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samedi 19 juillet 2008

DORADO SCHMITT TERMINE LE FESTIVAL « TERRES ET MUSIQUES TZIGANES » EN BEAUTE

Lors de la dernière soirée, le Festival « Terres Des Musiques Tziganes » donnait carte blanche à la relève à travers deux classes d’élèves des guitaristes Yorgui Loeffler ( à Haguenau) et Francko Mehrstein (à Neuhof), rappelant les concerts de l’école de l’APPONA à la Citadelle, très appréciés au Festival International Tzigane et annonçant peut-être l’ouverture d’une nouvelle école à Strasbourg.

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Puis on pouvait entendre le guitariste acoustique, électrique, violoniste et chanteur manouche Dorado Schmitt, né en 1957 à St-Avold, cousin de Tchavolo Schmitt, qui commença avec lui, ici en quartet avec son fils Samson Scmitt à la guitare, une basse et une batterie. « On n’oublie pas Django, mais la plupart des thèmes sont de ma composition », annonce-t-il.

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Il commence avec l’une d’elles dédiée à un « William » au violon nous fendant l’âme et la sienne, presque un peu à la Didier Lockwood dans ses moments lyriques, moins démonstratif que Grappelli dans l’aigu, sans ces stridences qui vous vrillent le tympan, mais comme un chant, un cri, un sanglot du crin vivant sous l’archet. Samson accompagne entre pompe manouche et Bossa le violon qui pleure, miaule sous l’archet. L’un des premiers succès de Dorado en Allemagne fut sa « Bossa Dorado ».

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Suit une sorte de Bossa slave à deux temps, avec une descente acoustique vertigineuse de Samson à la guitare. Dorado fait vivre l’archet comme Grappelli sur un clavecin «barockisant» groovant gaiement en échappée libre sur les routes de France en voiture volée par Dewaere et Depardieu dans sa musique pour les «Valseuses» de Blier ou « Milou en Mai ». Dorado_Samson.jpg

Suit « Sweet Georgia Brown », thème New Orleans mais qui eut aussi les honneurs des premières Jams At The Philharmonic en 46 par Charlie parker et Lester Young, rarement réunis et enregistrés ensemble. Presque méconnaissable en intro, le thème part guilleret à la Grappelli avec des citations de Bach, puis après un solo de basse groove, Dorado lamine le violon à la gigue irlandaise, Samson swingue et groove, suivi du solo de batterie fracassant, puis guitare sur basse avec violon en pizzicato en accompagnement.

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Dorado prend sa guitare. Il chante aussi depuis qu’il est revenu à la scène après un terrible accident de voiture, et a enregistré un « Dorado Sings ». Il reprend « Il ne faut pas briser un rêve », ballade des années 30s que le crooner français Jean Sablon avait enregistrée avec Django à la guitare comme accompagnateur. La voix de Dorado est magnifique, celle d’un crooner qui pourrait ne pas être manouche, si ce n’est une fragilité qui en brise parfois l’innocence harmonique par l’émotion. Le texte rétro y retrouve un certain charme désuet, comme quand on l’écoute par Sablon. La guitare électrique modernise le thème d’un solo un peu slow années 70s trouvant la voie d’un Jazz-Rock Manouche,

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Dorado le sait, « Sans le grand ancêtre Django Reinhardt, on ne serait pas là. », dit-il en introduisant son « Nuages », sur une autre guitare électrique, mais Selmer comme celles de Django, à la manière de la dernière version électrique de Django de ce «Nuages» pour l’album « Pêche A La Mouche », avec Martial Solal au piano. Après l’exposé du thème, Dorado joue sur une seule corde, d’une manière presqu’Hawaïenne dans ses harmonies et finit en Marseillaise comme Django et Grappelli célébrant leurs retrouvailles après-guerre d’un « Echoes Of France ».

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Suivent quelques voyages express, en Russie avec « Les Yeux Noirs », au tempo à couper le souffle presque Jazz-Rock, sur une pompe Bop très rapide, au « Brazil » joué au violon au pizzicato, repris par Django ouvrant le Jazz Manouche au Brésil. Grappelli lui-même jouera avec Baden Powell, guitariste et seul pionnier de la Bossa Nova à avoir vraiment connu le monde de la Samba des mornes de Rio. Suit « Undecided », sympathique sur ce tempo 30/50s sur une basse imperturbable pendant le solo de Samson.

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Arrive le dernier morceau, autre « Ballade pour mon ami William », mais pas le thème du début, les autres s’y trompent d’ailleurs, qui rappelle la scène de « Latcho Drom » où l’on voyait Dorado et Tchavolo Schmitt arriver en voiture aux Sainte Marie De La Mer, avec la basse jouée à l’archet.

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Le Bis est étonnamment Groove’N’Funky, sur la rythmique Jazz-Rock électrique de Samson, mais Dorado le suit très bien, et s’est illustré dans ce style avec « Mistral ». Ici Dorado s’élève au style d’un Santana, doublé d’un fredonnement vocal comme dans son « Choucka Dives».

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De l’extérieur du chapiteau, le concert résonne dans le Jardin Des Deux Rives, et un passant tardif ne croirait plus à un concert de musique manouche mais à un concert de Jazz-Rock Funky. Dorado a prouvé qu’il est peut-être une des voix les plus modernes de la musique manouche, capable de la pousser jusqu’à la ferveur électrisante du Jazz-Rock sans la dénatuer.

Jean Daniel BURKHARDT

dimanche 13 juillet 2008

GUITAR VISION ET YORGUI LOEFFLER AU FESTIVAL TERRES DES MUSIQUES TZIGANES

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Le samedi 5 juillet, le festival «Terre Des Musiques Tziganes » recevait le groupe local de La Petite Pierre « Guitar Vision» des Frères Lorier jouant des musiques d’Amérique Du Sud dans un genre latino Flamenco et rumba gitane. Gino Lorier, souffrant, est absent mais « sorti de l’hôpital et va mieux », rassure le groupe. En introduction, des danseuses de flamenco font sonner leurs talons et palmas, voleter leurs mains comme des oiseaux libres.

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Les percussions sont rares dans la musique gitane, mais Camarron De La Isla lui-même avait intégré une batterie et une basse électrique à son groupe au départ de son guitariste Paco De Lucia remplacé par Tomatito pour l’album « La Leyenda Del Tiempo ».

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Ici, on a une batterie jouée par une sorte de corsaire Hard, un linge noir noué sur ses cheveux. et une paire de congas surmontées de clochettes et d’une cowbell pour la touche latine, jouées par un percussionniste barbu au style exotique : chapeau de paille et chemise à fleurs. A la guitare et au chant, Alessandro semble un espagnol ou Sud-américain pur jus, accompagné par Pascal Lorier à la guitare rythmique et soliste.

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Le concert commence par des accords flamencos introduisant « Besame Mucho », chanté d’une grande voix forte et profonde par Alessandro en espagnol sur les arpèges de l’autre guitare, gardant les bases du Jazz manouche même dans la trame rythmique flamenco.

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Suit un instrumental un peu dans le style de « Gypsy Remix » de Christophe Fritsch, ancien guitariste des frères Lorier qui est allé chercher le Flamenco dans le Sud de la France. Ils jouent un Flamenco sans cris, jazzy, un peu comme celui des Gitans du Quartier du Jaume de Perpignan ou celui que jouait Cyril Collard avec des Espagnols dans son film «Les Nuits Fauves», soutenu par les congas et les petites cymbales, puis arrive le chant énorme d’Alessandro, s’approchant des grands comme Terremoto De Jerez (tremblement de terre).

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Après une Guajira Cubaine campagnarde, ils nous entraînent dans les montagnes de l’Oriente dont descendit le son « Montuno » avec une chanson d’un de ses représentants récents les plus connus, Compay Segundo : « La Negra Tomasa », couplée avec « Mandinga » (aussi appelée Bilongo ou La Negra Tomasa). Leur reprise est plus rapide que celle de Compay Segundo dans sa dernière compilation posthume à la quelle elle donne son titre, sortie en mars dernier pour son centenaire, avec un rythme de rumba flamenca.

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Suit un thème Brésilien mais qui a fait le tour de l’Amérique Du Sud : « Tico Tico Na Fubà », Choro de Zequinha De Abreu de 1917 ou simplement « Tico Tico », popularisé en 1947 par Carmen Miranda dans le film « Copacabana », et dont Charlie Parker lui-même donna une version Afro-cubaine. La chanson est reprise en rumba, mais la vitesse des guitares et des percussions font penser aux marimbas du Mexique et aux pas rapides des danseurs, avant de prendre de l’ampleur, jazzy sur la batterie qui ralentit, puis accélère le rythme, à la joie des enfants courant et dansant partout comme au Festival International Tzigane de La Citadelle.

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Après le Brésil, c’est en Argentine que nous entraîne un tango, musique tragique des hommes quittés qui pleurent leur orgueil bafoué. Avec l’accompagnement des seules guitares rythmiques, le tango retrouve ses origines dans l' estilo originel de la Pampa chantée par les gauchos qui gardent le bétail en buvant du maté, comme dans certains enregistrements de Carlos Gardel avant son heure de gloire.

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On retourne ensuite au Flamenco Jazzy, dans le style de Tomatito, aux rythmiques galopantes des guitares sur les percussions dans le final. Sur la rumba suivante, les flamencas reviennent, invitent enfants, amies et public à danser devant la scène.

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Une autre rumba lente prend forme, qui s’avère être « A Mi Manèra », version espagnole des Gipsy Kings de «Comme d’Habitude » de Claude François, histoire de couple se défaisant dans une journée grise et urbaine écrite quand France Gall le quitta, déjà sublimée par Paul Anka avec « My Way » pour les adieux de Frank Sinatra, l’élevant du quotidien au bilan de toute une carrière et de toute une vie, à l’intemporel et à l’universel, qui part soudain en rumba frappée sur le bois des guitare et dans ses mains par le public.

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Elle est suivie de « Bamboleo, Bambolea », autre succès des Gipsy Kings, plus jazzy dans les guitares, plus traînant dans la voix, plus émouvante et tragique que l’original, sublimé par la liberté prise avec la mélodie, sur des percussions se rapprochant de la batucada brésilienne qui va accélérant peu à peu le rythme et l’excitation du public.

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Ils terminent par un Flamenco de Paco De Lucia, « Entre Dos Aguas », repris par Les Gitans de Perpignan.

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En seconde partie, on pouvait entendre le guitariste Yorgui Loeffler, cousin de Marcel originaire de Haguenau, l’un des plus rapides et des plus techniques dans le style du Jazz Manouche. Il a sorti il y a quelques années son premier album «For Magnio », avec le pianiste Vincent Bidal.

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Il est accompagné de son frère Gigi Loeffler et de Francko Mehrstein (frère de Dino) invité aux pompes, d’une contrebasse et d’un vibraphoniste, encore absent.

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Après quelques arrangements avec le retour son, ils partent pour « Symphonie » de Django Reinhardt sur un tempo très rapide auquel Yorgui rajoute une touche de valse manouche accélérée, puis un break de bossa sur les roulements des pompes.

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Il continue avec un «All Of Me» à 200 à l’heure sur un tempo d’enfer soutenu par les pompes et la basse avec des fugues dans les aigues de Yorgui, puis laisse la basse faire son solo, pour repartir de plus belle en style mitraillette et revenir au thème. Yorgui est vraiment d’une technicité époustouflante de virtuosité dans sa rapidité. Il reprend le thème plus lentement avec ornements et changement rythmique sur le break en accords barrés.

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Django avait commencé par la musette dans les années 20s, au banjo, volant même souvent la vedette à ses patrons accordéonistes, ce qui provoqua souvent son renvoi, avant l’incendie de sa roulotte où il perdit quelques doigts, et composé quelques valses manouches à l’époque, mais ne les joua plus après. Elles furent exhumées par son guitariste Pierre «Baro» Ferret, comme « Montagne Ste Geneviève », dont il donna une belle version avec « Paris-Musette ». Yorgui Loeffler est l’un des rares spécialistes de cette valse manouche, passée de mode mais qui revient, et en a enregistré deux, dont une version de cette « Montagne Ste Geneviève ». Paris_Musette_2.jpg

Il nous offre un de ses secrets en citant «Lou(is?) Reinhardt» comme l’un des plus grands compositeurs de valses manouches. Mais il s’agit là encore d’une valse manouche rapide, où s’exprime le sacré coup de poignet à double détente de Yorgui, qui part en solo, rencontre un standard, puis parcourt de ses ra le manche sur toute sa longueur de haut en bas, suivi des deux autres guitaristes en des roulements d’orgue dont se détachent ses éclaircies incisives de rayons en échappées, ses fusées de toutes parts, ses feux d’artifice décochés comme des flèches alpaguant même le « Hans’Schnockeloch », comptine alsacienne avant le solo de basse soutenu par Yorgui et l’enthousiasme public.

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Ils continuent avec « Hungaria » de Django, puis « I’ll See You in My Dreams » dont la version de Django fit inventer à Woody Allen le guitariste Emmett Ray, guitariste américain incarné par Sean Penn dans son film « Accords Et Désaccords », ne craignant personne sauf Django, au point de fuir la scène à la seule évocation de sa présence et de s’évanouir à sa vision, alors qu’il est en fuite après avoir braqué une station-service! Sur France-Musique, l’écrivain Alain Gerber en rajoutait une couche journalière à la sortie du film « Accord et Désaccords » en se mettant en scène avec Woody Allen et des témoins ayant prétendument connu Emmett Ray qui le contactaient personnellement, et finissait dans la suite d’un luxueux hôtel Parisien face à un maffioso, guetté par les mitraillettes de ses gardes! Le thème, rapide, est enlevé et entraînant, puis mandoliné à la Napolitaine accélérée en final. A mes côtés, au fond du chapiteau, deux jeunes trublions du public inventent en direct une section de percussions sauvage, libre et bruyante, mais communicative. Le tempo des guitares est époustouflant, avec des pointes de vitesse et des retours de poignet en valse manouche.

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Arrive le vibraphoniste Pascal Schumacher, accueilli par les guitares sur le thème de « L’Eté Indien » de Joe Dassin et salué comme un « très beau gosse pour les filles célibataires » par Yorgui . Le vibraphone rajoute avec ses mailloches sur les lames sa neige en été, son groove Hamptonien aux pompes manouches et aux descentes folles des guitares, tintinnabule sur toute la gamme, accélère sur la pompe, entoure les guitares de toutes parts de ses tourbillons. Cela rappelle les séances de Django avec Patrick et son Jazz et des cuivres dirigés par Guy Paquinet, avec Roger Chomer au vibraphone en 1934, l’un de ses rares enregistrements en grande formation, avec les séances avec Coleman Hawkins, les GIs de la Libération et une rencontre tardive et ratée avec Duke Ellington et son Orchestre aux Etats-Unis, ou celles de son frère Joseph «Ninine » Reinhardt avec Alix Combelle pendant la guerre.

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Ils abordent ensuite un des Blues du Django passé à la guitare électrique, « Blues For Ike » enregistré pour « La Pêche A La Mouche » en 1953 peu avant sa mort d’un malaise en revenant…de la pêche à la mouche, du côté de Samois où il se consacrait à la peinture ses dernières années, et où un festival lui rend hommage, où brilla Yorgui Loeffler, entre autres. Django_p_che.jpg

Yorgui l’a enregistré dans « For Magnio », le Blues étant un autre style où il excelle. Introduit par une mandoline tremblotante où s’enroulent les lamelles du vibraphone, il y croise la « panthère rose ».

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Bref, ce concert prouva encore à la fois l’actualité et la vitalité des Musiques Gitanes et Manouches régionales, et leur modernisation s’ouvrant, en restant fidèles à leurs racines, aux autres musiques du monde ou actuelles, ce qui est le principe même du Jazz.

Jean Daniel BURKHARDT

mardi 8 juillet 2008

LES FIVE DEVILS, MARCEL LOEFFLER ET DINO MEHRSTEIN AU FESTIVAL "TERRE DES MUSIQUES TZIGANES"

Le vendredi 4 juillet, l’ambiance était Tzigane et Jazz au Festival «Terres Des Musiques Tziganes». Les Five Devils sont un groupe de musique tzigane de Tchéky composé de trois violons joués plus ou moins perpendiculaire sur l'épaule, dont un purement rythmique assis à l'archet tenu à angle droit, un vêtu d'un costume blanc et un jeune soliste virtuose, Gèza Hosszu Legocky, un cymbalum (cithare tzigane à plectre), une contrebasse et une guitare.

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Ils commencent leur set par "Les Yeux Noirs" (Otchi Tchornia en russe, déjà repris par Dango à Rome avec Grappelli, puis des ballades slaves lentes et pathétiques à deux temps alternant avec des accélérations Balkaniques dans le style klezmer à la russe, souvent déclenchées par le cymbalum prévenu d'un coup d'oeil complice.

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Le cymbalum bondit en une cavalcade de la cavalerie cosaque dans les steppes, poursuit les crins des chevaux des trois violons.

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Suit le thème tzigane, « Doïna –Hé Batchi, Batchi ! » , qu'Engé Helmstetter, guitariste manouche de la région de Barr et ancien organisateur du « Festival International Tzigane» à la Citadelle, avait repris dans un de ses comédies musicales, « Maré Sinté », rythmé ici par les "O-O-I'" du contrebassiste. Engé Helmestter est d’ailleurs présent ce soir, assis dans les gradins aux côtés de Marcel Loeffler.

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Le cymbalum prend ensuite une introduction étrange et méditative, cristalline, lente et perlée, presque aux résonances de clavecin baroque ou d'épinette, puis rapide, entraîne les violons à sa suite sur une basse Boogie.

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Sur "Les feuilles Mortes", le jeune violoniste virtuose prend les commandes, citant "Titine", tandis que la contrebasse au gouvernail est secouée comme la balalaïka d'un batelier sur la Volga, sur les rives de laquelle le cymbalum fait fleurir des "Roses De Picardie" dans son solo, soutenu par l'enthousiasme public tapant des mains.

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Pilier mouvant, le guitariste a la sûreté rythmique d'un Brassens, et se balance d'un pied sur l'autre tel une poupée russe avec un comique ambulatoire robotique. Tous chantent avec de profondes voix de Boyards russes.

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Le cymbalum franchit le fleuve Amour et les steppes Mongolie vers la Chine, se faisant cithare. Le dernier thème est russe et rythmé, avec présentation des musiciens.

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En seconde partie, l’accordéoniste Marcel Loeffler invitait Dino Mehrstein. L'accordéoniste manouche aveugle Marcel Loeffler et le guitariste Dino Mehrstein se connaissent depuis longtemps, depuis que Dino enfant suivait son père Sony Reinhardt et son oncle Mandino Reinhardt, alors membres du groupe "Note Manouche" jusqu'en Italie. C'est ce soir un «Duet à géométrie variable qu'ils mèneront tous deux avec leurs invités tout au long de la soirée», annonce Fabrice Steinberger, organisateur du Festival.

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"Que Reste-t-il De Nos Amours ?" de Charles Trénet ouvre le concert, lent à la guitare, puis à l'accordéon plus lentement encore, sur une rythmique bossa de la guitare. Le père de la bossa nova, le guitariste João Gilberto, joue parfois cette chanson, abrité du vent et de son public dans une tente transparente. L'accordéon se fait aussi vocal dans son solo que le "fisarmonica" dont jouait Marcel sur son premier album à pochette en braille "Vago", ou l'harmonica auquel il s'est déjà essayé sur les accords "groove-roots: groots" de Dino, qui m'a d’ailleurs inspiré ce terme à propos de son dernier album "Intuitions" lors de son concert de présentation. Marcel ne joue que sur les touches rondes de son accordéon, presque sans en actionner le soufflet, le plat de l'autre main faisant un effet rythmique frappé sur l'autre série de boutons. Dino termine cette version très funky en style 70ies.

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Ils enchaînent avec "Stompin' At The Savoy", thème swing dédié au Savoy Ballroom, dancing New-Yorkais des années 30s surnommé "Home Of Happy Feet" (Maison des pieds heureux) où officiait le batteur Chick Webb et son orchestre où Ella Fitzgerald fit ses débuts. Le thème est là encore remis au goût du jour par le groove de Dino et l'accordéon de Marcel se chevauchant à tour de rôle, passant l'un devant ou derrière l'autre avec virtuosité.

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Dino soutient en bossa les envolées balkaniques de Marcel. Les deux univers se complètent, chacun à tour de rôle plus fou que l’autre, inventant un isthme musical rejoignant Amériques, Caraïbes et Europe de l’Est. Les invités arrivent : le contrebassiste Gérald Muller, celui des Comédies Musicales du « Festival International Tzigane» et des Jams du défunt Piano-Bar et le guitariste américain Rick Hannah, qui assure avec d’autres celles de l’Artichaut.

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Ils se lancent dans « How High Is The Moon », pris sur un tempo d’enfer.

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Ils dédient ensuite à l’organisateur du festival «Terre Des Musiques Tziganes», Fabrice « Rocky » Steinberger, le thème « Cherokee », devenu « Chez Rocky » pour l’occasion. L’orchestre de Count Basie en avait donné une version longue durée (deux faces de 78 tours) avec Lester Young au saxophone dans les années 30s, et son idole Charlie « Bird » Parker trouva sur ce thème une nouvelle façon de passer les accords sur son saxophone alto, le soir de noël 1941, alors qu’il faisait la plonge dans un restaurant New-Yorkais où se produisait le grand pianiste Art Tatum, et l’enregistra l’année suivante dans une chambre d’hôtel avec le guitariste Effergee Ware à la pompe d’ailleurs assez manouche, quand on y pense… Le tempo est ici assumé par Hannah et Muller, sur lequel brodent Dino et Marcel, citant dans son solo un autre thème ayant eu les faveurs de Charlie Parker et ses « violons magiques », « Laura », titre également d’un polar mystérieux et romantique d’Otto Preminger. La folie de l’accordéon se déroule sur la pompe de la guitare de Dino, qui part ensuite en fugue « groots », mêle les traits décochés par ses cordes aux soufflets et aux touches de Marcel.

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Ils reprennent ensuite « C’est Si Bon » d’Henri Betti et André Hornez pour les paroles, immortalisé par Yves Montand, puis par Louis Armstrong (avec les paroles anglaises de Jerry Seelen, et Eartha Kitt en 1954, et l’an dernier a même vu en 2007 une version chinoise en mandarin due à l’écrivain Mai Xuan chantée par le français Kayoumin. Le solo de Rick Hannah retrouve la « Yellow Basket » d’Ella Fitzgerald dans son premier tube « A Tisket, A Tasket », puis son poignet se détend en bossa, et finit par rouler des orages de phrases bop.

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 5 juillet 2008

WAWAU ADLER ET JERMAINE LANSBERGER AU FESTIVAL "TERREDES MUSIQUES TZIGANES"

Le Festival « Terres Des musiques Tziganes », dont c’est la deuxième édition cette année, a planté son chapiteau au Jardin des Deux Rives, avec un air des beaux jours du Festival International Tzigane de la Citadelle.

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Pour cette première soirée le 3 juillet, il recevait le guitariste manouche allemand Wawau Adler. Né à Karlsruhe en 1967, se consacre dès son enfance à la guitare en autodidacte et copie le style de Django Reinhardt dès l’âge de 14 ans, mais s’intéressa aussi au Be-Bop de Charlie Parker, ou à des guitaristes électriques comme Wes Montgomery, puis est revenu à la tradition manouche de Django Reinhardt. Il est accompagné dans ce trio par Holzmano Winterstein à la guitare et d’un contrebassiste. Holzmano joue d’une guitare de bois rougi comme tannée par le soleil et Wawau d’une guitare brune, avec une casquette sur la tête.

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Ils commencent par « Lady Is A Tramp », rendu célèbre par Ella Fitzgerald et Frank Sinatra.

« The Sheikh Of Araby » débute par un tremblotement de cordes de Wawau sur un tempo à deux temps comme dans la version de Tchavolo Schmitt sur son album « Miri Familia » en 2001, puis prend une accélération sur les roulements de la pompe entre deux chorus, poursuit par un riff de Django et Grappelli dans la version du Hot Club de France et finit presque en riffs de cuivres par leur puissance rappelant la gouaille déraillante d’un Fats Waller en Big Band.

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Quand on frappe les cordes de la sorte, elles cassent, et il faut les changer en cours de concert, cérémonial aimé du public de Jazz Manouche. Eux se les échangent. « On est de la même race », expliquait Tchavolo s’échangeant le mouchoir trempé de sueur avec Yorgui Loeffler (à entendre le samedi 5 juillet à 22 h 30) au Festival De La Petite Pierre.

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Ils reprennent ensuite le thème le plus connu de Django Reinhardt, père du Jazz Manouche, « Nuages », où la pompe presque hispanisante d’Holzmano et les espagnolades de Wawau nous mènent avec les manouches jusqu’aux Saintes-Maries De La Vierge noire et à l’Espagne flamenco, comme Tchavolo et Dorado Schmitt dans «Latcho Drom » de Tony Gatliff.

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Retour au tempo original, puis arpèges sur toutes les cordes jusqu’aux aigues sonnantes comme de Django à Birèli Lagrène, avec cette nouveauté, cette invention dans les idées mais aussi cette innocence harmonique, évidence qui étonne puis ravit l’oreille. Pendant le solo de basse, les deux guitares lui font la pompe, avant un dernier chorus de Wawau calqué sur la mélodie de la clarinette d’Hubert Rostaing dans la version originale du thème par Django dans les années 40s, et derniers arpèges Birèliens.

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«How High Is The Moon ?» : jusqu’où s’élève la lune? Jusqu’en haut du chapiteau, des doigts sur le manche au pied de Wawau rythmant le tempo à même la scène, jusqu’à l’étoile d’un autre thème rattrapé par une fusée lancée en flèche par les cordes. Jusqu’à une intensité dépassant le manouche vers le Jazz, brûlant le Jazz par le Groove particulier, acoustique, roots, « groots » pourrat-on dire.

Jusqu’à la voix d’Ella Fitzgerald qui l’avait à jamais, le scat de folie, même quand elle montait «so high high high high » qu’elle en oubliait les paroles comme au JATP ou à Berlin.

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Suit «Black Orpheus», ou « Manha De Carnaval » du guitariste Brésilien Luiz Bonfa que popularisa en effet « Orfeo Negro » de Marcel Camus d’après une pièce du poète et diplomate Vinicius De Moraes sur un livret d’Antonio Carlos Jobim, transposant le mythe d’ Orphée noir et guitariste et son Eurydice poursuivie par un squelette dans le Rio du Carnaval.

Quel chemin rapprocha ces deux peuples nomades et voyageurs, noirs et manouches, victimes de l’histoire, déportés et esclaves ou rejetés des bien-pensants, exploités mais libres, avec une guitare à la main et cette mélancolie dans leur musique qui nous touche tant? Django lui-même avait joué, avant la Bossa Nova, « Brazil » d’Ary Barroso à la guitare électrique en 1954. Wawau pousse le thème jusqu’au groove manouche avec un dédouble ment de tempo où la guitare bègue se fait double. Le calme de la mer vient plier le mât de la contrebasse pendant son solo sur la pompe clapotante des vagues de Copacabana assurée par les guitares un matin de Carnaval sur le pain de sucre et le Corcovado. Suit un Django très rapide et bop, « Folie à Amphion », ayant à la fin de sa vie électrifié sa guitare. Le Jazz manouche a su se renouveler, faire pousser avec le temps de nouvelles branches tout en restant fidèle à ses racines bien ancrées dans le sol de ce terroir dont l’Alsace et l’Allemagne sont parmi les fleurons, traverser les styles sans se trahir, ce qui est le but du Jazz, ni se compromettre comme lui parfois dans le bruitisme Free.

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«When You’re Smiling » sur un tempo à l’ancienne qui laisse couler le temps, pas rouler encore, temps d’avant les voitures, de Charlot, des roulottes et à cheval, où Billie Holiday chantait cette chanson avec Lester Young : « Quand tu souris tu ramènes le soleil, Quand tu pleures la pluie», c’est toi qui fais ta pluie et ton beau temps. Aujourd’hui cette chanson ne fait plus briller que les tubes de dentifrices promettant dents blanches et haleine fraîche. Il faut pour lui rendre son innocence première, naturelle, qu’un Savary Jourdain le joue et chante avec sa trompette ou qu’un guitariste manouche le reprenne avec aux doigts ce tremblotement de feu de camp où l’on croit entendre des mélodies chantées en romanès par la voix d’un Schnuckenach ou d’un Sony Reinhardt sur « Dig O Divès».

Sur «All Of Me», on se prend à rêver à une Billie Holiday manouche, en verdine ou diseuse de bonne aventure, libre dans l’herbe et une pâquerette à la bouche autour d’un feu de camp. Eût-elle alors connu plus de bonheurs qu’en naissant femme et noire aux Etats-Unis ? Et puis les vagabondages forcés de l’orchestre de Count Basie valaient bien ceux des manouches européens de la même époque, et depuis plus longtemps…

Si les manouches et leurs tempos rapides redoublés étaient une influence méconnue du Rock’N’Roll puisqu’il leur arrive de le croiser sous leurs doigts de feu. Qu’importe, Wawau peut tout jouer et nous faire croire à ce que nous n’y avions jamais entendus, et c’est ça le miracle du Jazz, les manouches sont peut-être juste restés plus fidèles aux standards et plus libres de les faire évoluer vers des styles insoupçonnés avec la vagabonde liberté qui les caractérise.

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En seconde partie, le pianiste électrique et organiste allemand Jermaine Landsberger et son quartet invitaient le grand batteur André Ceccarelli, avec qui il a accompagné Biréli Lagrène, le guitariste Paulo Morello et un contrebassiste. Comme quoi au niveau du choix de l’instrument également, les manouches peuvent toujours nous surprendre.

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Si Jermaine ne joue pas de guitare, quand il part en groove, il se rapproche plus de Jimmy Smith que de Django, avec peut-être, caractéristiques de l’âme manouche, des effets plus liés, moins heurtés et abrupts dans leurs dérapages contrôlés que ceux de Smith, un respect plus grand pour les mélodies des standards et une certaine mélancolie, qui n’empêche pas la transe groove, quand Ceccarelli est aux baguettes passant des 4 aux 3 temps ou assurant un tempo batucada.

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Quant à Paulo Morello il maîtrise à merveille le style de Wes Montgomery et le style Brésilien dans « Ballada Para J» , où Jermaine surfe sur son clavier sur le « Barquiño » de Jobim, simple barque de bois écrite pour Joao Gilberto, devenu « Surfboard » avec un moteur et un drôle de clavier électrique sur un tempo brésilien de Ceccarelli.

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De «Ballad For My Little Daughter» à « Hammond Eggs », plus funky, presque Jazz-Rock, Jermaine nous emmène sur la autre planète particulière de son répertoire.

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L’orgue sait se faire funky sur les standards hard-bop Blue Note, langoureux et sensuel dans un « Tenderly » aux lumières tamisées, puis revitaliser par son groove « Speak Low » sans morgue aucune, puis retrouver les sonorités de rue de l’orgue de Barbarie ou celles de l’orgue religieux d’église malmené par Fats Waller à Notre-Dame de Paris.

Jean Daniel BURKHARDT

dimanche 29 juin 2008

SOKAN INVITE LE GROUPE ETRAN FINATAWA A SA FÊTE

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La Fête de la compagnie de percussions et danses SOKAN réunissait des élèves en percussions et danse Africaine de 7 à 77 ans, français et allemands, autour de rythmes collectifs et individuels et de chants choraux en Africain du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal avec une belle complicité.

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Les djembe, s'ils étaient joués par tous les élèves, n'étaient pas les seules percussions représentées. On trouvait aussi deux grands tambours battant le rythme de base frappés avec de grands bâtons en forme d'os, dont jouait le plus jeune, et un autre ensemble composé de deux tambours superposés allongés aux membranes perpendiculaires au musicien posés sur un cadre métallique orné d'une cloche comme la "cowbell" de la salsa variant les rythmes vers la clavé cubaine, la batucada brésilienne ou les gongs indonéso-balinais.

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En seconde partie, on pouvait voir le groupe de Blues Touarego-Wodaabe Nigérien Etran Finatawa, composé de trois touaregs habillés de bleu, brun et vert émeraude et trois Wodaabes, ce qui es plus rare.

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Les Wodaabes parlent fulfude, portent des turbans ornés d'immenses plumes d'autruche se prolongeant en bijoux jusqu'au cou terminés de plumes orangées, ont le nez, le menton et les yeux peints de jaune portent des tuniques brunes, et portent aux chevilles des akayweres, lourdes castagnettes de métal, que leurs pas et leurs danses font résonner sur le sol.

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En plus des guitares, les percussions étaient un djembé joué par un touareg assis, et deux calebasses jouées par les wodaabes, une fixe et une calebasse d'eau flottant dans une autre plus grande.

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Le chanteur Wodabee tapait des mains des rythmes de clavé primitive.

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Les guitares jouaient un Blues aux arpèges rapides, et les titres du deuxième album, "Desert Crossroads", semblaient plus "reggae" pour ce qui est des guitares.

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Les voix des Wodabee sont très aïgues, presque aigres, comme des appels d’oiseaux du fond du désert répondant aux chants tamasheq plus arabisants des Touaregs. Les danseuses de Sokan et leurs amis ont mis l'ambiance dans toute la salle par leurs, leurs danses et leurs rondes, si bien qu'on se serait vraiment cru autour d'un feu de campement en plein désert d'Afrique.

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Pour le dernier titre, deux percussionnistes de Sokan ont rejoint Etran Finatawa sur scène, et l'un des Wodaabe, aux coudes ornés de plumes d'atruches, faillit s'envoler avec eux...

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Ce fut un concert chaleureux et culturellement la diversité ethnique de ce groupe ravit par son originalité l'oreille et l'oeil.

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Jean Daniel BURKHARDT

JAZZAMAR, MARC MAC et VOICE à COLODOR pour CONTRETEMPS

On connaît Jazzamar, membre du combo Brazil/Groove et récemment d’inspiration Cubaine pour son titre «Que Linda Mi Cuba» Nu Tropic, qui sortira bientôt son deuxième album sur « Jazzmin Records» pour être un flûtiste prêt à s’imposer aux côtés des DJs de La Salamandre. On le connaît moins DJ et vinyl addict, ce qu’il est aussi, et c’est ainsi qu’il ouvrait la voie à Voice et Marc Mac lors de cette soirée au Colodor. Une grosse voix Soul aux claviers fous Groovys et un saxo en diable sur un tempo Afro (Eddy Russ, m’informe G Phil alias Groovehuntaz, DJ Funk local).

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Un bon piano bien balancé, du bon Funk au Cuban Beat sur une trompette à la Donald Byrd avec laquelle jamme Jazzamar en live avec sa flûte roots, naturelle, entre Jazz et Soul qui improvise en live, moyennant une mise en place efficace simplement pour qu’on l’entende, dans les trous, les creux, les silences et improvisant, tout de même, AVEC la musique, à la fois dedans, dehors, partout. Ce soir il est à la fois le DJ et le flûtiste, ce qui permet peut-être de l’entendre sur les disques que LUI préfère, et non ceux que les autres lui imposent.

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Une chanteuse de Samba. Elis Regina ? Je ne sais pas si c’est bien Elis’Coptère. Je l’aime tellement qu’une chanteuse Brésilienne sorte du lot, je la prends pour elle. Elle a fait du Funk et du Rock Brazil, à la fin, arrivée à Rio trop tard pour la Bossa Nova, juste au moment du Coup d’Etat militaire augurant les «années de plomb ». « Un pays gouverné par des gorilles », dira-t-elle, forcée ensuite de chanter pour les dictateurs pour sembler de leur côté.

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Sur un rythme à deux temps, Samba et Cuba se mêlent avec une trompette, la Salsa et la cloche Agogo du Brésil, la Soul et sa forme latine le Boogaloo, auxquels à nouveau la flûte fine, argentée, traversière, vient ajouter son Jazzy Groove entre le Rhodes et les percus Brazil.

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Sur l’écran les VJ d’ « Absude » improvisent à leur façon des images : hédonistes, des couples dénudés, hymne au Soleil, à la Danse, à la Sensualité, images solaires de nuit.

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Arrivent Voice et Marc Mac aux platines, qui ont déjà travaillé ensemble sur son projet parallèle à 4 Hero, les Visioneers, groupe de studio rare sur scène. Le public se rapproche.

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Le flow de sa voix s’enroule autour d’une flûte pour avec un autre chanteur. Les mouvements gracieux de son bras scandent le rhodes et la trompette.

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Puis elle affirme qu’elle n’est pas une B-Side, une face B du Hip Hop maccho.

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Les mots claquent, les rimes se renvoient le sens « Intelligence…Evidence » sur deux temps. Elle pose son histoire en conteuse sur un piano lent, à l’aise sur tous les tempos, flottant sur eux.

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La chanson suivante, « Guerilla Hustling », défend son statut de femme dans le hip-hop sur une rythmique syncopée riche de basse/batterie ornée d’une flûte lente, sublime et entêtante, plus énergique sur le beat qu’avec Moonstarr au Midem sur les scratches.

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Suit une chanson des Visioneers à la basse Jazz/Groove, « Hip Know Cypher », aux fonds sonores riches et aux backings excitants, Blaxploitation et entraînants avec un sample de « My Baby Just Cares For Me » de Nina Simone dans le scratch. On apprécie l’humour et le sourire de Voice à défaut de comprendre tous ses mots à ce débit, le sourire ironique de son visage contre les « teddy boys ».

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Suit un tempo Batucada rapide aux Beats demandant « No Back Up, Please No Go Away ». Suit un tempo plus Drum’N’Bass, sur le quel elle rappe “In Real Time…With Real Rhimes », "la chanson "Reel Time" où elle faisait un featuring sur l'album "Time To Rearrange" d'Aaron Jerome, mais on n'entendait qu'elle entre le basse groovy et la rythmique.

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Pour « Necksnap », extrait de son premier album « Gumbo» (pot-pourri noir à La Nouvelle-Orléans dont elle est originaire) sur une flûte Jazz Soul un peu folle bouillonne en effet dans un jus rythmique Jazzy Caraïbe. Elle y regrette de n'avoir pas commencé à rapper plus tôt mai s'assume latino et dans toutes ses influences.

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Suit l’une de ses chansons les plus violentes et revendicatrices, «Art Fantasy », aux « explicit lyrics » contre la représentation préjugée de la femme dans le Hip Hop et les Médias l’obligeant à toujours entendre les mêmes questions des journalistes sur une flûte cette fois groovyllerette contrastant avec le tranchant des paroles refusant d’être un objet sexuel, une «baby girl super sweet » assimilée à un canari sexy comme tant d’autres chanteuses avant elle ou les plus actuelles bimbos dévêtues sur des voitures de luxe du Gangstarap qui font le rap si bête, d’être soumise dans la vie comme à leurs désirs, femme au foyer à la vie et fantasme auditif au disque. On a pu apprécier dans ce set sa volonté, sa bonne humeur généreuse et communicative et sa faculté à surfer sur des tempos variés.

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Marc Mac reste seul avec le chanteur Ragga des Visionneers sur tempo Jungle Brazil riche de vibraphone et puissance rythmique de percussions Brésiliennes, mais avec le relief du funk, la soul de voix féminines sublimes dont il a le secret, de beaux arrangements de cordes pour entourer le tout et une basse disco : pour que les pieds dansent, l’âme soit ravie vers des ailleurs et l’esprit vogue dans les étoiles. Les Visioneers lui ont permis de s’ouvrir à des ambiances plus exotiques, moins hip hop que 4 Hero, comme le Son’ Cubain de «Runnin’Dub».

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Suite un titre de 4 Hero, « Inside Your Heart » en version moins Soul et sans cordes que celle de la Compilation Contretemps. Le MySpace de 4 Hero en offre 4 remixs différents, mais leur album « Remixed » a montré leur virtuosité dans cet art de remixer autrui et eux-mêmes!

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Après un début un peu Péplum, on retrouve le côté Blaxploitation mais accéléré de rythmes Jungle (un peu comme dans le remix de DaziKue) qui sont devenus leur marque de fabrique.

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« Don’t Watch » prévient le MC, le plus énervé de la bande à la voix ralentie sur le synthé, cool sur la basse, mais toujours avec son style ragga très affirmé.

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Sur l’écran VJ, une blonde glamour pleure de la violence, de l’inconstance des hommes.

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La musique se fait Space Funk, «I See A Light That Shines, Something Beautifull » prophétise une voix de prêcheur noir à la Soul pré-rap sous l’étoile de Martin Luther King pour de meilleurs jours et une compréhension entre les hommes sur des rythmes Jungle.

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Changement de rythmes vers une house vitaminée par des cuivres sur « Saturday », hymne des soirées funk locales dont j’ignore l’auteur ou les interprètes.

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Le chanteur se fait Maître de Cérémonie, dirige les mouvements de foule « Full Time, OK OK », sur une voix soul acidulée sur le gros Jungle Broken Beat, puis « Get Down» sur un thème des années 80s « short time », puis un thème Afro entrecoupé de Jungle, Ooh et synthés.

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Une chinoiserie me fait penser à celles de Kate Bush entre basse et beat. Les morceaux décomposés/ recomposés par la Jungle, les voix collectives leur prêtent vie et les flûtes leur jazz, les synthés leur électricité groove, et il faut certes être un grand architecte sonore pour jongler avec tous ces éléments disparates et éclectiques, en faire un tout à danser.

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Je m’informe sur «Saturday», on me dit que le vrai titre est « Roller Skate On Saturday », et qu’il est sur une compilation de 4 Hero «Mighty Riders ». En tous cas c’est une hymne efficace de la Funky Soul Nation des soirées locales. Après information de Tal Stef, en voici un peu plus long sur ce thème qui est passé par l'âge du Groove, du Hip Hop et du remix:

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Les "Ah AhAha" célestes des "Good Vibrations" sont des "Evil Vibrations" des Mighty Ryeders (que j'avais mal orthographié) qui me font penser à des Beach Boys Black Soul'N'Funky, Fender Space, au saxo Jazzy et basse et percus Brazil tremblotantes à la fin, mais sans "Saturday".

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La version Hip Hop par De La Soul : A Roller Skatin' Jam Named "Saturdays" reprend surtout la basse groovy en base de scratch avec des vocaux "Saturday" que je préfère dans le vocal féminin, avant un final plus sombre.

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En effet, je préfère l'énergie de la version remix plus récente de "Rebirth Rebirth" dans "Evil Vibration" remettant au goût du jour les Mighty Ryeders mais revitaminisés avec des impros moins smooths et des backings où l'on devine une fête funky derrière, ou le public live, sans "Saturday", mais avec plus de Groove et d'entrain dans les "Ahahaha" féminins sur la fin.

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Marc Mac finit seul avec de la House aux vocaux Soul dont il a toujours eu le don de bien s’entourer : Carol Crosby, Terry Callier ou Voice.

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Ouïfonk termine la soirée, DJ Toulousain fou de Jazz et Funk qui a rencontré George Clinton, mais aussi de rythmes Caraïbes de la Jamaïque au Brésil et aux musiques électroniques. Sur un tempo House viennent se greffer des vocaux Funk/Soul, un saxo sprano, puis des percussions Brazil nous font traverser un bras de mer. Sur l'écran VJ des party-girls enlèvent le haut, leurs peaux dorées par le soleil cochant habillées de nuages et chantent muettement. Une autre s'assied/s'allonge sur un lit de musique lounge. Au ciel un boeing Latécoère fait des loopings. Avec la musique de Ouïfonk et l'heure tardive, c'est une invitation au voyage vers des destinations rêvées, ou plus personnel dans les rêves vue l'heure tardive, l'un n'empêche pas l'autre d'ailleurs.

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Cette soirée montrait la vitalité de la scène Hip Hop quand elle accepte de ne pas tourner le dos à son passé Jazz, Funk, Soul…et de chercher d’autres sources dans des musiques écloses plus récemment pour faire bouger les dance-floors.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi 23 juin 2008

SANDRA NKAKE, entre la liberté d'une "folie intense" et l'enfance de l'art, et déjà une grande maîtrise soul

En deuxième partie, après Zéroklub, on pouvait entendre à La Salamandre ce 12 juin la chanteuse Jazz/Soul Sandra Nkake. Multiculturelle, elle est née au Cameroun mais vit à Paris. Sidewoman, elle est entrée dans les groupes de Julien Lourau après sa rencontre avec DJ Shalom (on peut l’entendre dans les chœurs de « Messieurs les anglais, tirez les premiers» sur son album «Fire & Forget») et a également travaillé avec Gérald Toto, Melvin Van Peeble, Shalark et China. Artiste à plusieurs facettes, elle aussi actrice, et en live, se révèle une véritable bête de scène.

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Prenant possession de la scène et du public elle le salue jusqu’aux plus éloignés «là-bas, là-bas, là-bas» avec volubilité et gourmandise, comme on se hèle en plein désert aussi. Elle est accompagnée d’une guitare, d’une basse, d’un clavier et d’une batterie. Physiquement, son teint d’ébène, sa classe et sa coupe de cheveux très courte pourraient faire penser à Grace Jones, sans la dureté masculine de celle-ci. Peut-être pour l’occasion, elle semble s’être maquillée une Salamandre descendant de son œil vers sa joue gauche, et est enroulée dans des linges blancs d’Afrique. Ses yeux sont clairs et lumineux. Elle change souvent de tête sur les vidéos, les photos, crâne rasé, cheveux courts, sous un chèche afro, aussi inclassable stylistiquement que libre vocalement, insaisissable, «pas dans le cadre» dit-elle en se déhanchant gracieusement, jouant des épaules comme pour échapper encore à celui imaginaire de notre vision, à un cadre mouvant qui voudrait faire d’elle le centre de sa cible. Comédienne, elle utilise cette présence physique dans sa mobilité scénique.

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Dès la première chanson, elle se révèle une grand Soul woman aux vocaux répétés en chœur par ses musiciens comme au temps du doo-wop, se pâme sur la syncope, part en scat « Bababa ». Didier Cambrouze est à la guitare et aux chœurs, Guillaume Farley à la basse et aux choeurs. Sauf qu’avec une chanteuse pareille, ce sont ses musiciens qui font les choristes derrière elle, irrésistiblement contaminés par sa Soul communicative, comme s’ils en devenaient eux aussi, naturellement, les porte-paroles en écho, les instruments.

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A la fois comique et passionnée, Sandra Nkake semble rassembler en elle toute la palette des émotions féminines, comme, dans un style tout à fait différent, Elis Regina. C’est une Soul qui reviendrait de l’Afrique «Yeah Yeah Yeah». Pourquoi chante-t-elle en anglais ? lui demande-t-on souvent : « Parce que, Parce, que Parce que, c’est comme ça », répond-elle en concert, ou ailleurs, par pudeur, parce que ses chansons en français sont encore «une souffrance non-digérée » qu’elle ne veut pas donner au public encore, et bien sûr pour la musique anglo-saxonne que lui faisait entendre sa mère.

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L’Afrique n’est pas dans la musique, mais à l’esprit, dans sa nostalgie, quand elle soupire « Oh How I Miss My Land, The Cameroon». Par sa grâce aussi, féline quand elle part en scat, séduit son bassiste et le public, avec ses histoires de don toujours, «Take A Little», comme chantait Otis Redding dans « The Glory Of Love », «You Make Me Feela », puis part soudain en Funk, libérant une force énorme, éruptive, émotionnelle, rassemblant dans ses personnages toutes les femmes.

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Elle a encore une fraîcheur, une souplesse, une folie, une liberté que perdent souvent les chanteuses dans leur obstination à être elles-mêmes, en s’enfermant dans des choix en oubliant d’être plurielles, ou à être originale jusqu’à en être parfois sombre, comme Mina Agossi qui m’a déçue sur scène. Ses vocalises en oooh se posent comme des oiseaux sur les cordes synthétiques du clavier. C’est la puissance tribale de l’Afrique qui vient libérer la Soul, le Funk et jusqu’au Rock de leurs frontières en les mêlant par le scat : elle est Ethno-Jazz, Ethno-Soul, réinjecte la ferveur des musiques traditionnelles dans ces musiques urbaines, inventant sa Great Black Music à elle, au pluriel.

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Parfois elle se fait mouche tsétsé, « tststs » sur la batterie, reprenant un titre d’une chanteuse qu’elle adore, «No I ain’t gonna love you », croise l’énergie du Hip-Hop, mais avec la soul, venant de l’âme, pas que de la violence et de la rue, puis bifurque vers un groove ethnique déchaîné, «That’s why I love you » sur une rythmique funk aux clameurs groovy, y trouvant une voix très aigue, presque enfantine, pas encore fixée dans la raideur des habitudes. Suit un solo de guitare Rock 70ies qui se finit en trash, s’envole en blues sur les ras de la batterie. Elle chante dans cette décharge de puissance, Soul Sister vibrante et live, naturelle, sans imitatrice connue parce que profondément elle-même.

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Le secret est dans la chanson « Stay True To Yourself », sur un rythme Reggae, « Only Believing », dans la foi du Gospel dans ce qu’il a de plus Africain, dans les vocalises pygmées, incarné en elle : rester fidèle à ce qu’elle est, venant de l’Afrique mais formée au Jazz et à la Soul, au Funk, capable d’incursions rythmiques caraïbes et de violences Rock, avec la liberté de mouvement dans la richesse de cet univers, de ces influences, d’Elis Regina.

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Elle remercie le public comme individuellement, «you, you, you, you», comme si elle leur prêchait sa soul avec la ferveur des églises noires. Le guitariste répond par une déflagration Rock, à laquelle s’allie sa puissance Funk Soul James Brownienne. Son Reggae a de la Soul, ce qui est rare, peut-être Toots & The Maytals ou les premiers Wailers sur Studio One produits par Coxsone Dodd, quelques Skatalites, puis est poussé « higher, higher », « waiting higher, higher »: de la Soul avec l’Afrique en fond sonore, et la Jamaïque dans son rythme, puis elle s’anime, danse « ooooh yyes », d’une voix aigue, free au sens propre du terme, de liberté totale. C’est une chanteuse Soul d’aujourd’hui, c'est-à-dire inventant sa propre originalité, plus humaine, donnée au public, une émotion en mouvement démultipliée par ses réactions.

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Elle reste seule sur scène, alors qu’on la sait déjà capable de tout, éveille notre curiosité, avec le seul soutien d’un sampler pour jouer en duo/solo avec elle-même, et part dans des percussions buccales cliquetantes Xhosa à la Myriam Makèba dans «Click Song»: « tstststs ». Puis elle étonne tout le monde en reprenant « La Mauvaise Réputation » de Georges Brassens. On a connu la reprise Espagnole par Paco Ibanez, la reprise alter-mondialiste en reggae/ska de Sinsemilia. Mais là c’est la première version par une femme, à ma connaissance, et venue d’Afrique, double différence qui fait bien réfléchir : féministe et antiraciste : différence d’être une femme, d’être noire, et finalement simplement d’être soi artistiquement. Ça paraît si limpide, si légitime, que j’ai du mal à comprendre que personne n’y ait pensé avant, mais je suis content que ce soit elle, avec cette gravité soul dans l’intro, entrecoupé de vocalises pygmées, puis parfois ce tranchant de la révolte au faîte de la contestation du texte quand elle parle des autres: «sauf les muets ça va de soi», et rappelle qu’elle « est toujours d’actualité », oui d’une actualité brûlante, dans cette version féminine, noire, et simplement Nkakienne. Elle y trouve un sens plus large, dépassant le simple antimilitarisme protégeant le vol contre la propriété de Brassens, accueille toutes les différences du monde.

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Le sampler est un RC 50, mais dit-elle, c’est l’une des premières fois qu’elle l’utilise, frappe dans ses mains sur trois temps pour le rythme, les vocaux pygmées pour fond sonore, sur lesquels elle se fait conteuse africaine de l’histoire d’une «petite fille», et finit avec cette voix d’enfance par dire que son album « Mansaadi» « n’est pas encore sorti, et la vérité sort toujours de la bouche des enfants!», avec le retour de ses musiciens.

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Elle chante « What’s Going’On », mais pas celle de Marvin Gaye, elle est au-delà, post-standard, post Soul, Rock ou Reggae, juste elle-même, frôle même le dub de Lee Scratch Perry dans ses vocalises et continue en scat Afro.

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A nouveau avec la joie et la gourmandise d’une fillette devant un jouet, elle saute en l’air sur place devant la batterie, baguettes en mains, alors que le batteur lui cède la place pour un numéro de joué/rythmé/chanté, un peu à la manière de Léon Parker avec ses percussions corporelles, puis désamorce l’exercice d’un « j’fais la maligne», faussement crâneuse. «Cause I don’t believe in fairy tales», avec la guitare wah wah funky, elle passe à la batterie « just for fun », juste pour s’amuser. Au moins est-elle encore dans l’impro, à essayer des choses, à s’amuser, et c’est sa vie, « gonna live my life», voix gaie, aigue puis grave. Et elle le livre au public : «Ce métier, c’est tellement bon de le partager de le partager, ça permet de continuer à croire».

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Suit « Happy», sa chanson peut-être la plus riche en influences diverses, puisqu’elle commence Soul, la dépasse par le scat, trouve la force rythmique du Hip Hop, puis part presque en violence Rock sur la guitare, avec même dans certaines versions les soufflets d’un accordéon musette voletant avec les moineaux de Paris jusqu’aux Balkans dans son geste. Là, époustouflante de naturel, elle danse, concilie cette enfance de l’art encore dans sa folie gazouillante grandissant sous nos yeux en cette maturité déjà d’une chanteuse Soul en pleine possession de ses moyens, tour à tour grave, désinvolte, exaltée, jamais dans le connu, toujours dans l’inouï, alliant la sagesse de l’éléphant et la liberté de la puce, avec la grâce du flamand rose dans ses envolées d’amazone libre au cri suraigu. Elle a quelque chose dans la liberté de la «vocalese», dans ses ralentis, d’un Kurt Elling, qu’il a perdu après « Tanya Jean».

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En bis, elle nous offre un gospel libre avec le groupe « I like the way you walk » à fin parodique et une pensée pour Booster, qui joue plusieurs instruments mais est absent ce soir. Après être passée par le Hip Groov’ Hop et le grain de Soul des crooneuses, le grain se fait de « folie intense», s’enfuit en gazelle, s’envole en oiseau jusqu’au ciel des aigues, puis redescend accroupie sur la terre. Il est rare qu’avant le premier album, avec cette folie de tout se permettre et d’être ouverte à tout, on puisse voir ces chanteuses live à Strasbourg, peut-être moins dans les clubs Parisiens, plus encore qu’elles aient DEJA cette maîtrise en gardant ENCORE cette folie. L’album sortira cette année et s’appellera «Mansaadi», et Sandra Nkake est une nouvelle chanteuse Soul Jazz plus que prometteuse.

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On pouvait enfin finir la soirée au «Living Room», où les DJ Léa Lisa de Lyon et Kerry Chandler de New York jouaient jusqu’au petit matin. Kerry Chandler passe une House aux vocaux Soulfull, et me disais-je, doit bien aimer le saxophone, puisque tous les morceaux en comportent.

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Mais, fendant la foule compacte, j’aperçois soudain une rutilance cuivrée qui m’attire comme le soleil : LE SAXO EST LIVE !!!. C’est Fabrice Lauer dans la place, saxophoniste de Steppah Huntah. Kerry Chandler joue aussi d’un clavier Korg, puis chante d’une belle voix Soul, joue VRAIMENT avec le saxo comme seul un DJ vrai musicien peut le faire, diffuse son message positif : « Get off, Get On, Get Out, Get In, Get Over». Je discute avec Fabrice : ça n'amènerait rien, un nouveau Bird, je sais. Et comme il dit, "il jouerait de peut-être de la techno aujourd'hui, et il nous enfoncerait tous facile!" Concernant Bird, Julio Cortazar lui fait dire en effet, dans "L'homme à l'affût": Cette note, je l'ai déjà jouée demain!": être tout sauf lui, parce que c'est stopper sa couse, ne plus chercher, ne plus jouer: être Coltrane 10 ans avant! Et Coltrane qui vire son super quartette pour ne pas s’installer. Que feraient-ils aujourd'hui?

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Le patron du lieu s’inquiète de l’heure tardive, mais a « choisi d’écouter Kerry », entre dans la danse en slammant sur la situation, demandant à Fabrice Lauer d’exprimer son angoisse et son excitation par son instrument.

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Pour ma part, je suis allé voir Tal stef, DJ organisateur du festival, et lui ai fait un compliment immense: "Tu vas finir par faire de moi peu à peu un mec heureux de vivre au XXIème siècle!", et je le pensais, pris par l’émotion de voir cette grande communauté des musiciens miraculeusement encore possible, grâce à la fusion d’un DJ et d’un saxophone. Après un scratche époustouflant à deux platines et le premier disque de Kerry Chandler « qui avait une copine qui aimait la house music mais est morte assassinnée.», le Living Room ferma à 6 h du matin. Sans conteste, la soirée la plus riche en surprises du festival.

Jean Daniel BURKHARDT

samedi 21 juin 2008

ZEROKLUB invite VOICE à Contretemps

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Le jeudi 12 juin, le festival Contretemps proposait sa «Jazz Food » à La Salamandre, avec le groupe d’électro-Jazz Strasbourgeois Zeroklub et la chanteuse Jazz-Soul Sandra Nkake et DJ Sweetieyep entre les sets.

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Zéroklub est un groupe d’électro-jazz Strasbourgeois comprenant deux pointures du Jazz local : le trompettiste Serge Haessler et le vibraphoniste Ghislain Muller, tous deux membres du VSP Orchestra (Vibraphone Special Project, dédié au vibraphone et à l’alphorn suisse, qui se produira le 13 août au Festival de Jazz de La Petite Pierre), soutenus par une basse électrique groove, un DJ aux platines, scratches et samples vocaux de films, un claviériste et un batteur, et parfois Eli Finberg à la voix. Fondé en 2007, on a pu les entendre l’an dernier aux « Pelouses Electroniques du festival « Contretemps».

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On est accueilli dans leur musique par des nappes de claviers dramatiques sur des scratches, une batterie obstinée et une basse groove, un vibra tintinabulant et une trompette à la Erik Truffaz qui n’a jamais abandonné le quartet Jazz, fût-il électrifié, pour une formation aussi moderne, des samples de films d’anticipation. Et pourtant cet éclectisme des effets n’empêche ni la cohésion musicale d’ensemble, ni même le lyrisme de la trompette dont il est l’écrin.

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Un sample de péplum puis une chute futuriste annonce « Time Is Running Out », le titre le plus rythmé de leur répertoire. Puis le fender rhodes se fait groovy. «Time Is Running Out For The Planet Earth » annonce une voix de prophète ou dictateur cosmique anticipant l’apocalypse dont notre mépris pour l’écologie pourrait se rendre responsable, auquel répondent des clameurs de réfugiés climatiques en écho. Les scratches imitent les anneaux de Saturne. Puis la trompette aborde le thème, rapide, incisive, suivie du claviers space, puis des scratches, avec un côté « NoJazz » mais une plus grande virtuosité de la trompette (quoique le trompettiste de NoJazz était de loin le plus doué du groupe et le plus jeune), entre Miles Davis dans les aigus et Erik Truffaz, puis part faire un tour du monde dans les scratches, rencontrant la batterie en clavé cubaine sur la cowbell de la cymbale. La trompette finit dans des effets aux pédales invisibles sur des nappes de claviers lactés.

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Le troisième thème est groove, puis la basse part en reggae, sur une chute «Aaaaaah», la basse « Jamming » comme Bob Marley avec le fender rhodes sur les griffures du vibraphone et la batterie drum’n’bass, au beat obstiné sur la fin.

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«Pour ceux qui veulent danser », annonce serge Haessler pour faire se rapprocher le public. Puis nous plongeons dans l’atmosphère sous-marine de «Grand Silence», à la batterie dramatique et lourde ménageant le suspense sur le tempo, à la manière de «The Walk Of The Giant Turtle» de Truffazz, son disque le plus Rock. Le vibraphone fait tomber ses étoiles, ralenties par les scratches à l’envers, sous la trompette énergique à la Miles, période «Doo-Wop», avec cette fraîcheur de rester à la pointe de la modernité et de chercher toujours jusqu’au dernier son, au dernière souffle, aux dernières notes, au dernier pas dépassant son temps, au dernier train d’avance pris en marche Hip-Hop electro, avec des étoiles en tunnel de vibrantes reflétées par le vibra dans le vide aux résonances stellaires. Puis la batterie part à trois temps sur le rhodes saturé comme un moteur emballé d’où l’on voit la Chine par le hublot des touches du clavier, avant un orage spatial, cosmique, accident bigbangesque de la basse à l’atterrissage en catastrophe sur le sol accidenté de la batterie Rock sous les distorsions d’un ciel aux résonances Pink-Floydiennes, roses comme les lumières du Zénith de Strasbourg à l’inauguration duquel ils enregistrèrent ce thème, accueillies par des platines vocales synthétiques en fumerolles à la Jean-Michel Jarre prouvant qu’il y a de l’oxygène et peut-être de la vie sur cette planète, et la trompette reprend la mélodie.

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Il y a Fred Traverso aux claviers, Gaël aux platines, Serge Haessler à la trompette, Ghislain Muller au vibraphone, Niko Picard à la batterie et Christian à la basse.

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Pris par les compositions, je ne remarque qu’à cet instant d’applaudissements une magnifique fille noire dans une robe d’été qui danse devant la scène, sans la reconnaître de profil.

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Serge Haessler demande «Est-ce que Voice est dans la salle ?». Et c’est bien elle qui monte sur scène, arrivée avec un jour d’avance sur son concert du lendemain, pour chanter avec eux, avec son accent traînant son Mississippi de New Orleans, à la fois vieille comme le monde et jeune comme ses éclats de rire enfantins. Ils se sont, me dira-t-on à l’entracte, rencontrés sur My Space et ont échangé leurs chansons sur Internet.

Elle chante une de leurs chansons à la place d’Eli Finberg, «Imagine A Nation». Après une l’intro piano d’une ballade Hard Bop d’Horace Silver sur Blue Note, son flow rapide court sur la batterie avec la déflagration de la trompette à l’arrière qui se fait ensuite lyrique, intemporelle, MilesTruffazienne dans la mélodie. Ses phrases s’enchaînent sur la rythmique syncopée de la batterie qui part ensuite en drum’n’bass/jungle. Le scratche siffle à nos oreilles sur le rhodes nous pilotant dans l’espace aquatico-stellaire, accompagné par Truffaz sur le contretemps de la batterie, quand nous atteint par satellite le message d’une voix, enchanteresse sirène de l’au-delà dont Ulysse devrait se méfier pour ne pas heurter une météorite tant elle est irrésistible.

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Le vibraphone est plus rapide sur les deux temps d’un dub où coulent ses funky vibes, Voice lie le tempo des douceurs de sa voix qui en a tant connus sur la basse disco et le rhodes en écho. Son flot s’insinue dans tout les rythmes même les plus lents, talent acquis par de nombreux featuring avec Moonstarr, Wax Taylor, les Visioneers de Marc Mac et j’en passe, qui l’ont formée et rendue capable de tout. Je crois que c’est une de ses chansons à elle cette fois : «So Cold» de G Frequency donne une idée de comment elle peut sonner face à une trompette à la Miles, «hear more your mind ‘cause I’m the chaser» sur la batterie drum’n’bass et une échappée des pistons de la trompette vers les platines, puis se calme sur la basse funky et les claviers. Zeroklub, c’est vraiment la construction collective et instantanée d’un univers musical fascinant par les ambiances changeantes de vraies compositions à la fois lyriques et intégrant la violence moderne sans que l’une de ces tendances empiète sur l’autre, capable d’accueillir l’inattendu de Voice dont c’est «the first time with Zeroklub».

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« One Two Three Four Five, It’s Joy » : chante Voice seule puis avec la rythmique, qu’elle suit avec ses bras, la trompette lyrique sur les riffs Hip-Hop, les groovy vibes résonnantes. Quoique plus entendue avec des DJ, Voice est merveilleuse avec ce backing live, la trompette racontant son histoire de pluie, de joie, de solitude individuelle, d’intemporelle Jazzyté qui reste, défie les modes et le temps, car son émotion est universelle, et Haessler est l’un des trompettistes à pouvoir encore en convoquer les sortilèges dans tous les contextes musicaux. Haessler esquisse quelques pas de danse tel Clifford Brown dans un orchestre de Boogie, quoiqu’à peine sorti du sarcophage de son premier accident de la route. Voice repart sur la platine rapide avec des langueurs à la « They Say » d’ONRA, encore présent dans la salle.

Jean Daniel BURKHARDT

lundi 16 juin 2008

FUTURE SOUND OF PARIS : Third Shot et ONRA au Café des Anges

Le mercredi 11 juin dernier, le festival Electrogroove Contretemps proposait de découvrir deux représentants du « Future Sound Of Paris » : le groupe electro Jazz « Third Shot» et le DJ ONRA, au Café Des Anges, ancien Club de Jazz où se produisit m’a-t-on dit Chet Baker, où je vis mes premières Jam-Sessions à « Jammez le mardi» et Ange le jour des Anges, puis haut-lieu de la Salsa autour du piano devenu vestiaire (il y pire comme mort pour un piano) en haut et du Funk Strasbourgeois au caveau où se donnèrent des soirées «acid-jazz», mon paradis musical des années 90s, hélas vendu il y a quelques à des commerciaux qui triplèrent le bar ne laissant à la danse qu’un couloir et n’amenèrent de positif que Miss Audrey, reine du mojito, la serveuse puis jetèrent l’éponge, et repris récemment avec plus de bonheur, mais l’accoustique et l’architecture du lieu pour la visibilité des artistes ont soufferts de tous ses travaux, quoique redevenu esthétiquement somptueux avec ces colonnes et le plancher en damier qui fit tant danser les salseras les plus talentueuses de la ville. Au moins on-t-ils exhumé les vestiges de deux anges de Botticelli devant le bar (toute la décoration en était couverte à la grande époque), et Grégory Ott a repris les Jam-Sessions, dorénavant un lundi sur deux. Mais rien ne sera plus jamais pareil avant la réouverture du caveau et même... ça fait quand même sentimentalement toujours plaisir d’y revenir.

Mais en guise de DJ apéritif, on pouvait entendre tout d’abord le DJ P-Jay dans une intéressante sélection colorée Funk, Soul, Disco passant également par le Jazz Rock Brazil de Return To Forever ou Sergio Mendès.

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Le groupe «Third Shot» tire son nom de sa formation, le premier élément étant la voix Soul et Jazz de la chanteuse Lisa Spada, élevée aux disques d’Aretha Franklin, Ray Charles, Sam Cooke ou Mavis Staples, le second le contrebassiste Gaël Maffre, forgé par l’écoute du Jazz de Count Basie, Ella Fitzgerald ou Stan Getz, ouvert aux effets électroniques et compositeur des thèmes pour créer une troisième dimension electro-jazz autour d’elle depuis 2003, avec le pianiste Christophe Mondot, le trompettiste Vincent Echard et les choristes Nelly Stanislas et Camille Richard, tous absents de cette formation réduite au trio acoustique avec le guitariste Laurent Avenard, originaire de Strasbourg mais depuis Parisien . Ils viennent de sortir un album, « The Way You Smile When You Leave ».

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Dans “Rapture”, la finesse du son de la contrebasse évoque la kora doublé des résonances d’un piano à pouces entourant à merveille la voix soul dramatique de Lisa Spada, un peu à la manière des délicieuses chanteuses acidulées de Massive Attack, cheveux plus courts que sur les photos et ses textes poétiques répétés en écho par un sampler.

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La seconde chanson est «Fairy Tale», choisie pour la compilation de Contretemps, mais dans une version plus samba avec guitare. La chanson est un conte de fées moderne à l’heure de la Télévision, des ordinateurs et du virtuel, où on peut imaginer le prince charmant arriver sous la forme d’un e-mail pour délivrer du dragon la princesse enfermée dans sa tour. L’intermède électro est remplacé par une improvisation de la voix de Lisa Spada sur la contrebasse de Gaël Maffre.

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Suit une chanson Soul gaie « Searching» avec un scat de Lisa Spada en « doodapdey » prolongé de vocalises en «oooh» poussées jusqu’au cri, puis suivies d’une danse sur les arpèges de la guitare et du retour du scat. De sa voix émane joie et soul sur ce groove soul acoustique, naturel, roots, ce qui n’empêche pas la guitare d’envoyer une note en sagaie de ses cordes vers le scat.

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Lisa Spada s’inquiète tout de même du fait que le son n’est « pas assez fort » ou le public trop bruyant. On monte le son sur la basse: « Step back», chante-t-elle avec soul sur la guitare Bossa et la basse groove descendante. Dans les aigus, Lisa Spada a parfois des accents de folie à la Björk, mais avec une assise soul Jazz. « Hé Hé Hé », un écho s’élève, et enfin le public tape des mains, participe.

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« On ne s’attendait pas à avoir autant de monde », a l’air de s’excuser Lisa Spada, avant d’entamer une reprise de « Good Bye Pork-pie Hat » de Charles Mingus, écrite à la mort de Lester Young en pensant à son chapeau de dame patronnesse anglais dont il avait coupé les rubans. Elle chante les paroles écrites par Joni Mitchell sur ce thème instrumental, pour son album « Mingus » en 1979. Lisa Spada rajoute sa soul à ce thème jazz sur la la basse obstibée à la mingus et la guitare hispanisante à la Paco De Lucia ou Al Di Meola, sans aucun effet électronique. Mais cette Lisa Spada est une vraie Soul Sister, capable de chanter du cool jazz au funk d’aretha Franklin et de le pousser jusqu’au cri, puis de revenir au calme ou de partir en scat « doumdoumdoum ».

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N’empêche que les bruits du public posent le problème du Jazz en club, qui pour moi a toujours fait partir du « fantasme», des ambiances enfumées mythiques, mais parfois ne permet pas d’entendre les artistes, quand la musique trop calme n’est pas de nature à arrêter les conversations, les verres entrechoqués et autre bruits extérieurs du public. Les plus ombrageux comme Chet Baker ou Thélonious Monk y ont remédié par l’inverse, jouant si doucement que le dernier consommateur soit dérangé par le manque de cet agréable bruit de fond. Alors le Jazz est-il condamné à n’être plus qu’une musique qu’on «écoute», dédiée aux assis et aux salles de concert où l’on entend pas une mouche voler comme la musique classique, ce qui le coupe des jeunes, de la danse, de l’énergie, du public jeune qui a envie d’autre chose et des combats de son temps, ne se défendant plus mais se calfeutrant dans sa cage dorée et ses velours pour un public choisi, trié, bien sous tout rapport? Ne serait-ce pas sa mort? Après s’être tant battu pour devenir respectable, écouté, justement, il l’est trop, sans passion ni polémique, cantonné au Jazz cool qui ne «dérange pas l’oreille» et les conversations en club, bruit de fond sentimental et romantique de la chanteuse-canari dans sa cage certes propice à la séduction nocturne mais dont ce n’est pas l’objet ni la mission.

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Alain Gerber a écrit dans une de ses « Chroniques de Jazz » pour supplier que le Jazz, quitte à mourir, meure du moins assassiné dans une rue sombre, où il est né et a longtemps vécu, lutté pour sa survie et pas de vieillesse dans l’ennui d’un lit confortable.

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N’empêche que la délicieuse Lisa Spada doit bien se faire entendre et que le charme indéniable de sa voix parfois fluette entre les chansons ne suffit pas pour stopper toute conversation extérieure. D’où peut-être l’aspect « entertainment » (amuseurs, divertissement) clownesque que concédèrent certains interprètes passés dont Louis Armstrong et son rire tonitruant, Dizzy Gillespie et ses pitreties qui ne sont pas ce que le Jazz a fait de plusdistingué mais firent plus en terme de publicité, d'image et de capital sympathie auprès du public qu’une ballade, ou permettait du moins qu’on écoute celle qui suit avec un sourire de bienveillance amusée et indulgente, voire même ému. Aujourd’hui, on peut espérer que le Jazz acoustique faible en décibels n’aura pas à céder au bruitisme électrifié, même en club, pour se faire entendre et trouver un public attentif, mais la question se pose de trouver de nouvelles conditions d’écoute, de nouveaux lieux pour lui, un nouveau public, et le vide culturel actuel ne semble pas s’en soucier. Des flics sonores iraient bien sûr contre tous les principes de liberté défendus par le Jazz. Il semble qu’à Paris ou ailleurs, le public vienne plus pour la musique et donc stoppe pour elles ses conversations, si l’on en croit les captations live en club à l’OPA du My Space du groupe, ce qui ne fut pas le cas ce soir-là Aux Anges. Le plus drôle ou presque rassurant est que les plus enthousiastes en applaudissements et cris bruyants entre deux chansons, qui eux font partie du plaisir du Jazz que n’a pas la musique classique ou tout à la fin du concert, étaient les mêmes qui continuaient leurs conversations. Peut-être écoutaient-ils d’une oreille distraite, ou appréciaient en parlant, ou assez sincèrement pour vouloir remercier de la sorte.

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Après quelques dernières vocalises en « ooooh », la chanson se termine par une clave électro. « On change complètement notre liste », explique Lisa Spada, dont la fragilité touchante, timide et délicieuse ne suffit peut-être pas non plus à forcer le public au silence que son chant mériterait. Suit un début de guitare cool sur des percussions à peine électroniques. «SE2». Les chansons, quoique douces, semblent estivales, avec des textes poétiques qu’on aimerait entendre dans un environnement sonore plus approprié, mais le Jazz est coincé entre un respect d’élite silencieuse et une passion délirante et bruyante, entre ballades et thèmes plus dansants, rythmiques, les deux aspects du Jazz, entre émotion sentimentale (standards, cool jazz, ballades) et ferveur (swing, be-bop, hard-bop, free-jazz), qui bien entendu se complètent lors d’une prestation, se succédant d’un thème à l’autre, ou dans le même.

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Lisa Spada remercie le public «d’avoir été si attentif » (faut le dire vite, elle est vraiment trop adorable) « et nombreux » (au moins ça a marché au niveau des entrées, et le bruit était aussi proportionnel au public). Dans cette dernière chanson «Sweet Miracle», on croit entendre des gongs discrets et autres gamelans électroniques annonçant le mix d’ONRA, de retour de son pays d’origine, le Viêt-Nam.

En seconde partie, ONRA, beatmaker Parisien de 26 ans ayant déjà sorti trois disques en un peu plus d’un an : «Tribute », en compagnie de Quetzal, album de smoking Hip Hop instrumental rêveur et Jazzy en hommage à la Soul, aussi coloré d’influences diverses et délicieuses que les plumes de l’oiseau mexicain du même nom (moitié ailée du serpent à plumes, Quetzalcoatl, fondateur de l’aztèque Tenoctitlan, actuelle Mexico), puis « The Big Payback, » plutôt Nu Soul/electro avant-gardiste, en collaboration par internet avec le pianiste américain Byron The Aquarius, et enfin, fin 2007, son premier album sous son nom, «Chinoiseries », dans un style « Asianploitation » utilisant des samples de disques ramenés de son premier séjour au Viêt-Nam, pays de ses origines.

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Il commence d’ailleurs son set par son côté Hip Hop Soul aux tempos latinos, comme "Gotta Have It", extrait de son album « Tribute » avec Quetzal au rythme original avec un piano décalé latin, des voix soul, un MC un peu Jamaïcain et des scratches, éléments disparates allant magnifiquement ensemble, fait à la fois rêver l’esprit, voyager la tête dans les étoiles, ravir l'âme de ses voix et danser les pieds : les buts pour moi de la musique, ou de celle qui m’intéresse. Je crois ensuite entendre après quelques ralentis une originale rythmique de bouteilles entrechoquées. Puis on entend «Second Chances» une superbe «Sound Sculpture» de Théo Parrish, plus electro avec la chanteuse Soul Monica Blaire dont la voix au phrasé sublime coule en écho comme du miel d'émotion dans nos oreilles. Suit un titre Hip Hop plus dur mais dansant sur un flûte roots 60ies Blaxploitation «Fuck The Police» de J Dilla alias Jay Dee et cris collectifs aussi festifs que révoltés, puis « Rock The Party » de Mc Lyte avec Missy Elliott sur un beat lent et funky.

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Nous passons dans le sas électronique de nappes électro suivant Flying Lotus dans une «Massage Situation», puis entrons au Viêt-Nam pour quelques «Chinoiseries» avec «The Anthem» : des percussions, des cordes, des cuivres et une chanteuse asiatiques balancés sur un rythme Hip Hop à deux temps, traitement très original. Un cordophone Viêt-Namien [(il existe au Viêt-Nam des plusieurs luths en forme de lune ou apparenté au «pipa » chinois et deux types de cithares au Viet-Nam : la cithare Dan Bau à 1 corde et la cithare Dan Trahn qui en compte 16) égrène ses cordes sur les lames d’un vibraphone, ou gamelan à lattes de bambou, puis la voix d’une cantatrice Viêt-Namienne, peut-être d’opéra entrecoupée de beats electro lourds qui la modernisent sur un tempo lent qui lui donne un côté soul.|http://www.youtube.com/watch?v=EGxy1IXTG68&feature=related|fr] Puis arrive une rythmique joyeuse et entraînante 60s style plage twist à la Beach Boys asiatiques, un peu dans le style du titre d’ONRA « My Girl By Siah» sur des nappes de synthé légères avec des fonds de voix Viêt-Namiennes noyées dans le fond. ONRA_Chinoiseries.jpg

Une basse mouvante disco fait du charme à une voix soul « Dreaming » ou « Darling » qui reste libre de sa soul sur le beat. Un beat élastique passe d’un pied sur l’autre sur deux temps avec des voix soul en écho’lectro du clavier. Puis un piano flotte dans les graines électroniques de voix sur une basse groove montante, sous les nappes lunaires d’un dub space.

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On retrouve la rythmique syncopée R’N’B Hip Hop mais aux clochettes asiatiques et aux résonances vocales africaines magnifiquement lointaines avec « The Healer » d’Erikah Baduh, qui semble lui aussi Viêt-Namien par une heureuse contamination. La réussite est de l’avoir fait entendre différemment à ceux qui connaissaient ce titre, dont je ne fais partie. Dans l'Espagne Arabo-Andalouse, à l'époque de Zyriab, le summum de l'art musical était de comprendre l'état d'esprit ou l'émotion du prince et de parvenir à lui en faire changer, et était récompensé par assez d'or pour vivre une vie de musique sans soucis matériels. Cette contamination du RNB par la musique Viêt-Namienne et vice versa peut rappeler, aujourd'hui, ce talent.

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Surprise, un autre rythme à quatre temps où je crois reconnaître le kayanm réunionais (percussion rectangulaire et plate faite d’un cadre en bois, de tiges de canne à sucre et de graines de safran) sous des vocaux electro-soul. Les ordinateurs chantent sur le beat.

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Et si le plus grand talent d’un DJ aujourd’hui était de nous faire découvrir des ailleurs musicaux inexplorés, de les mélanger dans ses samples avec ce que nous connaissons pour nous le faire entendre différemment, de les rendre dansants par ses beats dans ses mixs, au point de ne plus savoir si nous écoutons du Hip Hop Viêt-Namiennisé ou de la musique Viêt-Namienne Hip-Hopisée, de remettre des percussions tribales dans les musiques urbaines et de faire chanter les machines? Dans ce cas, ONRA est porteur d’espoirs pour la musique électronique et au-delà, parce qu’il arrive à y mettre des cultures méconnues et à la rendre de la sorte universelle et humaine.

La soirée se termina avec Steven J, des Steppah Huntah, qui nous fit découvrir un single «Samba» de la chanteuse Jazz Soul Brazil Marya Valetta, qu’il accompagne. Ce Future Sound Of Paris est aussi une lucarne ouverte sur le monde.

Jean Daniel BURKHARDT

vendredi 13 juin 2008

MARC MAC, VOICE & VISIONEERS A ART FACTORY CE VENDREDI 13 JUIN

Le Vendredi 13 juin, au l’Art Factory (Colodor), le Festival Contretemps recevra, à l’occasion d’une soirée « Broken Addiction », Marc Mac, Voice et les Visioneers.

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Le britannique Marc Mac a fondé en 1990 avec son complice Dego la maison 4 Hero. Quoiqu’anglais, leurs arrangements musicaux utilisent toute la « Great Black Music » : le Jazz (auquel ils ont dédié un remix de « Naïma » de Coltrane en 2002 sublimé par des violons, et dont ils utilisent les cuivres) et la Soul jusqu’aux cordes groove, font rêver par leurs écrins sans négliger l’énergie et l’engagement du Hip-Hop, sur des rythmes