trop libre pour s’en contenter, Jazz mais pas que, Jazz et caetera...

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Ils enchaînent sans crier gare sur «Très Blue » sur la basse lente résonnante d’Henrik Simonsen dans le détaché des ornements, sans Rainey, que Poulsen habille de quelques effets contemporains bornés de clapotements et titillements de cymbales du batteur Tom Rainey, de plus en plus martial, rompu avec tim Berne à toutes les évolutions du Jazz destructuré vers le déchaînement Rock ou l’étrangeté électro.

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Le discours semble avancer en ordre dispersé entre les attaques de fanfare des deux souffleurs, et pourtant de cette disparité apparente naît comme par miracle une forme, de cette beauté convulsive dont parlait André Breton couvant toujours sous la glace, un discours organisé qui vous entraîne vers un prolongement moderne des recherches de Lennie Tristano et du Troisième Courant du Jazz qu'il créa avec Lee Konitz, Warne Marsh et Billy Bauer.

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Alors, Soft, Poulsen ? Du miel à nos oreilles, mais qui accroche pour mieux s’y maintenir, ne pas faire qu’y couler...

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La démocratisation du Jazz de ces « Progressive Patriots » s’exerce aussi, en plus du jeu collectif, dans le choix du répertoire, où chacun a sa petite composition, même Orti jouant à vide sur un pied tel une de nos cigognes dans « B » ou Payen signant « H », au tempo lent comme refusé, retenu, joué à contretemps par Rainey faisant entrer les scories dans ce répertoire organisé pour les plaisirs de l’imprévu et du risque.

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Dans ce happening, un membre du public ajouta son grain de sel, citant Charles Mingus : « La contrebasse a le corps de ma grand-mère et la voix de mon grand-père », avant un dernier titre d’Hasse Poulsen gai, presque pop, à la manière de sa chanson «Godspeed You All » sur son album « Rugby in Japan » avec son Sound Of Surprise, avec une voix à la New Wave , Bauhaus () ou Joy Division.

Comme Bis, ils jouèrent « Gloria in the Movies », une belle ballade soft dédicacée par Hasse Poulsen à sa femme, avec un côté « Itinéraire Imaginaire » de Stéphane Oliva.

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A la réflexion, Hasse Poulsen est plus proche en cherchant d’autres effets et en barrant son médiator très près de la caisse de résonance de sa guitare de Fred Frith et de ses essais de techniques alternatives pour la guitare, avec des outils peu conventionnels mains intéressants pour l’œil et l’oreille que de l’improvisation libre poussée jusqu’au vide de l’abstraction d’un Derek Bailey, plus élitiste.

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A bien entendre, on retrouve dans son jeu non conventionnel des pratiques plus anciennes, baroque, Jazz, Rock, reprises dans une approche contemporaine et libre. Jazz Ain’t What It Used To Be, a-t-il écrit un jour, répondant au Things Ain’t What It Used To Be de Duke Ellington. Grand sideman et improvisateur, il est aussi bon compositeur pour cet éclectique ensemble.

Jean Daniel BURKHARDT

jeudi 11 février 2010

RADIO JUDAICA STRASBOURG sur le web: ça marche partout dans le monde, en direct et podcast!

Après deux années d'absence sur le web, grâce à la nouvelle direction, le site de Radio Judaïca Strasbourg, où j'anime deux émission hebdomadaires: - Terres Tribales (Musiques traditionnelles, présentation de concerts en région, émissions spéciales sur un artiste/musicien ou un pays particulier et interviews), les lundis de 11 h à 12 h et Jazzology (Jazz, annonce de concerts en région, spéciales sur des musiciens à leurs dates anniversaires comme Lester Young dans les années 50s ce soir jeudi 11 février et interviws comme le pianiste Grégory Ott pour la sortie de son album "Ojeada" jeudi prochain 18 février), les jeudis de 21 à 22 h, marche, en direct comme en podcast, alors d'où que vous soyez, n'hésitez pas à m'écouter!

Moi ou les autres émissions musicales, d'ailleurs: Classique Judaïca, Dance Hall Vibes par Daddy Roudy sur le Reggea et les musiques Jamaïcaines, Fragments de Pierres sur la New Wave de Manu et Mickey (Blues Trottoir) et High Voltage sur le Hard et le Métal de Manu et La Funkothèque (Funk Groove 60ies 70ies) et enfin Tempo Latino sur la Salsa, et bien d'autres émissions....

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 6 février 2010

TERJE ISUNGSET, percussionniste Norvègien à Pôle Sud

Hier soir 5 février à Pôle Sud, on pouvait entendre deux jazzmen européens les pieds bien ancrés dans leur terroir Européen ou mondial, mais y alliant le geste libre du Jazz et la tête dans les étoiles : le percussionniste et batteur norvégien venu du froid Terje Isungset et le dernier groupe du guitariste Danois Hasse Poulsen, les Progressive Patriots .

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Tout d’abord, le batteur et percussionniste Norvégien Terje Isungset, qui a enregistré son dernier disque « Hibernation » dans un igloo avec des instruments de glace qu’il a construits lui-même : percussions, trompette de glace et même iceofon.(glaçophone). Du Fridge Jazz, en quelque sorte...

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Le kit de batterie est réduit à la plus simple expression de ses timbres : une grosse caisse, une caisse claire et une cymbale où frétille une gourmette de billes métalliques. Il y a ajouté des instruments de sa fabrication construits à base d’éléments naturels. La cymbale charley est remplacée par tambourin polytonal plein d’esprits comme un dreamcatcher inuit et on aperçoit une rangée de rondins de bouleaux arctiques attachés, d’autres à terre, une cowbell rouillée, quelques cloches tendues sur une corde et un appareil de pierres et d’ardoises.

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Arrivé sur scène, c’est tout un paysage qu’il crée : le souffle du vent sur la banquise dans un tuyau, des sifflements parfois alterné de chants aigus et de grognements chamaniques. Cependant entre deux mystères, il sourit béatement comme un bébé, ce qui rajoute à l’exotique et inquiétante étrangeté de ces sons une dose d’humour.

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La grosse caisse est utilisée comme percussion tribale profonde de base, les cloches actionnées de l’autre pied en équilibriste/contorsionniste gracieux, le tambourin monte et descend par la pédale en bruissant de ses sonnailles comme un périscope musical dans les glaces arctiques ou un hochet fou, auxquels il ajoute de sa voix de chamane fragile des appels lointains vers l’infini qui résonnent dans l’espace clos de la salle comme dans l’horizon immense, créant un espace sonore inouï et dépaysant, rappelant parfois le lyrisme du saxophoniste Jan Garbarek, lui aussi Norvégien..

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Faiseur de feu sur la glace, il entrechoque des pierres de granit sans étincelles que sonore, les râcle sur l’ardoise d’un vibraphone de pierre (j’ai mal vu ce qui se trouvait sur cette table) aux profonds échos dub...

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[C’est lui qui déclenche dans cet art climatique la furie de la foudre et les bourrasques aux forces de cataclysmes, lorsqu’il entrechoque les rangées de branches de bouleaux arctiques contre la grosse caisse. A la guimbarde, on pense aux mongols qui l’utilisent parfois avec leur goût pour les sonorités diphoniques, mais qui dans sa bouche prend la modernité d’une beat box|http://www.youtube.com/watch?v=lBxEXsPi8WA&feature=related].

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Il finit en soufflant les derniers appels dans une corne creuse, celle dit-il, de la dernière chèvre norvégienne morte en 1983 qui lui fut offerte par son berger..

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Il vient d’enregistrer un nouveau disque d’ice music (musique de glace), avec de nouveaux instruments : une harpe de glace et une guitare de glace.

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La fin est naturelle et comique, avec la chute d’un fagot de brindilles qui lui tient lieu de baguettes tapoté par l’autre.

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Inouï et jamais vu, dépaysement garanti charme écolo-minimaliste, la musique de Terje Isungset ne ressemble à nulle autre au monde, en tous cas sous nos climats.... On peut juste regretter qu’il ne fasse pas assez froid chez nous pour son spectacle avec des instruments de glace, difficilement transportables... Quoiqu'il en ait déjà joués à Londres. Pôle Sud n’a jamais été aussi Polaire, mais est encore trop au Sud pour cela ; ( )

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 30 janvier 2010

Le groupe TRIBE ressuscite avec un nouvel album: REBIRTH (Commande de Drum_Bass.net)

La libération des noirs américains par l’obtention des Droits Civiques et donc de leur musique donna lieu à la fureur du Free Jazz, mais aussi dans les années 70s, à un courant plus Jazz Soul, Peace & Love, idéaliste de cette tendance libertaire, assumant à fond le côté funky et groovy, la Soul autant que le Jazz, et même les influences Africaines, toutes les facettes de la Great Black Music héritées du Jazz et de ses dérivés. Né à Detroit dans les années 70s, Tribe est un collectif né au lendemain du happening "An Evening With The Devil" alliant Danse, Poésie et Musique par le saxophoniste Wendell Harrison et le tromboniste Phil Ranelin, puis le trompettiste Marcus Belgrave, le pianiste Harold McKinne et le batteur Doug Hammond et fondèrent le label du même nom, mais se séparèrent en 1976.

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Mais c’était compter sans Carl Craig, l’un des fondateurs de la Techno de Detroit, qui reforme le collectif en 2007 et produit en 2009 leur nouvel album, « Rebirth » (RENAISSANCE).

A Detroit, un génération sauve l’autre.

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Chronique de l'album par mes soins à lire sur "drum_bass.net".

Vous y trouverez également d'autres chroniques de ma plume sur le dernier JimiTenor & Tony Allen, Karimouche, Panama 3, GHANA SPECIAL, etc...

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 26 janvier 2010

Le Quartet de Jazz PRINT aiss son empreinte à Pôle Sud

Print est un quartet de Jazz français né en 1997 renouvelant l’improvisation de l’aharmolodie d’Ornette Coleman dans la lignée de l’américain Steve Coleman et de son M Base, composé de Sylvain Cathala au saxophone ténor, Stéphane Payen au saxophone alto, Frank Vaillant à la batterie et Jean Philippe Morel à la contrebasse. On pouvait les entendre vendredi 22 janvier à Pôle Sud.

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Dès le premier titre, on peut entendre s’ébranler la belle machine, les deux saxophones taxiphonant de concert mais se rejoignant dans les unissons sur la rythmique vive et mouvante, à la fois efficace et très improvisée.

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Finalement, si l’influence de Steve Coleman se fait ressentir, ce serait plus par la liberté d’improvisation offerte à chaque soliste et même à la rythmique que dans ses aspects les plus Hip Hop ou ethniques, une version à la française, si j’ose dire.

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Quand on y pense, cette EMPREINTE (PRINT) laissée dans le sol qui donne son nom au groupe est mouvante, comme si cette ligne individuelle tracée en signature par chaque soliste où parfois ils se rejoignent était balayée comme des traces dans la neige balayées par le vent ou sur le sable emportée par la marée par l’improvisation.

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Les deux saxophones Sylvain Cathala au ténor et Stéphane Payen à l’alto (à revoir avec les « Progressive Patriots » puis Terje Isungset en solo à Pôle Sud le vendredi 5 février), à l’avant, frappent tout d’abord par le contraste entre la liberté de leurs solos et la rigueur de leur soutien mutuel l’un dessus l’autre dessous et vice versa, l’écoute et la justesse de leur jeu d’ensemble quand ils se rejoignent dans les riffs ou les unissons des thèmes réitérés jusqu’à la transe, ou qu’un geste imperceptible de la main ou du poing, garant du contrôle sur leur création, y mette fin.

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Le batteur Frank Vaillant est très actif, sait être un soutien précieux Jazz, martial ou Drum’N’Bass pour ses camarades puis déchaîner ses effets dans des roulements furieux entre un certain exotisme de la clavé ou du folklore latin à sa façon, syncrétique ou imaginaire avec la ferveur dans la découverte de l’homme afro-américain découvrant le feu de l’Afrique intact à Cuba et dans les Caraïbes, ou laisser ses baguettes diverses courir d’un élément à l’autre (sa batterie en comprenant beaucoup plus qu’une batterie Jazz standard, en plastique, cloches et autres percussions, mais la variété d’intensité et d’angle de ses attaques fait beaucoup aussi dans cette variété rythmique de tous les instants) avec une joie tambourinaire enfantine sur des jouets miniatures, le tout organisé/organisant l’ensemble avec un grand sens de la dramaturgie rendant universellement compréhensible ce répertoire très improvisé de l’ensemble.

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Enfin, Jean-Philippe Morel à la contrebasse, était, ce qui n’est pas commun, le seul à bénéficier d’une pédale d’effet. Mât et pilier du groupe en rythmique, il s’arrogea aussi quelques inpros et solos personnels, où la pédale semblait jouer un rôle d’écho pour prolonger plus que distordre les sonorités de ses cordes ou de son archet.

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Leur répertoire accepte autant les thèmes bien composés que les scories pour l’expérimentation de l’improvisation, pour voir où ça mène en se souciant d’avantage du voyage et de ses risques que du véhicule et en évitant soigneusement toute direction, toute destination pour le plaisir de cheminer ensemble ou séparés. Parfois aussi ils créent de miraculeuses surprises, lorsque de l’apparent informe naît à l’Eurêka de notre conscience le sens, la forme, la beauté devant nos yeux comme au premier jour du monde, avec cette soudaine et subite universalité que prophétisait Kerouac dans « Sur La Route » : « De temps à autre, un cri d’une harmonie limpide inspirait l’espoir neuf d’une mélodie qui serait un jour la suprême mélodie au monde et ravirait de joie les âmes des hommes. »

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Chacun tient à la fois tour à tour son rôle de soutien par rapport aux autres et a aussi ses moments d’improvisation soliste servie par les autres, et vice versa, avec un son de groupe mais aussi une liberté d’improvisation de chacun en et hors de l’ensemble qui fait du Jazz le plus bel exercice de démocratie musicale depuis près d’un siècle dans les collectives des parades New Orleans, qu’on appela ensuite Swing ou Bop ou Cool jusqu’au Free Jazz, puis emmena avec lui les fusions Rock ou Funk qu’il avait contribué à créer dans les années 60/70s, et flirte aujourd’hui avec l’électro, « la seule musique assez libre pour accepter toutes les autres » a dit quelqu’un, finalement à l’image de notre monde, avec des poches d’accalmies en oasis entre des urbanités de mégalopoles troublées, contraste qui en fait la beauté, ou nous la rappelle.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi 11 janvier 2010

DIEGO IMBERT et son Quartet : disque et concert magnifiques au Cheval Blanc

Né en 1966, Diego Imbert a été le contrebassiste de Sylvain et accompagne Biréli Lagrène. On l’a entendu il y a un an avec le projet « African Tribute To Art Blakey » avec le trompettiste Alex Tassel, membre de son quartet ce soir, comprenant aussi l’excellent saxophoniste Israélien David El Malek ) sur la droite et à l’arrière Franck Agulhon à la batterie (découverts dans le Pierre De Bethmann « Lithium » Quintet).

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L’album de Diego Imbert «A l’ombre du saule pleureur », écrit pour ce quartet sans instrument mélodique, mais aux riches fonds sonores des deux souffleurs à l’unisson, est une des meilleures surprises de l’année 2009, peut-être son plus beau disque de Jazz, car pour un premier album , il sublime l’improvisation par des compositions sublimes Bop/Cool ou Hard Bop.

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Quelques échanges de saxophone et trompette annoncent des coulisses l’arrivée des musiciens, puis entrent Agulhon et Imbert, chemises noires, Alex Tassel au bugle, chemise psychédélique colorée (il en portait déjà une avec Franck Avitabile au Strasbourg Jazz Festival il y a quelques années) et David El Malek, chemise orientale rayée, au saxophone ténor. La contrebasse d’Imbert croquenote « Le Garde Fou » entre les coups de cymbales martiaux drum’n’bass, modernes de Franck Angulhon, élément le plus moderne, à la Tony Williams, puis les magnifiques unissons de Tassel entre Miles et Chet et El Malek, en retrait, s’avançant comme sur la pointe des pieds comme pour ne pas briser le charme, comme Lester Young quand il ne supportait plus que la douceur des mocassins à pas comptés pour traverser la scène ou le monde.

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Ce premier titre de l’album reprend les recherches de Jazz modal où Miles Davis et son second quintet (Herbie Hancock piano, Wayne Shorter au saxophone, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie) les avait laissées avec « Nefertiti » en quittant le Jazz pour le Rock en 1969 pour la liberté des ballades.

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A cette complicité entre les souffleurs, on pense aux couples mythiques trompette/saxophone : Miles Davis/John Coltrane, puis Miles Davis/ Wayne Shorter, Chet Baker/Gerry Mulligan, tant rien ne semble séparer l’alliance de ces deux voix : le bugle légèrement au-dessus, le saxophone venant le soutenir par en-dessous..

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El Malek prend son solo sur les lueurs rouges orangées des projecteurs. C’est un des saxophonistes les plus lyriques, poussant le sentiment jusqu’à la spiritualité d’un Coltrane avec la liberté d’un Wayne Shorter dans « Hand Jive» sur Nefertiti de Miles, semblant alors s’ennuyer du Jazz au point de jouer toujours les mêmes notes comme en boucles en laissant toutes les variations au seond quintette. Ici aussi, les variations viennent de l’orchestre, de la rythmique sur laquelle surfe le soliste, de la batterie qui se fait de plus en plus tourmentée à grands renfort de roulements et de breakbeat et le saxophone prend son envol à la Coltrane vers des galaxies voisines d’ «A Love Supreme », mais à la différence de Coltrane que sauvait sa spiritualité nous redescend des étoiles, retombe sur le thème, atterrissant en douceur comme en parachute juste sur l’unisson du bugle, revient au thème et à ses courbes impeccables.

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Après applaudissements et sourires, Imbert reprend sur le thème le plus rapide du disque, « 78 tours » (ainsi nommé avec humour en référence aux premiers disque de Jazz qui étaient des 78 tours, ce titre étant sur un rythme 7/8). Sur ce thème plus Bop, presque latin, les souffleurs évoquent certaines passes d’armes plus expérimentales des boppeurs de la Côte Est Charlie Parker et Dizzy Gillespie dans « Hot House » à leurs débuts, ou cherchant, lors de leur dernier enregistrement « à atteindre Leap Frog comme on chercherait à atteindre le soleil » (dixit Alain Gerber), mais sauvant leurs ailes de sa chaleur par la grâce de leur complicité, ou des West Coasters Mulligan/Baker sur « Utter Chaos » (enregistré à plusieurs reprises en prises très courtes) () ou le plus latin « Frénési ».

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Le leader Diego Imbert est indubitablement plus présent dans sa musique sur scène qu’on ne l’y entend sur le disque, sa contrebasse étant le mât dans la tempête, le pilier indispensable de cette musique dont il est l’auteur, l’élément le plus stable et dont elle émane, l’axe générateur autour duquel tourne son manège mis en branle par la batterie d’Agulhon, aux formes échafaudées au fur et à mesure par les deux lignes distinctes mais se rejoignant dans leurs unissons, haute et droite de Tassel, sinueuse mais qui vient toujours le soutenir à bon escient dans le retour du thème d’El Malek.

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Ils ont « bravé la neige », comme souvent lors de leurs concerts, explique Imbert, pour moi ils sont passés au travers, se sont fondus dans ses flocons, tant sa musique ressemble à ses cristaux par leur finesse où chacun a sa place. Pour un peu c’est la neige qui a été attirée, sachant qu’elle ne pourrait rêver de plus belle bande son pour sa chute.

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Suit « Les Dents qui poussent », la plus belle ballade du disque, composée par Imbert alors que son fils « Léo », dédicataire du titre suivant, pleurait en faisant ses dents. Une ballade comme Miles eût aimé en jouer encore avec le second quintet, si son tempérament qui le poussait à avancer toujours ne les eût pas considérées comme de «vrais résidus de poubelle de type My Funny Valentine, ces camelotes d’un autre temps écrites à l’usage des blancs !» (Miles Davis en 1975 cité par Alain Gerber dans « Miles Davis et le Blues du Blanc »). Alors Miles brûla ces vaisseaux d'émotion qu’il adorait encore trop pour s’en défaire avec le second quintet sur la scène du Plugged Nickel ou ailleurs.

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Cette ballade de Diego Imbert est sublime, limpide, avec le bugle chaleureux de Tassel à la Chet Baker (qui lui ne renia jamais sa Valentine, jouée ou chantée d’une voix d’age androgyne ou scattée dans l’aïgu, jusqu’à son dernier concert, même s'ilécoutait le technofunk "Tutu" de Miles Davis sur son walkman, comme si la dureté de sa vie passait sur lui comme de l’eau sans l’atteindre ni lui donner envie de répliquer de la même façon, miraculeusement inchangé et toujours aussi sensible et fragile, malgré lui, lui fait dire Alain Gerber à Tadd Dameron, qui rêvait de cette « dureté » de Miles de cette froideur.) sur les balais tournoyants en ballade entre cymbales et toms d’Agulhon.

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Le genre de ballade à vous tirer des larmes de tendresse, qui vous remet les oreilles en place, vous les nettoie de toutes les pollutions pseudo/néo Jazz, néo Cool, de l’électricité du Jazz Rock, Funk, Fusion, Electro, que sais-je dont on se contente faute de mieux en se disant que le Jazz est aussi une musique de danse, ou de révolte, de liberté, larmes qui se prolongent sur le solo de saxophone d’El Malek, le plus humain et classique des grands lyriques actuels et sèchent à l’harmonie sublime de leur unisson final. Ça me fait même oublier Dave Douglas et Uri Caine à Jazzdor.

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Franck Agulhon poursuit en introduisant seul « Léo » (nom du fils de Diego Imbert aux « dents qui poussent ») de frappes Bop à la Art Blakey où l’on retrouve l’Afrique et ses tambours dans les toms, ses scintillements urbains par éclairs fulgurants dans les cymbales, la contrebasse qui revient comme la mise en marche d’un moteur ronronnant et les deux souffleurs dans le rôle des Jazz Messengers qui débarquent avec les deux souffleurs excellant dans ce style Hard Bop.

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El Malek montre son côté Hard Bop, le son bondit, Cannonballe, mais la colonne d’air reste droite comme un i, il s’envole, pousse jusqu’à la transe, au cri, à l’accélération de fusée Coltranienne de « Countdown », mais atterrit sur la basse moderne, jouée sur une seule corde sur les tapotements d’Agulhon, le bugle, se remet à nouveau dans l’orbite du thème, comme une capsule atterrissant en parachute et c’est agréable de ne pas prendre qu’un aller-simple pour l’inconnu. Tassel prend un solo à la Miles dans « Ascenseur pour l’Echaffaud » ou Clifford Brown dans sa réactivité immédiate aux nuances de la batterie qu’il avait avec Max Roach des tempos rapides aux ballades sublimes.

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Ce thème montre l’autre plaisir de ce disque, nostalgique lui aussi, qui nous rappelle les magnifiques bandes originales offertes par le Jazz américain aux films noirs, blancs, et polars français dans les années 50s pour ses tempos les plus vifs grâce à une efficace dramaturgie rythmique de ces histoires sans images mais non sans scénario ni suspense où se trame le drame dans la nuit noire et se tapit le crime. Je pense au très oublié mais magnifique « Le Désordre et La Nuit » avec Jean Gabin et Hazel Scott ou au plus connu « Liaisons Dangereuses 1960 » de Roger Vadim, censuré par l’Académie Française comme « adaptation libre ». On y perdait les costumes libertins XVIIIème de Choderlos de Laclos, mais on y gagnait une bande son d’Art Blakey et ses Jazz Messengers Hard Bop, ou latine sur le thème « No Problem », un peu de Monk et de Coltrane et Boris Vian, Jeanne Moreau et un Gérard Philippe de grande classe skiant aux sports d’hiver.

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Ce soir les applaudissements après chaque solo et entre les thèmes ne saluent pas les effets de manche et d’épate, de démonstration égotiste improvisée, mais la beauté lyrique de ce répertoire magnifique et simple à comprendre et l’exécution irréprochable, la mise en place et l’écoute mutuelle des musiciens, ce qui se fait de plus en plus rare.

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Enfin, « Cartagène » est un titre plus swing à l’ancienne, que Biréli pourrait jouer (à la manière de son original traitement country d’ »After You’ve Gone » sur le dernier album du Gipsy Project « Just The way You Are », mais qu’il n’aurait pas pu composer. Le Jazz a besoin des deux, d’improvisateurs pour jouer et de compositeurs pour renouveler le répertoire.

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Merci à Diego Imbert de raviver nos émotions du vrai Jazz avec ce beau disque et longue vie à ce quartet, qui mériterait bien un prix aux prochaines Victoires du Jazz...

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 2 janvier 2010

CongoppunQ : performance au Cheval Blanc

Après une pause avec Bumcello, le batteur Cyril Atef (Olympic Gramofon, M, Alain Bashung, l’ONB), présentait le 15 décembre CongopunQ au Cheval Blanc, son nouveau projet où il joue de la batterie des percussions, des samplers et claviers et du likembé (piano à pouces africain aussi appelé sanza) trafiqué électroniquement à la manière de Konono N°1 ou le Kasaï All Stars, dont il devient de fait l’un des pionniers en France pour le côté Congo, et qu’il considère comme des punks Africains, en duo avec le danseur et le performeur / décorateur d’intérieur Constantin Leu, alias Dr Kong, alias Oussama Jésus, phénomène barbu de deux mètres de haut né d’une mère Française et d’un père Roumain ayant fui le régime de Ceaucescu ... Ils ont déjà sorti le disqe "Candy Goddess" avec des invités sur Underdog Records, mais c'est sur scène, en duo, qu'il faut les voir.

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Dr Kong fait partie de « Musique post-bourgeoise » qui recherche de nouveaux lieux et de nouvelles formes de relations entre public et artistes visant à ce qu’ils ne fassent plus qu’un dans une sorte de happening. Frank Zappa avait fait des essais dans ce sens à ses débuts en jetant de la nourriture de la scène sur le public, l’invitant à faire l’amour sur scène dans la libération sexuelle des années 60s. Jim Morrison avait assisté à certains de ces happenings et rêvait de cette communion, d’une communion totale avec le public dans un acte collectif, mais le show-business et les Doors ne le lui permirent jamais, alors que lui dès l’album « Strange Days » ne voulait plus être cette idole sexuelle pour les femmes et révolutionnaire pour les hommes, mais changer le monde. Cette déception n’est peut-être pas étrangère à sa fin tragique. CongopunQ pose aussi ces questions, de manière plus légère et moins idéologique. Mais le public est-il prêt à sortir de son rôle passif pour entrer dans le spectacle?

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La couleur est donnée d’emblée par Cyril Atef, en pyjama afro et bonnet gnawa (comme au dernier concert de Bumcello en octobre, en fait) : « Vous êtes assis ? Notre but est de vous faire danser ! ». Il commence, comme nous sommes dans un lieu du Jazz, par une improvisation.

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Constantin Leu/ Dr Kong/Jésus Oussama arrive lentement, religieusement, sur les basses de la « Sanza Music is good for you », hip hop comique prêchant les bénéfices de l’instrument sur la sanza à peine saturée, au son encore très pur, armé d’un rouleau de film plastique, vêtu d’une peau de bête et masqué de rouge et chaussé sabots/babouches remontant en cornes de rhinocéros.

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Atef part en batucada sur la caisse claire et la cymbale que Kong approuve de tout son corps d’une transe immobile et convulsive, puis se cache sous sa peau de bête.

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Dr Kong se dévêt, s’extirpe de sa peau comme un serpent d’une ancienne mue morte, tape dans une percussion puis la remplit d’eau et la verse musicalement. Il intègre l’absurde électroménager ordinaire d’une panoplie d’accessoires détournés, rendus inutiles par l’art, dans sa danse post-moderne ou préhistorique.

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Cyril Atef entonne «New World Disorder », la chanson la plus engagée et actuelle de l’album, où Black Sitichi énonce par des vocaux hip hop les extrémistes de tous poils qui terrorisent nos informations et alimentent la paranoïa, la peur de l’autre, par le « désordre du nouveau monde » et sa paranoïa : chrétiens à nouveau nés, jihadistes islamistes, Zionistes constructeurs de murs, hérétiques sans foi..



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En plus de ses qualités d’improvisateur Cyril Atef, se révèle aussi dans CongopunQ, comme dans Bumcello, un efficace compositeur de chasons format pop accessibles au plus grand nombre.

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Soudain arrive un des spectateurs (habitué des concerts Jazz du Cheval Blanc) qui vient participer avec eux, se mettant une peau de lapin comme barbe postiche, et adoubé par dr Kong, devient le « nain de jardin» du spectacle. Tout cela était bien entendu improvisé.

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Alors que Cyril Atef continue de jouer, Dr Kong nous fait du café sur une petite plaque électrique , annonce « CAFFFFFFE » au micro d’Atef, le verse dans des verres et le distribue aux premiers rangs. La générosité fait partie du spectacle, comme un pied-de-nez à ces temps de crise, une alternative collective à l’égoïsme.

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Plus tard, Dr Kong retrouve son métier de décorateur d’intérieur : il amène des tuyaux de PVC et les assemble en un grand cube, qu’il entoure de plastique noir, tend des cordes à linge dans le public, invité à les fier aux poutres de la salle, puis y étend son linge.

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Cyril Atef rentre dans le cube, n’en laissant sortir que son visage au sourire lumineux et ironique, profondément humain et radieux d’un soleil intérieur de tolérance envers toutes les cultures, et ses bras aux mains jouant « Whirl & Sweat », un thème instrumental de l’album sur son likembé trafiqué/saturé, en tirant des sonorités inouïes qui en font de fait l’un des meilleurs spécialistes en France, dans la lignée de KonooN°1 et des Kasaï All Stars en Afrique. Il y avait un côté camisole de force aussi, peut-être involontaire, quoique CongopunQ et Cyril Atef sont de douces folies plus intéressantes que la raison ou ce qui est accepté comme tel !

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Soudain, revenu à la batterie, il invite le public à rentrer à son tour dans cette cage, cette boîte de nuit prévue à cet effet pour danser sur sa musique de plus en plus électro-transe mais avec des moyens naturels, si l’on excepte le sampleur et les likembés trafiqués, en tous cas joués avec un jeu naturel..

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Sur l’instrumental « Red Car Go », je suis donc rentré dans la cage avec les autres, certaines y enlevant leur pull, mais pas davantage (nous sommes hélas en 2009), et Dr Kong vint nous y visiter, nous offrant sa seule expression de joie souriante (naturelle) du concert (où il avait un regard d’un vide sidéral incarnant l’absurde et l’incompréhension face au monde environnant), avec une idée pour la suite : «après on balance la cage dans le public! ».

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Ce que nous fîmes, comme pour impliquer de force les derniers « assis » de la salle. Il faut dire que CongopunQ a plus l’habitude de se produire dans des lieux de concert et pour un public debout, dansant, hurlant et en transe, et que la sale du Cheval ne sy’y prêtait pas vraiment, ce qui constitua un défi pour le duo : LEVER ce public assis.

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Une seconde vague de spectateurs goûta donc aux charmes de la cage, revenue sur scène, et je trouvai dans le plastique de ses murs des vertus d’élasticité percussives qui furent hélas fatales à certaines de ses arêtes. Je ne crois pas de toute manière que le but de CongopunQ est de garder la cage, sa construction, ou celle d’une tente scénique, d’une yourte industrielle pour les réfugiés de la musique, faisant partie de la prestation de Dr Kong.

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Ceci n’empêchait pas les éléments de la première vague de dériver entre salle, scène et cage dans une joyeux sac, ressac et raz-de-marée désorganisé, ou de retourner dans la cage voir ce que les autres y faisaient.. Ne plus voir qui est le public, qui les artistes était le but de cette déroutante opération appliquant à l’art l’engagement Sartrien (ils auraient dû avoir CongopunQ au Tabou, vous imaginez un peu Juliette Gréco et Boris Vian dans la cage!).

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Sorti de la cage, j’ai été moi-même réquisitionné par Dr Kong alors que je croyais pouvoir regagner ma place sans participer davantage. Dr Kong m’assit donc sur un tabouret à ses côtés, gonfla un coussin d’aluminium, puis le jeta à terre, m’intimant du geste l’idée de l’écraser sous mon pied. A sa mine défaite et déconfite, j’ai d’ailleurs cru avoir mal compris... Puis il se coiffa dudit coussin et alla parader sur scène en St Nicolas galactique...

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La chanson « Invasion Cow-Boys» (Invasion des Cow Boys graisseux !) avec ses strophes rappelant parodiquement les Sisters Of Mercy, que je croyais comprendre comme une critique des hamburgers made in US, fut adaptée à la population locale en nous offrant les bretzels locales (gâteau salé alsacien créé par un pâtissier forcé sous peine de mort de créer un gâteau où l’empereur pourrait voir « se lever trois fois le soleil »), grâce à l’entrelacement tressé de ses branches). C’est peut-être le cholestérol, ces cow-boys graisseux nous guettant après les fêtes ou une parodie des régimes?.

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Dr Kong devint aussi un chien sur « Candy Goddess », qui donne son titre à leur album, hymne funky CongopunQien à une déesse en sucre à la manière de la dernière reine Bumcelliienne « Lychee Queen », attachant d’une chaîne un portrait de berger allemand à son cou et aboyant à sa manière.

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Le concert se termina en bis par « N’importe Quoi», leur plus grand tube «passé sur les radios et les télés » (radio la mienne, télé pourquoi pas, à coup sur le net !), techno parodique aux vocaux exultant les vertus du corps vibrant au refrain hymne à l’absurdité de CongopunQ repris par le public à corps et à cris puis vendirent leur disque entre 10 et 15 €uros à leurs concerts.... Allez voir CongopunQ : ce ne sera jamais deux fois pareil.

Jean Daniel BURKHARDT

mercredi 9 décembre 2009

MUAMMER KETEOGLU en concert , les Papyros’N et Les Tzigognes font l’ Histoire de L’Alsace à Strasbourg Méditerranée

Papyros__N_Ketncoglu_chante.jpgDimanche 22 novembre, le Festival Strasbourg Méditerranée proposait un concert du grand accordéoniste et chanteur aveugle Turc de Rebetiko Muammer Ketencoglu et son ensemble Zeybek. (en Turquie, les Zeybek étaient des bandits d’honneur, aussi appelés Effé réfugiés dans les montagnes d’Anatolie comme Memed Le Mince, héros de Yachar Kemal, dont il reste des danses, qui n’ont rien à voir avec le répertoire de l’orchestre (http://www.youtube.com/watch?v=VO1GfKlk2bo)) à la Cité De La Musique et de la Danse, puis un concert des Papyros’n invitant les Tzigognes de Jean-Claude Chojcan à la Salle Du Cercle de Bischheim.

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Le hasard des affinités musicales et de la programmation festivalière fait que, lorsque j’avais invité Monsieur Jean-Claude Chojcan, directeur musical et fondateur des Papyros’N et des Tzygognes dans mon émission « Terres Tribales » en octobre, il avait choisi en plus des extraits de leurs disques comme choix personnel un extrait de la compilation Sevdalinka Sarajevo Love Songs (parue chez Harmonia Mundi /Piranha) Sini jarko sa istoka sunce de…. Muammer Ketencoglu et son ensemble Zeybek, qui m’était alors inconnus, et alors qui nous ignorions tous deux qu’ils seraient programmés la même après-midi à un bout et à l’autre de la ville, ce qui malheureusement empêcha le second d’assister au concert du premier, étant en répétition !

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En plus de cette coïncidence théorique, quelle ne fut pas ma surprise encore d’entendre Muammer Ketencoglu commencer son concert par un Chant D’Amour Hongrois enregistré par les Papyros ‘N de Jean-Claude Chojcan dans leur formation la plus cosmopolite (Caroline Stenger violon, Ilona Kobalian flûte, le guitariste manouche Engé Helmstetter et son clarinettiste Fabrice Lauer et le contrebassiste de Jazz Gérald Muller, et le futur accordéoniste de Malétès Yves Bèraud) comme entrée en matière de leur premier disque « Eastern Ballades II (le premier étant un duo de guitares avec Pierre Grunert), comme pour confirmer mes théories ou évoquer les Papyros’N malgré l’absence de leur leader! Les musiques et les répertoires voyagent, et parfois se rejoignent miraculeusement dans un au-delà des frontières (titre du second disque des Papyros’N) qui appartient aux musiciens en ce que Joyce appelait une épiphanie, comme un clind’œil inconscient et musical de Ketencoglu à Chojcan.

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Après cette surprise, évidemment le répertoire de Ketencoglu et son ensemble Zeybek est le Rebetiko Grec ou Turc venu des Tavernes d’Izmir, interprété par lui-même comme accordéoniste (avec parfois des traits Tziganes dans le feu de l’improvisation) et chanteur d’une belle voix Turque allongeant les voyelles avec émotion et force, une chanteuse Grecque et une Turque, un darboukiste, un oudiste dans un rôle rythmique et un violoniste, dans une idée de réconciliation festive entre les deux communautés (les Grecs ayant fait partie de l’empire Ottoman Turc) et invita d’ailleurs le public à taper dans les mains et à danser si la place le lui permettait.

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Dans ce répertoire qui m’était inconnu, les chansons d’amour Rebetiko mélancoliques succédaient aux airs de danse de mariages grecs et turcs plus gais et rythmés, parfois dans le même titre, comme si par une mise en abyme d’une chanson intégrée dans le canevas d’une autre, rappelant les longues suites de la musique classique de cour Ottomane héritées des noubas (style musical avant de devenir synonyme de fête) arabo-andalouses censées rythmer la vie du palais et correspondre aux différentes heures de la journée. On retrouve encore ces structures dans les musiques d’Azerbaïdjan des populations Turcophones des anciennes Républiques Soviétiques comme Alem Qasimov.

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A 17 heures, on pouvait entendre les Papyros’n, Jean Claude Chojcan invitant la relève des Tzygognes (élèves de ce guitariste enseignant (), du nom de nos chères Cigognes et des Tziganes des musiques), invités par l’Association Ballade à un projet ambitieux : l’histoire de l’Alsace à travers les musiques évoquant les populations qui y passèrent/résidèrent : le Mur Païen du Mont St Odile nous vient des Celtes, le chou de la choucroute des Huns d’Attila, Gutemberg inventeur Strasbourgeois de l’imprimerie était un juif espagnol et le compositeur de valses Waldteufel un juif de Bischeim, rappelle l’écran…

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Cela me fait penser à une caricature parue dans un journal lorsque j’étais étudiant : un Alsacien en costume traditionnel s’y vantait d’être « d’une famille 100 % alsacienne » en montrant une galerie de portraits d’ancêtres Celtes, Huns, Suèdois, Allemands…

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Les Papyros’N sont les plus qualifiés pour ce projet, car la formation de Chojcan mélange depuis toujours les musiques balkaniques, Irlandaises, Tziganes et ont joué à Sarajevo et en Yougoslavie... Papyros'N et Tzigognes ont d'ailleurs adopté chacun à sa manière le style tzigane, en robe, foulard colorés, chapeau pour Chojcan ou ron de Charlot et nez rouge de grippe A pour l'un des deux jumeaux au violon.

Ils commencent par « Nishka Banja », paru sur le disque des « Tzygognes » «Musiques Traditionnelles d’Europe », air de Serbie, du nom d’ une des villes de bains turcs que les Turcs y érigèrent pendant l’occupation Ottomane, sur la bonne contrebasse d’Isabelle et la derbouka, où s’envolent les violons menés par la rousse Romane.

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L’Alsace Celtique (de 800 à 50 avant JC), dont reste encore le Mur Païen du mont St Odile et où l’emplacement de la Cathédrale était déjà un lieu de culte, est évoquée par deux airs irlandais interprétés par les Papyros’N sur leur disque Esatern Ballades III : Au-delà Des Frontières, territoire où ils mêlaient la musique Irlandaise à celle des Bulgarie dans Grankino Horo, des Balkans ou Amour de Dieu. Les Papyros’n ont d’ailleurs participe au Summerlied en 2008, où René Eglès tente de faire valoir nos origines Celtes.

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Suit un autre mélange Caucasien traité à l’ Irlandaise, Chamil, thème du Caucase dédié à cet imam résistant Caucasien, grand général de l’armée du czar Nicolas Ier, thème encore très connu en Turquie, et repris par les Papyros’N dans le même disque, pour évoquer les Grandes Invasions de nomades dont l’Alsace fut victime après la Paix Romaine du Vème au VIIIème siècle de notre ère, notamment par les Huns qui nous laissèrent le chou bouilli de notre choucroute. Là encore, au-delà des montagnes, on croit sentir dans les violons l’air marin de le la mer d’Irlande chatouiller nos narines, nos oreilles et nos jambes de ses gigues.

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La période de prospérité (du IXème au XIIIème siècle) de l’Alsace Germanique et des villes libres (comme Strasbourg) fut évoquée par une chanson en yiddisch chantée par Diane Caussade, D’r Maie, et le commerce international florissant, et les horizons lointains du commerce florissant par « Misirlou » thème de rebétiko Grec de Michalis Patrinos de 1927 passé par la danse arabe, et par le Rock des années 60s avec Dick Dale, remise au goût du jour par Pulp Fiction. Le répertoire Grec est une nouveauté chez les Papyros’N, depuis leur dernier album LAISSEZ PASSER (parce que les douanes et passeports énervent Jean-Claude Chojcan à chacun de ses passages vers la Yougoslavie).

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Les Malheurs revinrent au XV-XVIème siècle, avec les guerres Religion, l’Alsace étant Protestante, on envoya des soldats Suédois (évoqués par une Valse Suédoise) pendant la guerre de Trente ans, puis des français pour les déloger...

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Jean-Claude Chojcan précise que ces intolérances historiques, ethniques ou religieuses, devraient nous enseigner la tolérance envers toutes les cultures et religions, au moment où l’on parle d’Identité Nationale, quid de l’identité humaine ? Le nom de l’orchestre vient de Papirosen (papier à cigarettes en yiddisch), un tango juif désespéré du ghetto juif de Varsovie, que l’orchestre reprend beaucoup plus gaiement sur Eastern Ballads III «Au –delà des Frontières », mais orthographié avec l’y de Papyrus symbolisant la partition. Cet humanisme rajoute encore à la portée musicale et au mélange musical.

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Suit le gai Chant D’Amour des bergers de Roumanie (celui-là même qui ouvrait le premier disque Eastern Ballades II des Papyros’N et par lequel Ketenoglu avait commencé son set) joué un peu à l’Irlandaise dans la reprise accélérée par les violons et flûtes (Adeline Dillenseger, Clara Weill et Adeline), qui fait crier avec les musiciens et taper des mains le public.

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En 1648, l’Alsace devint Française par le Traité de Westphalie, puis connaît la Révolution Française en 1789, et Rouget De Lisle chanta sa « Marseillaise », notre futur hymne national, pour la première fois à l’Hôtel De Ville de Strasbourg. En 1792 fut créé le Conservatoire de Paris, puis l’Alsace devint comme la France Napoléonienne, et sa jeunesse subit les recrutements de l’Empereur pour ses campagnes, fournissant aussi à sa gloire 70 généraux qui donnent encore leurs nom à certains lieux de Strasbourg, comme la Place Kleber. Ces recrutements sont évoqués musicalement par des Danses de Recrutement tziganes extraites d’Eastern Ballads III Laissez-Passer, le dernier disque des Papyros’N. La musique de ces danses, les vins et les filles aidaient au recrutement des soldats. Le violon et la clarinette (Alice), lentes puis la contrebasse et l’accordéon (une autre Romane et Camille), d’abord lents, accélèrent soudain le tempo de cette danse pas si gaie à cause du périlleux départ à la guerre, mais qui l’est quand même pour donner envie, sur la guitare de Chojcan. La troisième est marquée du talon et du pied sur la scène par les musiciens. La joie des élèves Tzygognes et des Papyros’N plus âgés à jouer ensemble fait en tous cas plaisir à voir, dans une saine émulation et avec un jeu d’ensemble de qualité où chacun (e) trouve sa place, a sa minute de gloire par un solo.

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En 1870, après la bataille de Reichshoffen, l’Alsace redevient Allemande, pour une période de prospérité (malgré l’exil de 50 000 alsaciens), c’est une période de prospérité économique et de richesse architecturale car Strasbourg est la « vitrine » de l4allemagne contre la France, dont reste le Palais Universitaire, entre autres bâtiments. Dans une famille juive de Bischheim, naît Emile Waldteufel, qui va étudier à Paris et finira Directeur de la Musique et de la Danse de Napoléon III et de l’Opéra de Paris et compositeur de plusieurs valses, très prisées de la Reine Victoria. Si beaucoup d’entre elles sont oubliées, Amour et Printemps (Liebe und Frühling), qu’interpréta l’orchestre, reste dans les oreilles modernes par une publicité d’Assurances célèbre où elle évoquait le temps et la vie qui passe, d’abord lente, puis de plus en plus dansante, sur fond de portraits XIXème enrubannés..

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La critique de la Première Guerre Mondiale (1914-1918) passe par une chanson plus tardive, mais qui pourrait être d’époque, et fut censurée dans les années 50s lors des guerres Coloniales d’Indochine et d’Algérie : Le Tango des Joyeux Bouchers de Boris Vian, chanté Diane Caussade avec une véritable gouaille parisienne, d’abord lent, puis de plus en plus rapide sur les percussions martiales de Romain Schieber et Alexis par charges amusantes et efficaces et tous en cœur pour le final « Tiens Voilà du boudin ».

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L’Alsace redevient Française dans l’entre-deux-guerres, puis sera annexée par Hitler en 1939, Strasbourg évacué. Les Tziganes, comme les Juifs, furent victimes de l’extermination, représentés par un Chant Gitan de ces « nomades oubliés de notre nouvelle Europe » précise Chojcan, à la mode d’Au-delà des Frontières, mais chanté par Clara Weil, flûtiste des Tzygognes (qui n’a pas dû être facile à apprendre, vu la complexité de cette langue très éloignée de la nôtre) avec le saxophone alto déjà Balkanique à la Lourau de Jean-Baptiste Juszsczak sur le fond des autres musiciens.

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La fille de Jean-Claude Chojcan monte sur scène avec une amie pour jouer sur une étrange flûte balkanique plate la vapeur dans Le Train de 7 h 43 (thème klezmer que les juifs jouaient dans l’entre-deux guerre en attendant le premier train de la gare de Varsovie, qui a donné le nom d’une fanfare locale : Le train de 7 h 45, à deux minutes près) (http://www.youtube.com/watch?v=0K1HkS5QZHI ), en souvenir des juifs Polonais massacrés, de toute cette joie de vivre du shtetl anéantie dans le ghetto de Varsovie D’abord très lent, le thème s’emballe avec l’arrivée joyeuse du train et le jeu collectif.

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L’Alsace redevient Française à la Libération en 1945, et est maintenant une capitale Européenne avec son Parlement européen, mais sommes-nous toujours à la hauteur de cette histoire, de cette tolérance ? Pour évoquer les tracasseries douanières aux frontières, ils terminent par Les P’tits Papiers de Serge Gainsbourg pour Régine, qui ne pensait pas aux Sans-papiers déjà modernisé par Christophe Burger, chanté par Clara Weil avec cette fois une gouaille toute française.

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Pour le bis, ils terminent par une « Danse Roumaine ».

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Longue vie et carrière aux Papyros’N et Tzygognes. Les groupes de Jean-Claude Chojcan restent, par contrainte d’abord, à personnel très changeant, mais il a fini par y trouver une façon de faire originale et nomade, unique dans la région, entre enseignement et renouvellement permanent pour alimenter les meilleurs groupes de la région (Zakouska, Bal Pygmée, qui seront à La Laiterie le vendredi 18 décembre avec Karpatt).

Jean Daniel BURKHARDT

Pour l'avenir, les concerts des Papyros'N -Concert avec chorale à Bouxwiller(38mn de Strasbourg) dimanche 13 décembre 18h -Concert avec chorale à Dossenheim/Zinsel (41mn de Strasbourg) Samedi 19 décembre à 20h

Et l'année prochaine: -Enregistrement du prochain CD « BalsiKa » Papyros’N- Les Tzygognes et les musiciens de Tuzla 16-17 janvier et 6-8 février au Studio Downtown à Strasbourg ET SURTOUT EN JANVIER, LORS DE LA QUINZAINE "BALADE DANS LES BALKANS " À HAGUENAU FAISANT SUITE À DES ACTIONS PÉDAGOGIQUES DE JEAN-CLAUDE ET DES PAPYROS'N À L'ÉCOLE DE MUSIQUE DE HAGUENAU ET DANS DES ÉCOLES PRIMAIRES DE LA VILLE •Concert Papyros’N-Balsika (grand-orchestra 20musiciens): MUSICIENS D'ALSACE ET DE BOSNIE Vendredi 22 janvier à 20h Salle de la Douane à Haguenau (concert avec entracte) •Heure de musique à la Médiathèque de Haguenau(musiques poèmes des Balkans projections d’images) samedi 23 janvier 15-16h30 •Animation musicale avec les élèves du Conservatoire et les élèves de l’école de musique de Haguenau Dimanche 24 janvier 15h30-17h Musée Historique Chapelle •Animation dans divers lieux de Haguenau Salle du Corbeau(Douane)- Chapelle des Annonciades Samedi 30 janvier de 15h-18h30 (15 musiciens+élèves école musique de Haguenau)

samedi 28 novembre 2009

le DJ DOMU arrête sa carrière musicale (traduction de l'anglais)

Salut à tous. DOMU qui était au Rafiot ce printemps, quitte le monde de la musique. Vous trouverez l’original de sa déclaration sous ce lien :

et ci-après mon humble traduction de ses propos. J’ai essayé de coller à son texte quitte à aboutir à des formules maladroites en français, plus que de faire joli en trahissant ses propos. Ils sont déjà beaux en eux-mêmes, ce que j’ai lu de plus beau par un DJ depuis « Electrochoc » de Laurent Garnier, et intéressants pour eux-mêmes comme expérience musicale. Pour respecter ce qu’il dit, j’envoie cette traduction à tous mes contacts intéressés par les musiques électroniques ou qui étaient au Rafiot,et sur mon blog:

"C"est fini. Je ne peux pas entrer dans les raisons personnelles, mais bien sûr vous laisserai quelques eplications sur comment j'en suis arrivé là. ça me fait un peu comme fuir une vie de crime ou la Mafia. Je suis Carlito, J’ai finalement rompu avec la vieille dangereuse façon de gagner sa vie. J’espère juste que Benny du Bronx ne me flingue pas alors que je prends le dernier train hors d’ici. Le fait est que je ne suis plus Domu. C’est un personnage, et l’a toujours été, et depuis le Vendredi 13 Novembre 2009, il n’existe plus. Pas plus que Umod, Sonar Circle, Bakura, Yotoko, Rima, Zoltar, Blue Monkeys, Realside, ou n’importe lequel de mes autres noms sous lesquels j’ai sorti de la musique. J’annule tous mes plans et n’en accepterai plus aucun. Mon Hotmail est fermé, mon Twitter est fermé, et mon Facebook est fermé. Si l’un de vous veut me parler et me connaît assez bien pour avoir mon numéro de portable, alors il est toujours le même, et sentez-vous libre d’appeler n’importe quand. Mon autre adresse email de laquelle je me sers occasionnellement est toujours ouverte pour ficeler et détacher des liens s’arrête.

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J’avais commencé à changer, et pour le pire je suis maintenant sûr. Ma confusion augmentait, mon insécurité et mon amertume me dépassaient, un manque de direction créative et de concentration me menaient à quelque chose de très sombre. Je me suis senti si déprimé par tout ça. Croyez-moi j’ai cherché dans mon âme longtemps, et dur cette année pour retrouver les raisons pour lesquelles je fais cela, mais je ne peux pas les localiser. Trop de moi est embrouillé là-dedans, et personne ne devrait jamais donner autant de lui-même ou d’elle-même à un travail. Avant je croyais à tout ça, que je faisais et jouais de la musique pour un certain type de personnes, pour des gens qui ne voulaient pas adhérer au mode de vie « normal », les libres-penseurs, le type de gens indépendants ou ouverts qui étaient ennuyés par les genres, l’industrie principale, les plans directeurs ou les formules toutes faites. L’underground. Mais je ne pense juste plus vraiment que la bataille ait besoin de moi. Elle est passée à une autre génération, qui le fait à sa façon, et je n’ai pas le désir d’essayer ou de me faufiler et commencer à proclamer que je me bats pour un combat qui n’es plus le mien. Je suis un homme vieux de 31 ans. Je ne peux pas clamer que je porte un flambeau qui signifiait tellement pour moi à 15 ans. A 21 peut-être. Mais maintenant, après l’avoir fait dix ans à plein temps, je pense que j’ai dit tout ce que j’avais à dire. Ma lumière créatrice s’est effacée. Peut-être parce que j’ai commencé si tôt, qui peut le dire? Mais je me sens satisfait que ce soit le cas.

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J’ai passé des moments merveilleux. J’ai parcouru le monde, bu et fait la fête et ai gagné ma vie décemment en divertissant les gens tout au long de mes 20 ans J’ai rencontré des gens incroyables dans des villes que je n’aurais jamais rêvé que je visiterais, partagé mes pensées et collecté la sagesse d’une large étendue de gens vraiment profonds et beaux. Mais j’ai aussi rencontré de vrais trous-du-culs, et j’ai pu ressentir que j’en devenais un. En passant des disques que je n’étais pas sûr d’aimer à des gens qui n’avaient aucune idée de qui j’étais, j’étais devenu froid, froid à la musique, aux réactions et au point de tout cela. Je changeais ce que je pensais aimer, pour être aimé. Je ne suis pas un chaméléon. Je ne suis pas Madonna, je ne peux pas rester sur la même ligne des styles actuels et continuer de changer avec eux juste pour rester à la mode ou maintenir une sorte de statut crédible ou de carrière. J’ai eu mon moment. Si vous me connaissez bien, vous aurez sentiun changement en moi depuis les deux dernières années. J’ai toujours souffert de problèmes de confiance, mais je sais que ce n’est pour cette raison que je jette l’éponge. Je sens que j’ai tellement à changer ce que je pense être « moi » pour continuer. Ce en quoi je crois, comment parler aux gens, comment se comporter.

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[Je ne pense juste pas que je puisse être aussi arrogant et dur pour m’obstiner encore. Il y a tellement de bruit là-dehors que les gens doivent crier de plus en plus fort pour être entendus.

Et pour quoi? Je ne vais pas me relancer dans quelque chose en quoi je ne crois plus pour un revenu qui est de manière très stressante inégal, et le plus souvent quand il ne l’est pas, très bas.|http://www.youtube.com/watch?v=NB9LegnHXCA&feature=related]

J’avais l’habitude de dire que je le devais au “combat” pour continuer. Ma croyance en cela a décliné ces dernières années aussi. Oui nous avions besoin de Coltrane pour aller à contre-courant, pour sacrifier son bien-être et sa vie pour créer du bel art. Nous avions besoin de tous ces êtres créatifs et uniques brûlant brillamment dans leur âme, nos influences et idoles qui créèrent la musique et les mouvements qui peuvent nous fournir le jugement sain, le refuge et le sens pour nos vies confuses. Mais la musique a pour moi perdu certains des ces sens comme moyen. Elle est partout, tout le monde en fait, en joue, en distribue, et essaie d’en vivre. Tellement de gens ont une voix maintenant que c’est dur de choisir ce qui est le tranchant de ce que je sens vraiment en ce moment. J’ai été engourdi par la plus grande passion de ma vie, et j’ai besoin de l’abandonner un moment pour voir si je peux jamais la retrouver comme elle était.

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[Certains ont attribué un sens et une compréhension à certains de mes travaux. Je sais qu’ils sont spéciaux pour certaines personnes, et mon message fut compris par quelques-uns, que je suis très reconnaissant d’être venu me connaître pendant toutes ces années. J’ai été assez chanceux pour avoir avoir pris le train en marche pour un moment, ai été reconnu par des gens très spéciaux et talentueux et ai gagné le respect de mes pairs et accompli une foule de choses en un temps très court. Il y a eu de grands sommets pendant que je jouais de la musique pour toutes sortes de foules, créant une atmosphère et la contrôlant. J’ai senti la joie et l’adrénaline courante du succès, accosté le vide et le désespoir du club vide le floor (sol) difficile à émouvoir. Maintenant que je reconnais que j’ai fait tout ça, j’ai besoin de le mettre derrière moi et de continuer à avancer, et la seule façon de le faire est de disparaître. Cela doit cesser à un moment , et comme je continue de le dire, tout est fini. Je ne veux pas perdre tout le reste de ma vie pour ça. Je n’y crois juste plus assez pour faire ce sacrifice. Les gosses mènent la lutte maintenant. J’espère en avoir influencé certains, je sais que je l’ai fait, et cela me fait partir l’esprit tranquille. Je n’ai pas gâché 10 ans de ma vie, je sais que j’ai apporté de la joie et de l’espoir à beaucoup de « dés affranchis », d’esprits ouverts, d’outsider musicaux ou de dévoués à la danse. Il y a aussi des gens qui créent des choses en utilisant une technologie d’une façon que je devrais essayer et rejoindre, mais je n’en ressens plus le désir.ils le font mieux que je ne l’ai jamais pu jusque-là. C’est maintenant leur temps, et le mien est passé. Vous pouvez penser soit que je suis incroyablement brave de l’admettre ou incroyablement faible et stupide d’arrêter. Mais c’est comme ça que je le sens. J’allais dans le mauvais sens dans bien des aspects de ma vie et je besoin de commencer à changer. Je n’ai aucune idée de combien de temps cette partie restera, mais ce site ne sera pas là pour toujours. Sentez-vous libres s’il vous plaît de le copier et de le coller et de le faire passer pour le préserver, pour laisser les autres savoir pourquoi je suis parti, en assumant que quiconque s’en préoccupe.|http://www.youtube.com/watch?v=NB9LegnHXCA&feature=related]

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J’ai des larmes dans mes yeux maintenant. J’ai tellement de gens à remercier pour tout le support personnel et professionnel qu’ils m’ont apporté pendant toutes ces années, mais je le ferai personnellement en temps utile. Mais je voudrais remercier chaque de ceux qui m’ont acheté une chanson, qui ont payé un ticket d’entrée, ont dansé ou sont juste venus me parler de vie, de musique, du monde ou de n’importe quoi d’autre. Vous m’avez donné une existence comme dans un rêvé et bénie pendant de nombreuses années. Si j’ai inspiré qui que ce soit, alors je suis un homme heureux. Vous m’avez tous certainement inspiré, et je veux utiliser ces années de voyage et de partage à bon escient, pas cette haine et cette confusion que je ressens envers tout cela maintenant. J’ai besoin de trouver un sens à la prochaine phase de ma vie. Alors je vous fais mes adieux à tous. Je suis juste trop sensible pour garder la façade de quelque chose qui ne semble plus bien. Je savais que cela viendrait un jour, peut-être certains d’entre vous qui me connaissaient l’ont vu aussi. J’ai tellement de respect pour mes pairs et professeurs qui continuent le combat, et veux que la nouvelle génération accomplisse le mieux qu’ils peuvent pour eux-mêmes et leur art. Je ne suis juste pas un militaire de carrière. J’ai fait mes années d’exercice, et je suis dehors.

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[Je vais tous vous quitter avec ça. La vie n’est pas X-Factor (la “Nouvelle Star”). Personne n’a un Dieu qui donne le droit à ses rêves ou à ses ambitions de se réaliser. J’ai travaillé dur et ai eu beaucoup de chance. J’ai suivi des opportunités, en ai gaspillé d’autres. Je n’ai aucun regret, autre que de ne pas m’être arrêté quand j’ai su que je devais le faire l’année dernière. La seule chose que vous ayez pour vous guider à travers votre vie est votre instinct. Parfois la bonne décision n’est pas la plus facile, mais entre votre conscience et votre intuition, vous trouverez la réponse. Ecoutez-la s’il vous plaît. C’est vous. »|http://www.youtube.com/watch?v=I4NcMfy56lM&feature=related]

DOMU

Quelques liens encore actifs de ses projets présentant d'autres artistes sur My Space:

-Domu Presents TrebleO

-Domu Presents Pete Simpson (excellent chanteur Soul)

Jean Daniel BURKHARDT

mercredi 25 novembre 2009

Electrik GEM & Fanfaraï ouvrent le Festival Strasbourg Méditerranée

Samedi 21 novembre dernier, le 6ème Festival Strasbourg Méditerranée s’ouvrait à Strasbourg par un concert de l’Electrik GEM à l’Auditorium de la Cité De La Musique et de La Danse.

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L’Electrik GEM s’est créé au festival Strasbourg Méditerranée il y a deux ans à partir du Grand Ensemble de la Méditerranée qui réunit des musiciens de plusieurs formations de l’Assoce Pikante qui pimente la scène locale de parfums d’ailleurs: Dimitar Gougov à la gadulka (vièle bulgare) de Boya et des Violons Barbares, Lior Blindermann (oud), Yves Béraud (accordéon) et Etienne Gruel (percussions) de Maliétès, en concert jeudi 26 novembre avec Gastibelza à la Salle de la Bourse et le samedi 28 novembre au Préo d’Oberhausbergen, Grégory Dargent (oud, guitare), Jean-Louis Marchand (clarinettes) et Fabien Guyot (qu'on a connu spécialiste des batteries et casseroles de cuisine au Troc Café) de l’Hijâz Car et de Nicolas Beck.

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Pour se donner une dimension plus Rock, Grégory Dargent est passé à la guitare électrique (à laquelle il accompagne Babx), et ils ont ajouté la folie de Jean Lucas (trombone libre) de La Poche a Sons entre autres, le Rock de Vincent Posty (basse électrique) de Zakarya entre autres, Fred Guérin à la batterie et de trois chanteuses Awena Burgess, Christine Clément (Ionah, Polaroïd 4, To Catch A Crab) et Sandrine Monlezun, bref un all-star de joyaux issus de ce qui se fait de mieux dans la région en Musiques Traditionnelles, réuni dans l'écrin et l'éclat électrique d'un projet très original.

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Ils présentaient ce soir-là leur projet « Radiopolis », dont le titre éponyme ouvrait et fermait, avec plus d’énergie encore, ce concert, et pour lequel ils ont lancé des souscriptions pour un disque à paraître. Bref, une musique alliant l’authenticité traditionnelle des voix et sonorités acoustiques, mais aussi urbaine et Rock, comme une radio des villes mondiales en hommage à l’Alexandrie cosmopolite, dépassant les clichés sur les Musiques Traditionnelles de manière décoiffante et excitante où chacun trouve sa place et se ressource en un maelstrom d’énergie débridée : sur les cordes pincées de l’oud de Lior Blindermann et frottées de l’archet de Dimitar Gougov et les percussions ethniques d’Etienne Gruel et contemporaines de Fabien Guyot, le trombone de Jean Lucas ajoute son souffle gueulard et sa puissance à la clarinette volubile, Vincent Posty son attitude Rock poussant Grégory Dargent et Fred Guérin et ses roulements au crime, les chanteuses ajoutant leurs voix douces d’abord, puis de plus en plus aïgues et fortes à chaque reprise vocale dans une transe entêtante et irrésistible.

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Les musiques traditionnelles ont aussi leur place dans leur répertoire, qu'ils échangent gaiement : des envolées tziganes de cavalerie, un rébetiko grec pur jus (Blues des tavernes grecques, spécialité de Maliétès avec son pendant Grec) chanté par Yves Béraud d’une belle et forte voix, un chant polyphonique Bulgare (dont Dimitar Gougov dirige une chorale) par les chanteuses en bis.

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On put ensuite finir la soirée, emporté par la fanfare Fanfaraï () aux chèches multicolores et au soprano free jusqu’à la Salle De La Bourse et danser sur des airs arabes de raï de Khaled, Cheikha Reimitti, Rachid Taha, gnawas, latins, balkaniques ou autres, connus ou non, toujours festifs, aussi bigarrés que leurs costumes et d’une modernité fervente dépassant les genres en les respectant, pour le plus grand plaisir des danseuses du ventre et des danseurs d’ici ou d’ailleurs jusqu’ à près de mi(lle et une)nuit .

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Le festival se poursuit jusqu’au 5 décembre dans les salles Strasbourgeoises avec concerts, contes, expositions, débats, et j’en passe.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 17 novembre 2009

Un Thé à Londres : Jazzdor donne carte Blanche au Loop Collective

Le 11 novembre, Jazzdor invitait à découvrir à l’heure du thé (16 h-18 h) deux formations de la jeune scène Jazz Londonienne au Club du TJP par une Carte Blanche au Loop Collective (), collectif créé en 2006, dont c’est la première représentation Outre-Manche.

On pouvait entendre tout d’abord le duo d’Alex Bonney (trompette et bugle) et Dave Kane (contrebasse).

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Le duo pratique l’improvisation libre, free. On voit, on entend que les deux instrumentistes ont le don de la mélodie et le sens de l’harmonie dans les morceaux les plus calmes et écoutables. C’est peut-être moins déroutant à VOIR qu’à ENTENDRE sur le disque. On comprend davantage en concert que ce type d’improvisation post-standard semble n’avoir pour les deux instrumentistes comme référence immédiate que la mise en place, le jeu de l’un par rapport à l’autre, sans thème ni mélodie, ce qui peut dérouter.

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Cependant, au premier rang, un jeune enfant allongé fait danser ses bras et ses mains à leur musique, capable peut-être de plus de naïveté, ne cherchant pas du SENS à tout prix, ou des références connues, contrairement à moi, disponible à l’émotion pure.

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En effet, la contrebasse de Kane esquisse un rythme dans lequel la trompette de Bonney intercale son souffle, ses mélodies, comme deux instruments du Jazz hors des clichés et qui nous appellent à nous en défaire, à redécouvrir le groove d’une contrebasse, le seul souffle musical d’une trompette modifiée de sourdines jouée chacune comme une expérimentation pure et sans filets.

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Ils nous invitent à redécouvrir l’imprévu, quand ils ne sont plus eux-mêmes, que la contrebasse se fait berimbau tapoté de l’archet, percussion Africaine, grincement pur, la trompette gémissement à ras de terre dans la sourdine, à entendre pour la première fois les pistons pour eux-mêmes, à apprécier les variations d’intensité et de tempo pour elles-mêmes, les instruments pour la surprise qu’ils nous font, leurs possibilités inouïes.

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Certes. MAIS même le grand contrebassiste de Jazz Charles Mingus (pourtant capable de violences musicales, mais encadrées par une forme, comme le cri de trompette ultime de son « Haitian Fight Song » ou « Moanin’» (), et l’un des Afro-Américains les plus engagés de son temps, réclamant des armes pour les Noirs en 68, auteur de Fables Of Faubus (http://www.youtube.com/watch?v=LtwxJJkMUF8)), déclarait à Sue Mingus ( qui le cite dans « Pour l’Amour de Mingus ») : « On fait pas n’importe quoi tout le temps », et à propos du Free Jazz : « Je ne sais pas s’ils ont essayé d’escroquer les Blancs ou s’ils se sont fait escroquer eux-mêmes. Ils ont essayé de tuer Bird. De dire que c’était quelque chose de nouveau. Mais on ne prend pas un produit de qualité inférieure pour le mettre à la place de la vaseline et dire qu’il est meilleur, alors que tout le monde sait que ce n’est pas vrai. Ils sont peut-être sérieux, mais leur sérieux ne m’est pas encore apparu. », ou encore «La musique doit avoir une forme, être issue d’une musique historique créée par un peuple. On ne peut pas contenter de types qui jouent des lignes différentes. Si vous étudiez la musique, vous pouvez tout faire, avoir de la variété. Quand chaque pièce sonne exactement comme la précédente, ce n’est pas drôle. J’aime que tout le monde crée collectivement, qu’il y ait un travail d’ensemble. Je veux des rythmes différents, des accords de passage différents ou une musique différente sans aucun accord. Mais jouer seulement free, n’avoir aucune notion de l’endroit où l’on va ou de celui d’où l’on vient…Si on veut m’opérer d’une appendicite, je veux être sûr que le docteur se souviendra de toutes les étapes. »

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Mingus avait même proposé à Duke Ellington en 1972 (cité dans les notes de son disques « Changes »: « Duke, pourquoi vous, moi, Dizzy , Clark Terry et Thad Jones ne nous associerions-nous pas pour faire un disque d’avant-garde ? ». Le Duke refusa : «Pourquoi revenir autant en arrière ? Ne faisons pas reculer la musique à ce point, Mingus. Pourquoi ne pas faire, simplement, un disque moderne ? »

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Mingus pensa à un disque intitulé « Avant-garde par Duke, Mingus, Diz, et caetera ». Mais Duke refusa, « tenant pour démodée la musique qu’on appelle aujourd’hui d’avant-garde. Et c’est vrai. Elle est démodée parce qu’elle est jouée par des débutants.».

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On peut donc demander aux musiciens de faire l’effort d’une forme, de compositions dignes de ce nom.

La meilleure preuve en fut qu’en seconde partie, pour le thé de cinq heures, on pouvait entendre un bon quartette du Loop Collective, Blink (http://www.myspace.com/blinkloop ), composé de la pianiste Alcyonna Mick, du saxophoniste et clarinettiste français Robin Fincker et du batteur Paul Clarvis.

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Dès « Mummy’s Boy », le jeu Tristanien dans les basses d’Alcyonna Mick montre une grande efficacité rythmique alternée de clusts éclaboussant le clavier, la batterie « Around The Bush » et le saxophone lyrique et libre volette de l’un à l’autre. Comme quoi on peut être libres et jouer ensemble à la fois.

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Alcyonna Mick () a un jeu Tristanien, mais plus violent. Leurs compositions ont une évidence harmonique et mélodique Rock / Pop, un charme dramatique cinématographique de BO à la Limousine ou Rocking Chair.

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Ils ont aussi la culture du Jazz et des Standards, Robin Fincker cite « In A Sentimental Mood » d’Ellington qu’il reprit avec Coltrane, pour un décrochage en ballade plus contemporaine sur les balais de la batterie.

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Evidemment, le Jazz Européen peut s’inspirer de ses traditions locales. Ainsi, dans « Contrebass », dédiée aux « petites cuillers de Paul Clarvis », le batteur les entrechoquait sur ses toms, comme les musiciens irlandais sur leurs cuisses, avec le saxophone de Robin Fincker jouant dans un style Balkanique lent, au son voilé à la Lourau, prolongeant le souffle jusqu’à la dissonance, puis rythmé, dans une transe chamanique poussée jusqu’au CRI Free, mais comme aboutissement final, pas comme tenant et aboutissant, comme principe de jeu, se calme sur le tinkty-boum de la cymbale pour repartir en dissonance et finir dans un souffle sur le piano en ragtime lent Tristanien.

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Dans « Fool », belle ballade, ils sont très proches du troisième courant de Tristano dans leur jeu collectif libre, et c’est quand même plus intéressant quand la musique est composée / arrangée correctement, un peu à la Baptiste Trottignon / David El Malek pour le côté anguleux des phrases sur les roulements de la batterie dynamitant le tout à la manière Bop, Hard Bop ou Néo Bop, à la fois capable de marquer le tempo et de pousser au crime.

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« Crunch » croustille de Funk sur la batterie et dans les accords du piano, puis le saxophone trouve et trace sa voie dans et à travers la rythmique forte jusqu’au cri, la fait monter en puissance. Le CRI est un paroxysme, une explosion, la libération d’une tension dramatique, l’exaltation d’une joie qui exulte, l’éclatement d’une révolte, mais ne vaut que PAR RAPPORT à son contraire comme le bruit par rapport au silence ou à la musique organisée, pas comme unique présupposé formel.

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Le Bis est plus lent, le saxophone boisé au son voilè, les balais amoureusement frottés sur les toms puis le saxophone s’envole à peine en une magnifique ballade.

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Dans la Poésie comme en Musique, c’est de la Contrainte que naît la Forme, pas de l’Informe sous prétexte de Liberté qui n’a de sens que comme expérimentation, et si possible qu’en Jam, et encore même là, il faut un discours commun, pour parler la même langue…

Le festival se pouruit encor usu'à vendredi avec ce soir à Pôle Sud Mathew Bourne, Barre phillips et Roger Turner puis le Quartet du tromboniste Suisse Samuel Blaser, Mercredi Henri Teier jouant Jacques Prévert à l'Illiade et Vendredi David Murray et son Latin Big Band jouant le répertoire du Nat king ole Español!

Jean Daniel BURKHARDT

Sol 12 et To Catch A Crab à Jazzdor

Sol 12 est un grand orchestre en forme d’hydre à douze têtes, sphinx masculin-féminin respectant la parité (6 hommes / 6 femmes, venus de huit pays différents), dirigé par luc Ex (bassiste de The Ex et 4 Walls) et Veryan Weston (pianiste de 4 Walls), avec Hasse Poulsen à la guitare, Franz Hautzinger à la trompette, Johannes Bauer au trombone, Hannah Marshall au violoncelle et à la voix, Ingrid Laubrock au saxophone et à la voix, Isabelle Duthoit à la clarinette et à la voix, une noire, Mandy Drummond au violon alto et à la voix, Tatiana Koleva au marimba et aux percussions et Tony Buck à la batterie. C’était mardi 10 novembre la Création de ce projet à Pôle Sud.

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« Andiamo », lance Luc Ex, qui a troqué sa basse électrique punk pour une guitare basse en bois, mais a gardé son attitude très punk dans son jeu, avec tout le corps porté en avant sur une jambe et de retours en arrière, semblant parfois jouer plus AUTOUR de sa basse que de l’instrument, dans un exercice aussi sportif que musical.

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Pour le reste, le traitement musical et le jeu est très contemporain, fait de frottements de cordes (ou d’un archet sur le marimba), de souffles furtifs et rythmiques stoppés dans leur élan ou de jeu de clés, de percussions sauvages qui ne marquent pas le rythme, suivis de loin en loin d’échos de cuivres et autres bruits, d’éclats tonitruants et de silences habités.

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Il y eut un magnifique arrangement du « Las Vegas Tango » de Gil Evans par Veryan weston, bien dans la manière des Sketches Of Spain arrangés pour Miles Davis, avec de magnifiques fonds sonores de l’orchestre, montrant qu’ils pouvaient AUSSI jouer de concert.

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Mention spéciale pour Isabelle Duthoit, la clarinettiste aux cheveux rouges écrevisse, qui outre un jeu très contemporain (souffles coupés, jeux de clés à vide et autres borborygmes), fit quelques démonstrations vocales intéressantes, un peu à la manière de Phil Miton (chanteur de 4 Walls), mais avec la grâce féminine en plus, un côté oiseau crieur plutôt charmant suivant sa voix d’un bras mobile, la poussant jusqu’au cri ou l’étouffant dans l’aïgu, au rugissement ou au bêlement, une vraie ménagerie intérieure!

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Johannes Bauer fit démonstration de ses talents bruitistes et musicaux, de l’un à l’autre, alternativement ou des deux ensemble, à plusieurs reprises. Dans le genre contemporain, c’est sûr que c’est un « maestro », comme l’a dit Frantz Hautzinger.

A un moment précis, on a pu presque retrouver le rythme festif du Jazz… Après, c’est une question de goût, et de savoir si le jeu collectif et généreux est le but ultime de la musique et du Jazz plus ou au moins autant que les bruits individuels juxtaposés…

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En seconde partie, on pouvait entendre «To Catch A Crab », duo de Pascal Gully (batterie, percussions, voix) et Christine Clément (voix, synthétiseurs, bugle, guitare et effets électroniques) au Club du TJP, que Jazzdor est content de retrouver après deux années ailleurs. Dès le premier titre « Invisible War », on voit qu’il y a un vrai univers, un talent mélodique, une harmonie entre le clavier, les deux voix et la batterie.

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C’était, je l’ignorais, l’anniversaire du Maestro Ennio Morricone ce 10 novembre (81 ans), « Longue vie à lui » lui souhaite Pascal Gully. Peut-être peut-on y voir une influence sur les paysages désolés, cinématographiques (), un côté « Il Etait Une (autre) Fois Ailleurs » de « To Catch a Crab », où parfois affleure un bugle solitaire en plein désert dans « Botanic », une bonne chanson pop tant pour le texte en anglais que pour la mélodie chantée par Christine Clément.

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La musique devient plus Rock underground quand Christine Clément martyrise les cordes d’une guitare électrique à plat sur ses genoux, puis l’ambiance se fait séductrice, vénéneuse sur les invitations de Pascal Gully («Come With Us Into a New Shelter ») sur fond de gongs et de batterie obsessionnelle, d’échos de guitare et de clochettes tibétaines de Clément.

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Le synthétiseur se fait harmonium sur les clochettes de Gully, comme dans « Drogenfähnder » atteignant une spiritualité universelle lente sur les baguettes ouatées, effilochées de Gully, sur lesquelles Christine clément sait construire un au-delà des langues, un esperanto de l’émotion (« A Star End, La Vida »), du murmure au cri à la Patti Waters. Gully avait déjà joué sur les langues et les poésies avec Da-Go-Bert ( Porquoi ce nom? « trois syllabes, nous sommes quatre », m’expliqua un jour l’intéressé) avec Géraldine Keller (voix, flûtes), François Heyer (trombone) et Jean-Christophe Kaufmann (guitare).

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Dans « Liquide », grâce à la sirène Clément, on croit entendre les cordes d’un qanûn absent, ruisseler les eaux d’un piano naturel englouti, un piano d’eau qui goutte près de la bouche d’une écluse électro de Gully. Christine Clément a un usage organique, naturel, presque écologique des moyens électroniques, en quelque sorte…

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Gully joue aussi des œufs percussifs dans « Folk » et des cymbales à la baguette, créant des frissons de glaciers, des échos de banquise, des chants d’icebergs, une musique de glace à la Terje Isungset (à Pôle Sud le 5 février), sur laquelle Christine Clément pose un chant diphonique, mongol, hinouit, puis ‘envole à la Lisa Gerrard de Gerrard de Dead Can Dance vers des paysages inouïs. Gully et Clément sont deux chamanes, lui urbain, industriel, Héphaïstos ferraillant dans l’usine forge de sa plaque de tôle (remplacée sur ce proijet par un tar suspendu) aux lueurs rougeoyantes, elle sirène d’on ne sait quelle mer ou pythie sibylline sur un electro-dub acoustique créant un paysage imaginaire Morriconien, paysage désolé sur lequel claironne le flugelhorn de Christine Clément sur les percussions tribales de Gully, entre Miles, Chet et la poésie atmosphérique d’un Molvaer dans cet environnement plus naturel que son laptop, Gully joue aussi d’un grand gong tournoyant.

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Sur le « dernier morceau », l’orgue se fait suave et groovy, pop et la voix de clément rappelle Portishead, plus Jazzy, Soul sur la batterie légère et ses ras ethniques. Le clavier scratche Gully, puis se fait Floydien, psychédélique.

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Dans le Bis percussif electro, le souffle de Clément retrouve le personnage de la petite fille haletante qui a peur de la nuit noire et de la Machine qu’elle joue dans certains titres de Polaroïd 4 (http://www.myspace.com/christineclement ), son autre groupe avec Christophe Imbs et finit en cri final mongol.

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C’est de la pop travaillée à la manière de la musique contemporaine, mais en restant intuitive, laissant la place à l’improvisation, en un mot excitante et audible, qui nous fait aimer la pop et ces moyens contemporains plus que la décevante pop actuelle et l’ennuyeuse musique contemporaine. Un vrai univers fascinant et varié.

PS: pour l'album déjà terminé, "To Catch a Crab" est à la reccerche d'un label, avis aux amateurs

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 10 novembre 2009

Archie Shepp Phat Jam à la MAC de Bischwiller

Archie Shepp est un des héros historiques du Free Jazz né en 1937 qui a commencé avec Coltrane, milité pour les droits Civiques Noirs, Malciolm X et le Black Power, a aussi fait du Funk avec Attica Blues, joua avec Chet Baker peu avant sa mort (qui ne comprenait qu’il ait autant « horreur du silence »), s’est calmé dans les années 80s sur des gospels lyriques en duo avec le pianiste Horace Parlan, a joué avec des Gnawas et monté son label "Dawn Of freedom"dans les années 2000s….Il est donc logique de le retrouver aujourd’hui avec Phat Jam, un projet Hip-Hop (il en a déjà monté un avec Chuck D et Public Ennemy) incluant Napoleon Maddox, rappeur et beatbox de Iswhat !?! et le batteur Hamid Drake, qui après avoir commencé par le Funk, est devenu le batteur de Peter Brötzmann, puis de William Parker.

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Il a ramené de la première prestation enregistrée de cette formation à Milan le saxophoniste Italien Cochemea Gastelum au saxo alto, rajouté un certain Patterson au clavier et une basse électrique.

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Ils commencent avec « Dig » d’Iswhat !?!, le groupe Hip Hop de Napoleon Maddox avec Oliver Lake avec le beatbox puis le rap de Napoleon Maddox et la puissance du saxophone de Shepp sur un tempo plus rapide que sur l’album avec Olivar Lake. Shepp intercale ses solos alternés avec le saxophoniste italien. Maddox rappe « You got to do what you need to do » sur leurs bons riffs funkys, qui rappellent que le hip hop vient de loin dans le Jazz (Gospel, Swing, Bop, Rythm’N’Blues, Soul, Funk, Hip Hop), puis beatboxe avec la batterie d’Hamid Drake pendant le solo de l’italien. Le clavier donne un liant 70ies à la Lonnie Liston Smith, auquel Patterson fait penser avec sa barbe poivre et sel. Archie Shepp a toujours la grande classe dans sa tenue vestimentaire : chapeau et costume noir, cravate et chemise blanches. Son style est à la fois lyrique dans ses solos et offensif par ses riffs en rythmique. Cette formation est aussi une belle combinaison intergénérationnelle du Jazz, du Free au Hip Hop.

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Ils poursuivent avec Casket, (pas le chapeau, la boîte dans laquelle Maddox refuse de se laisser enfermer). C’est le thème de l’album « Phat Jam in Muilano » le plus bouleversant et lyrique sur une basse lente et les claviers rajoutant un côté Brésilien à la belle mélodie des fonds sonores magnifiques des deux saxophones, avec un superbe solo de Shepp sur la basse.

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Le beatbox de Maddox est vraiment un instrument à part entière, entre turbine et boîte à rythme vocale, vivante, humaine. Son flow y est aussi plus lent, musical et sensible, surfant sur le saxophone et le clavier, c’est un vrai chanteur, pas seulement un rappeur débitant des mots au kilomètre/seconde.

Shepp est aussi un enseignant, aux Etats-Unis, où il a pris sa retraite, mais aussi de par le monde, invitant lors de son dernier passage une de ses élèves locaux, et ici cet italien.

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Archie Shepp continue avec « Trippin’ », un Boogie Blues de sa composition , présenté comme « un voyage psychologique » (il parle un français à l’accent américain moelleux, d’une voix éraillée), extrait de son précédent disque « Gemini » sur une bonne basse basse Rythm’N’Blues pur Jook Joint et la Beatbox de Maddox. Tout le Jazz se retrouve dans son solo de saxophone (http://www.youtube.com/watch?v=iKaKrxaDXkc&feature=related ), depuis le Gospel de cette citation d « Oh When The Saints Go Marchin’ In ». Il chante d’une voix forte, il est aussi un extraordinaire chanteur de Blues, de ballades, des souffrances et des résistances de l’Âme noire (Soul), et un Blues Shouter qui hÛÛrle à la Howlin’ Wolf à la Eddie Cleanead Vinson dans l’aigu, rassemble en lui tout le Jazz, la Great Black Music, du Gospel à James Brown (« I Feeeel Good ».

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Napoleon Maddox reprend le micro pour « Ill Biz », « sur l’argent, qui voudrait faire tourner le monde rond, mais le monde a d’autres projets » sur la rythmique Drum’N’Bass d’Hamid Drake, la basse funky Hip Hop, le clavier et Shepp en fond sonore puissant. Maddox y dénonce les commerces illégaux : « le commerce de la drogue contrôle l’Amérique , le commerce des armes contrôle l’Amérique, parce que George Bush, fils de George Bush l’ancien président directeur de la CIA contrôle l’Amérique » chantait-il sur le disque et sur scène, mais maintenant qu’Obama est président, il a enlevé ces dernières attaques personnelles après la victoire, se concentrant sur la critique de l’argent qui a mené l’Amérique à la crise, puis passe aux beatbox en scratchant sur les saxophones. La modernité de Shepp le rend inusable, de tourner avec un tel groupe à plus de soixante-dix ans, alors qu’il n’a plus rien à prouver, pourrait se contenter de jouer des standards, mais justement c’est parce qu’il sait d’où viennent ces musiques (de l’esclavage et de la révolte des noirs), et qu’il l’a toujours expliqué à chacun de ces concerts qu’il va bille en tête vers les formes les plus modernes et actuelles de cette même contestation que sont le Hip Hop et le rap. C’est certainement sa formation la plus moderne depuis une dizaine d’années.

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Mais les ballades Soul et leur émotion ont aussi, justement, leur place dans le répertoire du Phat Jam, comme ce «Little ghetto Boy » de Donny Hathaway, chanté avec soul par le clavièriste avec un Shepp lyrique au saxophone. Le Jazz est aussi une musique de consolation et de dépassement de la souffrance, d’espoir qu’ »Everything is gonna be better » (Tout ira mieux).



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Archie Shepp recycle ses anciennes chansons, ses vieilles émotions et ses colères légitimes, comme “ Mama Rose “, dédié à sa grand-mère, dont il a fait « Revolution ». Sa grand-mère était esclave « née quand les noirs n’avaient pas de saxophones ni de trompettes, de trombones, ni même un tambours, n’avaient rien pour exprimer leur révolte que leurs propres corps ». Au début de sa carrière, il chantait un chant de révolte , «Hambone », rythmé récemment par son batteur sur son pantalon de cuir noir.

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Cette fois, c’est Napoleon Maddox qui l’accompagne d’un beatbox africain proche par ses cliquetis des tribus khosas Sud-Africains popularisés par Myriam Makeba dans sa « Click Song », origine lointaine du beatbox jusqu’en Afrique et dans ses percussions buccales.

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Depuis toute sa carrière, ArchieShepp explique et martèle à chacun de ses concerts l’importance de l’esclavage dans l’origine du Jazz. Il s’y révèle à la fois chanteur, bluesman et poète du « Matin Des noirs », dénonçant le meurtre d’un cousin par la répression policière lors d’une manifestation pour les Droits Civiques dans « Steam » (fumée), qu’il chante parfois lui-même, aussi bien que le crooner d’ « Attica blues », conteur, de cette voix profonde magnifique de ferveur, avec ce texte visionnaire où il voit « les étoiles brillant comme les yeux de sa grand-mère » dans ce blues d’un voyage de Chicago à New Orleans. Engagé, ce qu’il veut léguer à son peuple, à ses enfants, est un boulet de canon et la Revolution autant que la Paix.

L’âge n’a pas calmé sa révolte dans son essence, lui a peut-être amené la sérénité, la tolérance, et dans une interview, il disait de continuer à écouter Louis Armstrong.

Il crie : «NOUS SOMMES LES VICTIMES, je vais le dire à mes fils, de ne pas oublier de faire la REVOLUTION, RÊV-RÊV-RÊ-VOLUTION ».

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Maddox lui fournit un accompagnement constant et très varié avec les percussions africaines d’Hamid Drake, la basse lourde et groovy, dramatique.

Archie Shepp termine « Black Girl WET, WET, WET, from the heart», « Fille noire, mouillée du cœur », comme ses yeux humides de larmes et les nôtres. Deux enfants handicapés au premier rang mêlent leurs cris aux siens, communion de souffrances raciales ou physiques, de deux exclusions…

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Napoleon Maddox reprend le micro pour « The Life We Chose » (la vie que nous avons choisie) sur une rythmique Hip-hop collective et tribale avec les taxiphonies de Shepp et Gastelum, le rebond funky du clavier de Patterson, et chante avec le public.

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En souvenir de John Coltrane, ils reprennent aussi « Afro Blue » que Shepp lui attribue à tort, puisqu’il est du percussionniste Afro-Cubain Mongo Santamaria qui en donna une version plus « roots » avec percussions et flûtes.

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Napoleon Maddox s’est révélé rappeur mais aussi chanteur, beatbox mais comme un vrai jazzman et même un soliste, tout simplement émouvant autant qu’incisif dans son message. C’est une version plus funky avec le beatbox de Maddox et jouée par Archie Shepp au saxophone soprano oriental rappelant le dernier Coltrane, citant « Summertime ». Comme Coltrane, qui mourut jeune, Shepp double son saxophone d’un second, mais comme il est plus vieux, ce serait plus comme King Oliver doublant son cornet de Louis Armstrong.

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Maddox assura un Bis Hip Hop / Beatbox avec Shepp jusqu’au cri, puis Shepp un second Bis sur un autre de ces Blues Funky dont il a le secret sur New York, avec un faux départ « STOP », le public dansant avec lui debout sur son Blues chanté/crié/shouté/hurlé/balancé/swingué/funkysé… STOP! pour de bon cette fois.

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Archie Shepp, Maddox et leur groupe nous rappellent à la fois toutes nos raisons originelles d’aimer le Jazz, et lui rendent son acuité, sa modernité, son urgence sociale et révolutionnaire ICI ET MAINTENANT où tous ces styles se retrouvent.

Jean Daniel BURKHARDT

dimanche 8 novembre 2009

Le Trio » Rooms » d’Hans Lüdemann et le nouveau quartet de Dominique Pifarély à Pôle Sud pour JazzD’Or

Hier soir, on pouvait assister à une seconde soirée Jazzpassage à Pôle Sud, avec un autre double-plateau franco-allemand et franco-américain : le trio Rooms du pianiste allemand Hans Lüdemann avec Sébastien Boisseau à la contrebasse et Dejan Terzic à la batterie en première française et la Création du nouveau projet « Out Of a joint » du violoniste français Dominique Pifarély avec le contrebassiste Bruno Chevillon, le saxophoniste américain tim Berne et son pianiste Craig Taborn.

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Hans Lüdemann est né à Hamburg en 1961 et étudia à Cologne. Le contrebassiste Sébastien Boisseau a réenchanté le début de ce millénaire de ses « Fées et Gestes ». Le batteur Dejan Terzic m’était jusque là inconnu.

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Après une introduction iconoclaste au fender rhodes, Hans Lüdemann se lance dans un premier thème dans l’esprit du pianiste aveugle Lennie Tristano et de son troisième courant d’un Be Bop ouvert aux influences baroques de Jean-Sébastian Bach, calme puis plus énergique, en passant parfois par le ragtime d’un film imaginaire, ou rappelant Keith Jarrett dans sa façon de prolonger ses phrases d’un climat à l’autre, avec des tempêtes de clusts violents dans lesquelles Sébastien Boisseau tient le mât, le gouvernail solidement.

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Dejan Terzic se montre dans son accompagnement d’abord percussionniste plus que batteur, très fin, jouant de clochettes attachées à un portant ou des cymbales avec des baguettes ouatées et d’un petit xylophone (de l’autre côté de la batterie) ou voilant ses toms d’un linge pour en assourdir le son, puis jouant d’un balais de bois en fagot, mais sut aussi monter en puissance avec Lüdemann.

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L’attitude du pianiste pendant ce première titre très long et évolutif rappelait un peu celle de Bill Evans : comme arc-bouté, immergé dans le piano à s'y noyer, le visage parallèle au clavier. Une mèche rebelle lui épargne le déficit d’image de la raie sur le côté de Bill Evans et il ne porte pas de lunettes.

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Le second titre, une ballade, fut plus dans la manière de Bill Evans dans la forme, avec une belle mise en place à la fois libre et solide de Sébastien Boisseau très originale dans ses solos et un parfait détachement de ses solos originaux à la manière de son contrebassiste Scott La Faro, et aussi cette façon d’accélérer imperceptiblement le tempo par groupes de notes sans avoir l’air d’y toucher dans « Come Rain Or come Shine » et « Autumn Leaves » dans « Portrait in Jazz ».

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Après information, il s’agissait d’un standard de Berthold Brecht et Hans Eisler « Über Den Selbstmord » (Sur le Suicide), écrit pendant la guerre quand ils étaient exilés en Californie.

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Les juifs allemands avaient alors aussi leurs raisons d’avoir leur Blues, autant que les afro-américains sinon plus, leur Sehnsucht à l’Européenne, leur Saudade venue du froid.

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Enfin, une troisième pièce, ils jouèrent "Blues in Black and White", d’inspiration Africaine, musique que Lüdemann a beaucoup étudiée et jouée avec Ali Keïta au balafon et la chanteuse Dobet Gnahoré dans son Trio Ivoire, et, quoique l’orchestration fût plus jazz, il trouva des nuances de balafon ou de likembé ou sanza (piano à pouces africain) amplifié des Konono n° 1 ou des Kasaï All Stars dans l’intérieur des cordes du piano, Sébastien Boisseau celles d’une kora dans les cordes les plus aigues de sa contrebasse et Dejan Terzic tint le rôle d’un Art Blakey africain et joua de son petit xylophone comme d’un balafon.

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En bis, ils terminèrent par une ballade rendue groovy par la basse et la batterie.

En seconde partie, on pouvait entendre la création d’ « Out Of Joint » d’après une phrase d’Hamlet de Shakespeare : («Le temps est hors de ses gonds ») et les titres des morceaux sont dans cet esprit funèbre, dernier projet du violoniste français Dominique Pifarély () avec Bruno Chevillon à la contrebasse et les américains Tim Berne au saxophone alto et son pianiste Craig Taborn.

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On a pu découvrir Dominique Pifarély dans les formations de Louis Sclavis, et j’avais apprécié dans « Les Violences De Rameau » leur respect puis leur décrochage violent de la musique du XVIIème siècle en ska.

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Tim Berne a un talent certain pour faire durer jusqu’à la transe répétitive ses riffs de saxophone qui évoluent lentement sur la rythmique de Craig Taborn, Marc Ducret (à Jazzdor le mardi 17 novembre avec Samuel Blaser et en Masterclass "Speed Dating" le 18 à Pôle Sud de 15 à 18 h) et Tom Rainey à la batterie, arrivant à créer une mélodie insistante et obsèdante à partir d’un jeu libre et sauvage qu’il structure peu à peu de l’énergie du Rock ou du Funk.Avec Pifarély, il assura dans un contre-chant / contrepoint du violon en des volutes infinies mais toujours justes.

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Craig Taborn excella dans les accords complexes puis isolés en un jeu touffu ou se réduisant à une goute d’eau sur les touches, puis partant en des violences insoupçonnées sur le groove au naturel de la basse de Chevillon. Avec le violon, on pouvait parfois penser au Council Of Balance de Steve Coleman, avec qui Taborn a joué sur Lucidarium.

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Et finalement, cette seconde partie était aussi bien dans la manière de Lennie Tristano en Quintet avec Lee Konitz et Warne Marsh aux saxophones (dont le style de Berne serait une modernisation car il garde le goût pour la fugue et les chases au plus près des autres musiciens). C’est Tristano qui initia ces structures complexes où chacun était une voix suivant son propre chemin mais inextricablement liée aux autres, soufflant cet air frais passant sur la west Coast pour la dépasser à tue-tête. Gageons que son esprit était un peu parmi nous à travers eux…

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Le festival se poursuit ce soir avec le nouveau Phat Jam d’Archie Shepp où officient le rappeur Napoleon Maddox de Iswhat !?! et le batteur Hamid Drake, à 20 h 30 à la MAC de Bischwiller. Un car affrèté par Jazzdor part à 19 h 30 de la Place de La Bourse de Strasbourg et vous y ramènera.

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 7 novembre 2009

MGT et le Tetraband de Bojan Z ouvrent le Festival Jazzd’Or à la Cité de la Musique et de la Danse

Hier soir s’ouvrait le 24ème festival Jazzd’Or, le festival de Jazz contemporain de Strasbourg, qui se tiendra du 6 au 20 novembre prochains.

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Pour cette première soirée, on pouvait entendre un double plateau Franco Allemand Jazz Passage, avec un trio de guitaristes émérites : MGT (pour l’autrichien Wolfgang Muthspiel, l’australien Slava Grigoryan et l’américain Ralph Towner, pour la première fois à Strasbourg), puis le nouveau groupe Tetraband du pianiste Bojan Zulfikarpasic (dit Bojan Z), très funk avec le tromboniste de Brooklyn Joshua Roseman et la rythmique anglaise de l’Accoustic Ladyland, à savoir Ruth Goller à la basse électrique et Sebastian Rochford à la batterie.

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Le trio MGT s’est créé lors d’une tournée en Australie et regroupe trois générations de guitaristes. Tout d’abord sur scène le plus jeune Slava Grigoryan, guitariste classique australien né en 1976 au Kazakhstan qui a commencé avec ses frère et soeur violonistes des Grigoryan Brothers Edward et Irina et que s’arrachent tous les orchestres philharmoniques, mais au style très flamenco sur une guitare classique joua une composition de Bill Lovelady : « Sounds Of Rain », faisant penser à la pluie par les variations de son impétuosité/intensité sous ses doigts de la douceur à la violence, alliant la prestance baroque à la Solea du Flamenco. Déjà une magnifique et magistrale leçon de guitare.

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Il fut suivi par le guitariste électrique autrichien Wolfgang Muthspiel, né à Judenburg en 1966 et frère du tromboniste Christian Muthspiel le guitariste électrique du groupe, mais qui en faisait un usage très musical, sans aucune saturation, sur une « silent guitar » sans caisse de résonance et réduite au manche et à une demi courbe vide reposant sur sa cuisse, et joua « Water », sorte de bossa doublement bègue grâce à l’utilisation d’un sampler enregistrant la rythmique pour improviser ses arpèges dessus.

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Wolfgang Muthspiel fut influencé vers 15-16 ans par un album solo de Ralph Towner, guitariste américain né en 1940 à Chehalis, spécialiste de la guitare douze cordes en métal et pilier du label ECM depuis 1974. Lui aussi a un style proche du baroque, et, dans les plus hautes cordes, la finesse d’une harpe dans ce « Solitary Woman », sorte de bossa baroque (http://www.youtube.com/watch?v=xTSuQUuOhWM).

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Après cette introduction de saine émulation et influence de ces trois guitaristes, ils se rejoirent en trio comme en Australie, où Towner fait la rythmique, Grigoryan, les arpèges et Muthspiel les résonances électriques en écho sur une guitare électrique à caisse, et vice versa, et jouèrent plusieurs titres de leur album, une musique magnifique où chacune de ces individualités sur un instrument différent, trouvait sa place dans un son collectif.

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Outre ces compositions, Towner et Muthspiel jouèrent en duo le standard « Solar » de Miles Davis et du pianiste Bill Evans, alternant thème et improvisation libre à tour de rôle.

En seconde partie, on pouvait entendre le pianiste et clavièriste Bojan Zulfikarpazic (http://www.myspace.com/bojanzed) et son nouveau Tetraband avec lequel il tourne depuis 2008. On a connu Bojan Zulfikarpazic (alias Bojan Z) depuis son arrivée de Yougoslavie avec Julien Lourau (http://www.youtube.com/watch?v=GSDQzuJcjNE ), puis son propre quartet, à la tête d’un sextet multiculturel pour « Koréni » en Solobsession, aux Etats-Unis avec son Transpacifik Trio et dernièrement avec Xénophonia, où il faisait un usage peu conventionnel d’un fender rhodes trafiqué qu’il appelle Xénophone.

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C’est dire si son retour est attendu avec cette nouvelle formation très funk, avec lequel il vient d’enregistrer son dernier disque «Humus».

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Le tromboniste Josh Roseman de Brooklyn a été le fondateur des Brooklyn Funk Essentials avant de jouer avec John Zorn et la scène Underground New-Yorkaise, l’italo-britannique Ruth Goller à la basse électrique (la première fois pour Bojan Z qu’il n’utilisera pas une contrebasse, virage vers le Rock et le Funk) et le batteur Sebastian Rochford sont la section rythmique anglaise de l’Accoustic Ladyland. Josh Roseman (http://www.dailymotion.com/video/x4vfoz_grenoble-jazz-festival-bojan-z_music ) excelle tant à la sourdine que pour moduler les sons de son trombone de la douceur veloutée ou rythmée, swinguée, à la violence rageuse, gueularde, jusqu’au cri.

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Ruth Goller assura un groove constant et Sebastian Rochford, compositeur d’un des thèmes, montra sa faculté de passer du Jazz au Funk, au Balkanique aux rythmiques Drum’N’Bass les plus modernes, aux frétillements polyrythmiques (http://www.youtube.com/watch?v=NNplKq7E_xk&feature=related) voire déstructurées.

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Après « Numéro 9 » plutôt calme et Jazz, Bojan Zulfikarpazic dédia un titre plus violent « à nos chers banquiers », où il utilisa le Xénofone, mélange fascinant de son très aigre de saturation et inouï à la Soft Machine dans les graves déclenchant entre tempêtes, tsunamis et chants des glaciers sonores et autres paysages vivants, et de douceur très perlée, 70ies, dans les aigues, sans que l’on puisse déterminer quand il passe de l’un à l’autre, peut-être par le jeu d’un boîtier d’interrupteur. On pouvait en effet penser à des tempêtes de crise financières, se calmant en creux de vagues permettant le retour des parachutes dorés et primes en bonus aux traders, mais qui n’évitent pas la catastrophe apocalyptique finale de la misère mondiale..

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A d’autres moments, on croirait en entendant ce Xénophone être dans une taverne balkanique devant un orgue de Barbarie ou un de ces claviers de fortune qui y divertissent le public et accompagnent les chanteurs de leurs sonorités orientales et envoûtantes.

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Après plusieurs autres titres, il finit dans le style Balkanique prorre à Bojan Z depuis ses débuts, mais il n’aime pas la réduction de la musique Balkanique à ce qu’en donnent à voir les films d’Emir Kusturica et les disques de Goran Bregovic. C’est sûr qu’avec ce Tetraband, il en donne une version autrement plus moderne, urbaine, Jazz, Rock, Funk, et autrement plus excitante!

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Le Festival se poursuit avec une après-midi gratuite à la Médiathèque Centre de Strasbourg, avec à 15 h une rencontre avec Michel Dorbon, directeur du label de Jazz RogueArt, à 16 h un concert de la contrebassiste Hélène Labarrière en solo sur des chansons françaises, et à 17 h le film « Off The Road, Peter Kowald » de Laurence Petit-Jouvet publié chez RogueArt en 2001 suivant la dernière tournée américaine du contrebassiste allemand Peter Kowald, décédé deux ans plus tard.

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Et bien sûr, ce samedi soir 7 novembre, le festival se poursuit à Pôle Sud à 20 h 30 avec le trio du pianiste Tristanien Hans Lüdemann, Sebastien Boisseau à la contrebasse et Dejan Terzic à la batterie en première française, puis la Création du nouveau projet « Out Of Joint » du violoniste Dominique Pifarély avec le contrebassiste français Bruno Chevillon, le saxophoniste américain Tim Berne et son pianiste Craig Taborn.

Jean Daniel BURKHARDT

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